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HALPHEN PAUL LACROIX, CHARLES READ ET TAMIZEY DE LARROQUE TOME DIXIÈME JOURNAL DE HENRI IV 1609-1610 PARIS LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES 338y rue Saint-Honoré, 338 M DCCC LXXXI Digitized by VjOOQ IC Digitized by VjOOQ IC 1 -.?_,. ^: REGISTRE-JOURNAL [du 25 FÉVRIER 1609 AU I4 MAI 1610] Année 1609 Septembre. Le mardi, premier de ce mois, j'ay acheté la Chrono- graphie du Père Gaultier, Jésuiste, imprimée nouvelle- ment à Lion, in folio, qui est un livre rempli d'infinies fadèzes, contes et menteries : qui est, possible, la cause principale, veu le temps où nous vivons, pourquoi il 10 s'est si bien vendu, n'y en aiant tantost plus, joint que beaucoup Font plus acheté pour rire que pour y prou- fiter. Du nombre desquels je pourrois bien estre, qui en ay donné, relié en parchemin, cent sols, pour croistre le nombre de mes DroUeries jésuistiques; et d'un autre costé, cinquante sols dt Itur Amphtiheatrum honoris^ relié en parchemin, pour remettre en la place de celui que j'ay donné à Tourval, et tiré du pacquet de leurs Libelles d'Estat injurieux et dififamatoires. Et, lemesme jour, afin qu'une vanité paiast l'autre (s'en présentant 20 tous les jours quelque nouvelle, dont je ne puis medes- combatre, veu mon naturel, encores que j'en aye bonne envie), ay vendu à un curieux, M. G. D., pour quarante deux livres de pièces d'argent estrangères, que dès long- temps il avoit envie d'avoir et qu'il a fort honnestement et assez chèrement achetées. Le mécredi 2«, le Roy revinst de Monsseaux à Paris, p. DB l'ESTOILB, — X. ■ I Digitized by VjOOQIC 2 PIERRE DE L'ESTOILE Sept. 1609 où estant arrivé, Tallèrent trouver, aux Thuilleries, où Sa Majesté estoit, un bon nombre des marchans de soye de ceste ville, lesquels, s'estant prosternés aux pieds de Sa Majesté, la supplièrent très humblement d'avoir pitié d'eux et de leurs familles, pource que si son Édit sur la réformation des habits avoit lieu, ils seroient contraints de sortir Paris, eux et leurs enfans, avec un baston blanc en la main. Celui qui portoit la parole estoit un bon et ancien marchant, nommé le sire Henriot; duquel la façon 10 et l'habit sentoit encore et représentoit la simplicité et preudhommie de ces bons marchans du temps passé. De fait, le Roy l'aiant ouï assez paisiblement (ce qu'il ne fait pas à tout le monde), lui dit enfin : « Mon bon « homme, vous ressemblez trestous aux anguilles de Me- c( lun ; vous criez devant qu'on vous escorche. Avez- (c vous veu l'édit, et sçavez-vous bien ce qu'il y a dedans? ce — Oui, Sire, respondit ce bon homme : il y a telle . Celle de nostre Roy ne lui convient pas mal : Provocatus Pugno. Je me défens si Ton m'attaque. Ce jour, à la prière d'un mien ami, je monstrai mon Estude à trois honnestes hommes, qui la vinrent voir (et y furent trois heures, dont il m'ennuioit bien). L'un se ' nommoit Mi de Lemery, nepveu de M. de Reau, jadis 10 ambassadeur en Angleterre, fort sçavant (ainsi qu'on dit) en la langue latine et es vulgaires, et qui est en réputa- tion d'homme de bien, mesmes à l'endroit des Catholi- ques (combien qu'il soit de la Religion), lequel je ne me souviens avoir jamais veu qu'aujourd'hui. L'autre estoit M. Bergeron, jadis de la Religion, aujourd'hui Ca- tholique, fils de feu M. Bergeron, advocat en la Cour, que j'ay fort privément congneu , et qui estoit homme docte, comme aussi cestui, qui est son fils, est estimé fort sçavant aux langues et bien versé en la géographie 20 et histoire. Le tiers, un médecin, nommé Hubert, Ca- tholique, fort sçavant es langues orientales, et qu'on dit estre assez bon théologien pour ung médecin, duquel la profession ne s'accorde guères bien avec l'autre. En ce temps, M. de Champvalon, abbé de S.-Victor, jeune d'aage, mais meur de modestie et sagesse; person- nage docte, de bonne vie et de douces mœurs et conver- sations, aiant envie de conférer avec le ministre Du Moulin des points principaux controversés en la Reli- gion, et l'en aiant fait avertir, ledit Du Moulin, conduit 30 par le précepteur de M. de S.-Denis, Talla trouver au Pré-aux-Clercs ( lieu convenu entre eux comme le plus commode pour ladite conférence, aiant Du Moulin refusé de se trouver à Saint-Victor, comme toutes moineries Digitized by VjOOQ IC Sept. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 17 estant suspectes à ceux de sa profession), où il trouva ledit Champvalon seul qui l'attendoit, avec lequel il demeura en conférence (avec toutes les honnestetés et respects d'une part et d'autre, qui se peuvent excogiter), depuis une heure après midi jusques à près de six heures du soir, qu'ils se départirent bons amis, sauf leurs opinions, où on ne doute point qu'ils se rencontrassent mal. Tant y a que Du Moulin, après l'avoir laissé, dit à un mien ami (qui, avec un nommé Pouppart, l'avoit tousjours 10 accompagné et suivi de loing, et qui m'en a fait le conte), qu'il avoit trouvé ledit abbé fort honneste homme, gra- cieux, communicatif et docte ; mais qui se plaisoit fort à faire monstre de sa science, laquelle il estimoit et ho- noroit, et encores plus la vertu du personnage (lequel il aimoit civilement). Sur quoi, lui aiant esté demandé par Greban s'il ne lui avoit point pris d'envie de permuter son bénéfice au sien, fist response qu'il croioit qu'ils y avoient aussi peu pensé l'un que l'autre. Geste communication privée se fist le Jeudi io« de ce 20 mois, laquelle ledit Greban m'a contée ce mécredi 16* dudit mois. Il seroit à souhaitter que les conférences qui se font assez souvent sur ce subject, tant publiques que parti- culières, se traictassent avec pareille douceur et modé- ration ; mais c'est la première que j'ay remarquée. Ce me l'a fait escrire : car j'ay tousjours veu, au sortir d'i- celles, les contendans (comme s'ils n'eussent point esté chrestiens) s'entredéchirer l'un l'autre par toutes sortes d'injures, avec aussi peu de charité du Ministre que du 3o Théologien. Le mécredi i6«, M. Turnœbus, Conseiller en la Cour, m'a appris ces deux vers faits pour graver sur le tom» beau de messire Charles Borromée, Cardinal, grand p. DE l'Estoili. — X. a Digitized by VjOOQIC i8 PIERRE DE L'ESTOILE Sept. 1609 personnage et docte, et réputé de tous pour homme de bien. Lesquels, de peur d'oublier, j'ay vistement escrits ici, pour ce qu'ils m*ont semblé ne convenir pas mal à la grande réputation et bonne renommée dudit Cardinal. Pour le digne tombeau de Charles Borromée : Ici (faut mettre) Gist la Bonne Renommée. Ce jour, le cousin de Voisin, assassin de son bienfai- teur, fut condamné, par sentence du Baillif du Palais à Paris, à estre pendu et estranglé, après avoir eu le poing 10 coupé et fait amande honorable, et qu^au préalable lui seroit donnée la géhenne ordinaire et extraordinaire, pour révéler ses complices et sçavoir de lui la cause qui Tavoit peu mouvoir à commettre un acte si meschant et exécrable. De laquelle sentence il se porta pour appelant à la Cour. Son cousin, le Greffier (qui n'estoit guère en meilleur prédicament que lui), faisoit tout ce qu'il pouvoit pour tascher de lui sauver la vie, jusques à tirer, ainsi qu'on disoit, de vieux escus de sa bourse pour corrompre tous 20 ceux qu'il pensoit lui pouvoir servir en ceste affaire. Le Palais, qui n'est jamais desgami de mesdisans, di* soit qu'il y avoit trois hommes à Paris, qui eussent bien joué trois personnages: Voisin eust esté le pendu; De Morat (ce grand bigle d'huissier, affreux de façon et de visage) eust fait l'office de bourreau ; et un petit clerc du Greffe (qu'on apelle le Doucet, parce qu'il ne pinsse pas comme les autres) eust esté le prebstre qui l'eust confessé. L'apelant aiant demandé son renvoi à la Grand âo Chambre, pour y estre jugé coriime Secrétaire du Roy, lui fust accordé, et donné pour rapporteur M. Fedeau,- juge incorruptible et homme de bien. Digitized by VjOOQIC Sept. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 19 Le jeudi 17% le Roy envoia à la Cour une jussion expresse pour ne désemparer le Parlement, que tous ses Édits, sans en excepter aucun, n'eussent esté vérifiés et publiés, sans aucune modification ni remonstrance. Ce qui dérogeoit aux Lettres-patentes que Sa Majesté leur avoit envolées le lundi i5« (qu'un mien ami a veues et leues), par lesquelles, après leur avoir enjoint de vérifier lesdits Édits, et pour cest effect prolonger leur Parle- ment de huia jours, y avoit une glose d'exception pour 10 le regard de TÉdit des Monnoies et des Habits, sur les- quels pour y avoir, disoient ces Lettres, quelques diffi- cultés subjeaes à interprétation. Sa Majesté auroit tousjours pour agréables les remonstrances qu'ils lui en feroient, et les recevroit de bonne part. Tacite, au premier Livre de ses Histoires, dit que le désir que les particuliers qui sont près les Princes ont de s'agrandir et enrichir est la poison mortelle de tout droit sentiment et jugement ; et qu'ils sont ennemis de tout conseil, tant bon soit-il, qui n'est point creu en leur 10 teste et passé par le pourpris de leurs dents. Ce qui fait aussi qu'ils se bandent tousjours contre les sages et expé- rimentés. On tient que ceste soudaine mutation du Roy prove- noit du conseil de telles gens : ce que j'accorde bien en partie; mais j*en trouve la principale cause au défaut de la piété, et que la Loi de Dieu (qui, selon S. Cyprian en ses Épistres, doit estre le gouvernail des conseils hu- mains) n'est plus celui de nostre Estât; mais Tavarice, laquelle (comme dit Saluste en son Catilina) apprend à 3o mettre toutes choses en vente, renversant toute fidélité et preud'homnlie,qui sont les instrumens d'un bon con- seil. Nous volons la pluspart de nos Conseillers esclaves d'icelle, nommément les grands trafiqueurs. Digitized by VjOOQIC 20 PIERRE DE L'ESTOILE Sept. 1609 La Cour cependant fist, le mesme jour, response au Roy, sur sa jussion, qu'il leur estoît impossible de satis- faire au commandement de Sa Majesté pour ce regard, d'autant que la pluspart de Messieurs s'en estoient jà al- lés; qu'ils n'estoient nombre suffisant pour en délibérer, et qu'ils n'y pouvoient vaquer jusques à la S.-Martin : délayquivinst bien à propos, car on dit qu'une affaire délayée est à demi rompue; et celle-ci estoit de telle con- séquence, que chacun désiroit qu'elle le fust : si bien que 10 jamais il n'en fust plus parlé. C'estoit la voix du peuple et de tous les gens de bien. Ce jour, mourust à Paris un clerc du Greffe, que je connoissois, nommé Chenart, demeurant en la rue S.-Martin. Le vendredi 18®, M. le Premier Président fist qua- torze procureurs nouveaux. On lui a ouï dire souvent qu'il eust esté plus aise d'en desfaire dix que d'en faire ung : car ce ne sont que nouvelles crcues sur le pauvre peuple, de larrons et mangeurs, qui sans cela n'est que 20 trop mangé et dérobbé partout. Qucere a novis hominibus : Quare Jacobus, Magnœ Britan- niœ Rex, caput Ecclesias Angl. quartum, tamen in Scotia sua neque caput Ecclesiœ fuerit, neque caput Regni, sed fuerit ser- vus ministrorum et subditus illis? — Resp. Scriptum est : Cum autem venissent ministri, tune abiit magistratus (Actor. y, 11). 7<» Quaere : Cur idem Jacobus, Rex M. B., sectatores suos 3o Scotos, qui in carulos yenerant, rutilare nunc in auro patiatur, et antiquas Nobilium Catholicor. domos arrodere, quasi ver- mes? — Resp. Scriptum est : In exitu domus Jacob de populo barbaro (Ps., cxiii). Pecora tibi sunt? attende illis (Eccles., vii). Noli timere vermis Jacob ( Isaiae, xl). Quia oculus Jacob in terra frumenti et vini (Deuteron., xxxiii, ibid.). Ex cap, 2^. De tninistris Ecclesxœ novœ : 8« Quaere : Quare Episcopi Anglicani dicant Ecclesiam stare non posse, nisietipsi et omnes ministri ducant uxores et circumducant sorores ? — Resp. Congregatiotaurorum invaccis populorum (Ps., 11, 14). 40 Ex cap. 3®. De ministris Ecclesiœ novœ : 9® Quaere a novis ho- minibus in Anglia : Quare tam idiotas volunt habere minis- tres, ac simplices qui nihil didicerunt ultra grammaticam ? — Resp. Si oculus tuus fuerit simplex, totum corpus^tuum luci- dum erit(Math., vi; Lucae, xi). 10^ Quaere subinde : Quare exmotu Spiritus, ut dicebat qui- Digitized by VjOOQ IC Sept. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 27 dam minister, altissimi chlamydem alterius sit fiiratus, ne motus Dei esset inanis? — Resp. Scriptum est : Alter alterius onera portate (Galat., vi). Quid autem habes quod non accepisti ? (I Cor., XY, ibidem). 1 1® Quatre : Quare ministri Verbi cumsuis uxoribus non tam bene conveniant ?— Resp. Scriptum est : Inimicitias ponam inter te et semen tuum; ipsa conteret caput tuum (Gen., m, ibidem). 1 2<^ Qucere ab illis : Quare ministri Verbi parochias suas omnes impleantgenerationibussuis? — Resp. Scriptum est: Virtusejus .loin lumbis ejus, et fortitudo ejus in umbilico ventris ejus (Job, xl). Quia non intrabit eunuchus attritus, yel amputatus testiculis et abscisso veretro, Ecclesiam Domini (Deuter., xxiii, ibidem). 1 3^ Qucere a Puritanis : Quare ministri ipsorum suas uxores adoment instar pavonum ? — Resp. Scriptum est : Si dormiatis inter medios cleros, pennœ columbœ deargentatse et posteriora ejus in pallore auri (Ps., lzyii, i5). Ex cap. 4: De Doctrina Ecclesice nova : 14* Qucere quare non curent restitutionem rei aliens, necputenthocnecessarium ao ad salutem ?— Resp. Scriptum est : OTimothee, depositum cus- todi (I Timoth., vi). Nihil damnationis est iis qui sunt in Christo (Roman., vni, 17). 1 5^ Quaere a novis hominibus : Quare nudipedes Franciscanos et Monachos jejunantes ex suis regnis ejecerint^ quasi facientes contra Verbum Dei? — Resp. Scriptum est : Prohibe pedem tuum a nudidate et guttur tuum a siti (Jerem., 11). Ex cap. 5«. De moribus Ecclesice novœ : i6*> Quaere cur in Germania fides quinti Evangelii et libertas christiana exordium sumpserit a mensis et poculis? — Resp. Scriptum est : Ficus et 3o vinea dederunt virtutem (Joël, 11). Oportet enim hase primum fieri, sed nondum statim finis (Lucas, xxi, 25). [< Potantibus nobis cervisiam Vittemberganam, crevit Evangelium. » — Verba Lutheri, in Colloquiis mensalibus.] 17^ Quasre a novis hominibus in Anglia : Quare ministri eo- rum non bene concionentur, nisi postquam bene comederunt et biberunt? — Resp. Scriptum est : Da mihi portionem substantias (Lucas, XIX, 7).Quiaideoomnis scribadoctus (Lucas, xin). Habebit armum dextrum in portione (Levit., vu). Et flumina de ventre ejus fluent (Joan., vu). Et eructabit abscondita (Math., xin). 40 Ex cap. 6». De scientia Ecclesiœ novœ : iS*» Quasre a novis hominibus : Quare tam vehementer amant ignorantiam omnium litterarum ? — Resp. Scriptum est : De ligno scientias boni et mali ne comedas (Gen., n). Quia littera occidit, Spiritus vivificat ( II Cor., lu, 27). Ex cap. 7®. De sanctis patrihis et matribus Ecclesiœ novœ : Digitized by VjOOQIC 28 PIERRE DE L'ESTOILE Sept. 1609 iqoQuaereanovishominibus : Quareadprogeniem excitandam ministrorum, Mart. Luth. Katharinam de Boir, monialem, ex virginum claustro eripuerit ? Resp. Scriptum est : Erat enitn Josue, filius Nun, minister (Deuter., i; Num., 11). 20'» Quaere : Cur illorum rabbi, Moyses, in Anglia, Jo. Foxius, mente caruerit> cum putaret se, nunc gallum gallinaceum esse, nunc urinale? — Resp. Scriptum est: Domine, miserere filio meo, quia lunaticus est et maie patitur (Math.,xvii). Et iterum gallus cantavit (Ibid.). 10 ai» Quaere a novis hominibus : Quare Mart. Lutherus, post ereptam e claustro Katharinam de Boir, maledixerit universis in mundo virginibus. — Resp. Scriptum est : Amen dico vobis, quia gaudet super eam magis quam super 99 quœ non erraverunt (Math., XVIII, 3o). 22<> Quaere : Quare Jo. Calvinus peculiare sibi vinum circum- ferri praeceperit, quod vocabatur : Le vin de Monsieur? fBolzech, in VitaCalvini,] — Resp. Scriptum est : Et vinum lœtificat cor hominis (Ps., cm). Tu autem servasti bonum vinum usque adhuc (Ibidem). ao Epistola exhortatoria Mart. Lutheri ad Katharinam de Boir, monialem, sive Prœparatio adNuptias : 23** Pax tecum. Spiritus, ubi vult, flat (Jo., m). Spiritus, qui facit prunas ardere et can- delabrum in vertice montium (Job, xli ), sit cum spiritu tuo et meo, ut tu sis quod ego et ego quod tu, in eo qui facit utraque unum, eructantia ex hoc in illud. Fuimus aliquando tenebrae (Ps.,cxLiii; Eph.,i).Nunc autem sumus luxinDomino,aliquando non populus, nunc autem populus, et si vis semen populorum. Propterea adolescentulae diligent te (Gant., 11). O soror mea, et, quia sic placet Deo Jacob, sponsa mea (I Cor., x). Participare 3o te volo ex gratia mea, quoniam Pater omnem angelum tuum semper videt antefaciem suam. Locus autem mes magnitudinis est in te, et tu non vocaberis sterilis (Gant., iv). Quia septem vaccae tenues septem anni sterilitatissunt (Gen., xli). Sed oportet nos in unum convenire propter sacramenium fidei, quae fœcunda est in omnes generationes Rliorum Sion. Quomodo eris sponsa Christi (I Jo., iv), aut quomodo potes Deum diligere, quem non vides, si non diligas me, quem vides? Sume a me gratiam et eme tibi citharam, et abundemus in omni sensu (Isai., xxiii). Constitue in thalamo tuo semen luminis mei (Eph., ni), ut im- 40 plearis a spiritu meo, ut homo tuus interior sit etiam meus, in quo possit clamare post nos in spiritu, dicens : Abba Pater (Rom., VIII ; Gai., iv). Responsio Katharinœ ad M , Lutherum : 24» Doleo me tandiu sterilem in domo Domini fuisse (Ps., m). Sed et qui circa horam undecimam missi sunt in vineam, acceperunt mercedem suam Digitized by VjOOQ IC Sept. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX ^9 ( Math., xx). Sœpe quidem Angélus in piscinam descendebat et movebat aquas ( Jo., v). Sed hominem non habebam antequam tu es missus, ut liberares me a timoré nocturno, quia in otio vinea mea non dédit fructum (Ps., ix). Et nunc scio quia, propter instantiam tuam quotidianam , ea passura sum a te, o propheta Dei, quae nulla unquam virgo passa est, neque Romana , neque Grseca (Zacch., vin). Sed qui misit te scit quid Spiritus dicat Ecclesiis (Apoc, 11). Quoniam oportebit me crescere et raajorem fieri per labores tuos. Et clamabo, quasi parturiens, propter lozelum Verbiet semen justorum (Apoc.,xii) quos praedestinavit Deus ante secula, utero meo et spiritu vinutis suae. De reliquo quodcumque onus impones mihi, feram (Exod., xx). Ero quasi jumentum apud te, et ero semper tecum, quia si lucerna sit sub modiOi caro non prodest quidquam (Marc, iv; Jo., vi). Epistola consolatoria Esdrœ, ministri Régis, ad fidèles Puri- tanos, qui sunt in transmigratione^ ubique, de fide in fidem : a 5® Esdras, minister, non ab hominibus neque per homines veritatem dicens in Christo, neque Romanus, neque Greecus, sed vas in ministerium, per stultitiam Crucis, — Esdras , per mise- ao ricordiam Dei poiens, in generatione filiorum et filiarum, — Omnibus fratribus et sororibus Christi, qui sunt Genevse, qui sunt Basiliae, qui sunt Lundini, qui sunt ^Edimburgi, qui sunt Arosterdaroi ; Omnibus fratribus et sororibus qui sunt in corpore an extra corpus, nescio, Deus scit; Omnibus fratribus et sorori- bus qui sunt dispersi in fide, qui sunt vocati ad nuptias et ad cœnas magnas Istari in Domino et nunquam pœnitere, quia scriptum est : Delectabor per singulos dies, ludens in omni tem- pore, ludens in orbe terrarum (Prov., vm; Esth.,viii). Gaudium, honor et tripudium omnibus vobis (I Cor., vi). — Crescite et 3o multiplicamini, sedificantes templa non manu facta , facientes vasa commoditatis ad ministerium. Ex appendice et fine libri : 2&* Quasre a novis hominibus, qui adorant Regem suum : Quare Jacobus, Rex M. B., in suo libro novissimo, ad Monarchas Christianos, glorietur se baptizatum in fonte quem Elisabetha Regina misit in Scotiam, quandoqui- dem fons baptismalis Elisabethas Reginas non solum maie au- diat, sed etiam maie olcat, sicut fons olim Constantini Copro- nymi? — Respondent e verbo Dei : Parvus fons qui crevit (Hest., x) erat fons Jacob (Jo., iv). Scriptum est enim : Illic fontes amari 40 obdulcati sunt (Judic, y), quia mandragorae dederunt odorem suum (Cantic. , vu) et odor ejus non est immutatus (Jere- mias xLviii). 27<^ Quaere item quare Jacobus, Rex M. B., videatur optare suas vitasCommentariosscribi, more Julii Cassaris,cum Jul. Cae- sar plures urbes everterit quam ille lepores venando cœperit ? Digitized by VjOOQ IC 3o PIERRE DE L'ESTOILE Sept. 1609 — Respondent e;verbo Dei : Glorificabit me bestiaagri (Isa., xuu). Lepus quoque nam et ipse ruminât (Levit., 11). Gloriatur enim Paulus, dicens : Ad bestias pugnavî (I Cor., xv). Scriptum est enim : Posuit timorem illius super omnem carnem et domina- tus est bestianim (Eccles., xvii), quia leviores pardis equi ejus (Habacuc, 1). 2^^ Quaere denique {qui est le dernier article de ce beau et sot li- vre) : Cur dum rex Jacobus venatur et ludit, alii boni scribse et ministri student et scribunt pro eo, sicut dicat mundus libros esse 10 Régis quoniam émit illos a suis.^ Resp. exverbo Dei : Quidam de scribis dixenint intra se (Marc, ix) : Dico ego opéra mea régi (Ps., xLiv). Juxta pretium ab eo constitutum (Levit., xxii). Rex vero laudabitur (Ps., lxii). Scriptum est enim : Vox quidem, Yox Jacob est, sed manus manus Esaû (Gen., xxva). A peine avoîs-je achevé d'escrire le dernier mot de ce fat discours, qu'un mien ami, M. D. B., m'estant venu voir en mon estude, m'a appris le suivant quolibet contre les Jésuistes, qu'un Espagnol de la suitte du président Richardot, estant à Paris, lui avoit donné : 10 Longe a Jesu-itis, Qui ciun Jesuitis-itis. Langue d'ange, Ame de diable. Le mécredi, dernier de ce mois, Jean Bérion fust constitué prisonnier et mené au Grand Chastelet, pour avoir imprimé le Secret des Jésuistes, qui n'est qu'une pure fadèze et gauffe mesdisance, et laquelle ne méri- toit une impression. Le pis qui y soit pour cest homme (que je congnois, et auquel je désirerois faife plaisir), est qu'outre la forte partie qu'il a, qui sont les Jésuistes, 3o le Roy s'y trouve meslé et intéressé au Miroir du Père Cotton, inséré en ce libelle. Ainsi, pour une sottize on est souvent en peine, et pour des badineries on se fait pendre. Dudit jour, J. Périer m'a communiqué un escrit très beau et très utile^ qu'on lui a mis entre les mains, pour Digitized by VjOOQ IC Sept. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 3i imprimer et ajouster au livre des Antiquités françaises du président Fauchet. Il y a au-dessus, escrit de la main dudit Fauchet : Estât de la Religion Chrestienne en Gaule du temps de Clovis; et au-dessous de la main de M. du P. Momay : «Ce qui a esté osté du premier tome de M. le président Fauchet, contient quatre grands feuillets d'escrîture, lesquels j'ay leus, et ne faut douter qu'ils ne soyent dudict auteur, très véritables et remar- quables , et grandement servans au schisme de la Reli- logion, qui est aujourd'hui.» En ce mois, M. le prince de Condé aîant esté mal mené du Roy, jusques à Tavoir appelé « bougre » (selon le bruit commun de la Cour), se retira fort piqué et mal content en sa maison, n'aiant esté possible à Sa Majesté de retarder son partement seulement d^un jour. Les courtizans faisoient le Roy plus amoureux que jamais de madame la Princesse sa femme, et que de là procédoient toutes ces querelles et disgrâces ; voire et on disoit que ce prince en estoit tellement las, qu^il consentoit à demi la 10 dissolution de son mariage (qu^il sçavoit le Roy tenter par tous moiens), pour n'estre plus longtemps en ceste peine. De quoi M. le Connestable, malade au lit, estoit fort troublé et scandalizé ; et tous les grands de la Cour, offensés et mal contens, en parloient mal, mais soubs main (comme Ton dit) et à petit bruit. Ung nommé Pelletier, lequel, depuis peu de temps, pour un appointement de trois cens escus, que lui donnoit le Roy, et Messieurs du Clergé autant, et aussi qu'il estoit continuellement harassé par les Ministres, qui se desfioient 3ode lui et Tapeloient le Libertin », avoit abjuré la Reli- gion Prétendue Réformée, et fait profession de la Catho- lique Romaine, escrivist, en ce mois, contre T Apologie du Roy d'Angleterre, voulant, par ce chef-d'œuvre, passer Digitized by VjOOQ IC 3o PIERRE DE L'ESTOILE Sept. 1609 — Respondent ejverbo Dei : Glorificabit mebesliaagri (Isa., xliii). Lepus quoque nam et ipse ruminât (Levit. , 11). Gloriatur enim Paulus, dicens : Ad bestias pugnavî (I Cor., xv). Scriptum est enim : Posuit timorem illius super omnem camem et domina- tus est bestianim (Eccles., xvii), quia leviores pardis equi ejus (Habacuc, i). 28® Quœre denique {qui est le dernier article de ce beau et sot /t- yre) : Cur dum rex Jacobus venatur et ludit, alii boni scribse et ministri student et scribunt pro eo, sicut dicat mundus libros esse 10 Régis quoniam émit illos a suis.— Resp. exverbo Dei : Quidam de scribis dixenint intra se (Marc, ix) : Dico ego opéra mea régi (Ps., xLiv). Juxta pretium ab eo constitutum (Levit., xxii). Rex vero laudabitur (Ps., lxii ). Scriptum est enim : Vox quidem, Yox Jacob est, sed manus manus Esaû (Gen., xxvii). A peine avoîs-je achevé d'escrîre le dernier mot de ce fat discours, qu'un mien ami, M. D. B., m'estant venu voir en mon estude, m'a appris le suivant quolibet contre les Jésuistes, qu'un Espagnol de la suittc du président Richardot, estant à Paris, lui avoit donné : 10 Longe a Jesu-itis, Qui cum Jesuitis-itis. Langue d'ange, Ame de diable. Le mécredi, dernier de ce mois, Jean Bérion fust constitué prisonnier et mené au Grand Chastelet, pour avoir imprimé le Secret des Jésuistes, qui n*est qu'une pure fadèze et gauffe mesdisance, et laquelle ne méri- toit une impression. Le pis qui y soit pour cest homme (que je congnois, et auquel je désirerois faire plaisir), est qu'outre la forte partie qu'il a, qui sont les Jésuistes, 3o le Roy s'y trouve meslé et intéressé au Miroir du Père Cotton, inséré en ce libelle. Ainsi, pour une sottize on est souvent en peine, et pour des badineries on se fait pendre. Dudit jour, J. Périer m'a communiqué un escrit très beau et très utile^ qu'on lui amis entre les mains, pour Digitized by VjOOQ IC Sept. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 3i imprimer et ajouster au livre des Antiquités françaises du président Fauchet. Il y a au-dessus, escrit de la main dudit Fauchet : Estât de la Religion Chrestienne en Gaule du temps de Clovis; et au-dessous de la main de M. du P. Momay : « Ce qui a esté osté du premier tome de M. le président Fauchet, contient quatre grands feuillets d^escriture, lesquels j'ay leus, et ne faut douter qu'ils ne soyent dudict auteur, très véritables et remar- quables , et grandement servans au schisme de la Reli- logion, qui est aujourd'hui.» En ce mois, M. le prince de Condé aiant esté mal mené du Roy, jusques â Tavoir appelé « bougre » (selon le bruit commun de la Cour), se retira fort piqué et mal content en sa maison, n'aiant esté possible à Sa Majesté de retarder son partement seulement d'un jour. Les courtizans faisoient le Roy plus amoureux que jamais de madame la Princesse sa femme, et que de là procédoient toutes ces querelles et disgrâces ; voire et on disoit que ce prince en estoit tellement las^ qu'il consentoit à demi la 10 dissolution de son mariage (qu'il sçavoit le Roy tenter par tous moiens), pour n'estre plus longtemps en ceste peine. De quoi M. le Connestable, malade au lit, estoit fort trouble et scandalizé ; et tous les grands de la Cour, offensés et mal contens, en parloient mal, mais soubs main (comme Ton dit) et à petit bruit. Ung nommé Pelletier, lequel, depuispeu de temps, pour un appointement de trois cens escus, que lui donnoit le Roy, et Messieurs du Clergé autant, et aussi qu'il estoit continuellement harassé par les Ministres, qui se desfioient Jode lui et l'apeloient le Libertin », avoit abjuré la Reli- gion Prétendue Réformée, et fait profession de la Catho- lique Romaine, escrivist, en ce mois, contre l'Apologie du Roy d'Angleterre, voulant, par ce chef-d'œuvre, passer Digitized by VjOOQ IC 3a PIERRE DE L'ESTOILE Sept. 1609 maistre en la Religion Catholique, mais il fut empesché d'en rien mettre en lumière, et défenses sous main lui en furent faites. Au reste, homme d'esprit et d'entendement, qui avoit belle langue et encores plusbcllj plume. Ung jeune moine de Sainte-Geneviève, avec un Fratri ignoranti^ estant sur le point de quitter l'habit et pro- fession de leur Ordre et passer à Charanton, furent descouverts, et, sur la fin de ce mois, attrappés et ren- fermés en leurs cages : le pauvre frater ignorant, fouetté "o tous les jours bravement et doctement; le jeune moine renfermé en une prison, au painetàTeau, pour tempérer disoient-ils) les ardeurs de sa chair non mortifiée, aiant envie de se marier. Lequel le feu archediacre Du Hardas eust donné au diable d'avoir ceste sotte volonté, estant d'un Ordre où, sans se mettre en peine de l'estre, il leur est permis de paillarder tout leur saoul. Les maladies continuent à Paris, mais non si dange- reuses ni mortelles que celles du mois passé. Plusieurs en reschappent et relèvent, contre l'opinion des méde- ao cins. Bajaumont (l'escuier et favori de la Roine Margue- rite), abandonné d'eux, pour estre atténué et miné d'un mal où il n'y a pas grande resource, et qui mect en tout temps les plus jeunes et gaillards au tombeau, en guai- rist, mais plus par la charité desamaistresse(ainsi qu'on disoit) que par l'art de son médecin : lequel, estant prié de la Roine de lui sauver la vie, lui respondit que cela despendoit plus d'elle que de lui, et qu'elle seule la lui pouvoit sauver mieux que tous les médecins. Le médecin Le Moyne, médecin, depuis la mort du 3o Fèvre, de la pluspart de ceux de ce quartier (mais non pas le mien), extrêmement malade, en revient. Je lui ay ouï dire une chose, parlant des saingnées qu'il aprouve et prattique fort, qu'il avoit fait tirer, en quinze mois, douze Digitized by VjOOQ IC Sept. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 33 cens palettes de sang à une fille qu'il gouvernoit, laquelle s'en estoit bien portée et avoit vescu plus de six ans après. Ce que j'eusse mal aisément creu se pouvoir faire, si lui-mesme qui Ta fait ne me Teust dit et répété souvent, mesmes depuis peu. En laquelle cure je trouve qu'il a esté beaucoup plus heureux que sage. Petit, premier médecin du Roy, ne pouvant accom- moder sa vie ni ses mœurs à celles de la Cour (où il n'estoit venu qu'à regret et par importunité), obiinst, en 10 ce temps, congé de Sa Majesté pour se retirer en sa mai- son à Gien, aimant mieux gouverner là son compère le savetier et boire librement avec lui que de courtizer et gouverner les dieux de la Cour (à quoi il ne se connois- soit gueres] , avec envie possible et calomnie, à laquelle ceux de cest estât sont volontiers exposés. Joint qu'aiant moien de s'en passer, estant riche, ainsi qu'on disoit, de cinq à six mil livres de rente, il eust esté estimé plus sot qu'autrement d'espouser ceste subjection, qui lui eust avancé ses jours, comme on tient qu'elle a fait ceux de ao M. DuLaurens, par les veilles qu'il lui faloit souffrir près le Roy, lequel, quand il nepouvoit reposer, en voioit quérir ledit Du Laurens 'pour lui venir lire, et le faisoit souvent - relever en plain minuict. On disoit que Sa Majesté n'r- voit laissé de gratifier ledit Petit de Testât de médecin ordinaire de Sa Majesté : si que, se retirant de la Cour avec ses bonnes grâces, il avoit eschangé la peine (qui souvent passe le proufit) à la tranquillité, et le vain honneur de la Cour (qui n'est que vent)à ung repos pour le reste de ses jours. 3o Sur la fin de ce mois, M. de Lesdiguières, seingneur de grant mérite et valeur, et le premier capitaine de l'Eu- rope, par le tesmoingnage mesme du Roy, auquel on a ouï dire qu'il n'eust voulu céder l'honneur de ceste qua- t*. DB L*£sTOtLS. — X. 3 Digitized by VjOOQ IC 34 PIERRE DE L'ESTOILE Sept. 1609 ^té à homme qui fust au monde, n'eustesté,d*avanture, à Lesdîguières ; et, au reste, guerrier sage, vaillant et heureux (qui sont trois qualités qu'on ne void guères concurrer ensemble en un chef de guerre), fist le serment de Mareschal de France, entre les mains du Roy, à Fontainebleau, le dimanche 27* de ce mois, jour Saint Cosme : lequel Jour Sa Majesté avoit choisi exprès, pour ce qu'en icelui (il y avoit huict ans justement) M. le Dau- phin avoit esté né. Ce que le Roy ramentust aussi audit 10 sieur de Lesdiguières, et voulust qu'il lui prestast le serment (comme il fist) dans la chambre mesme. Octobre. Le jeudi, premier de ce mois, M. D.' T. m'a preste dix pièces d'escritures à la main, non imprimées et assez curieuses, sçavoir : le Rolle des principaux seingneurs et gentilshommes français protestans, avec leurs moiens et facultés; 2" les Noms et Qualités de ceux qui accom- pagnèrent M. de Rosni^ en son Ambassade d'Angle^ terre; 3° ceux du comte de Villemediana, en ladite 20 Ambassade ; 4° Lettre de Mons. de Lafin à M. de Bétune, sur sa conversion ; 5° Response duditdeBétune; 6° Deux Épitaphes latins de feu M. de Bu^anval, avec le Tombeau de la Chevalière du Guet Testu; 7** une lettre d'amour, bien jolie, étiquetée : Lettre de Geor- gette; 8® autre, d'une dame sans nom, sur le mesme" subject ; 9° douze Devi:{es^ en un feuillet ; 10° soixante autres, en deux. Le vendredi 2*, le Nonce du Pape avec l'Evesque de Paris, assistans en Sorbonne aux disputes, desquelles les 3o thèses estoient soustenues et défendues par M. de Champvalon, abbé de Saint-Victor; le Recteur de l'Uni- Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 3b versité, nommé Le Vasseur, y estant arrivé, et voulant en qualité de Reaeur y tenir le premier ranc et la pre- mière place, TEvesque de Paris ne lui voulut céder, disant qu'il estoit roy en son évesché. « Et moy, dit le «t Recteur, en mon Université, où vous estes. » Et, estans entrés en contestation de paroles, le Recteur, de crainte de plus grand scandale, sans s'asseoir, s'en alla et dit que la Cour en parleroit, aiant failli en une chose, au dire d'un chacun, de n'avoir cependant fait cesser 10 l'acte. On crioit, ce jour, des nouvelles Patentes du Roy, pour les Francs-fiefs et nouveaux acquêts, qui me cous- tèrent ung sol. Le samedi 3«, j'ay acheté un nouveau livre en poésie, imprimé par Morel, in-8°, intitulé : le Dauphin^ de Jacques De La Fons, Angevin, lequel, relié en parchemin , le sire Housé m'a vendu, au Palais, douze sols. Ce jour, je fus avisé, par M. Leschassier, advocat en la Cour, d'envoier quérir les Thèses deChampvalon, impri- ao mées. Ce que j'ay fait par Matthieu, qui m'en a apporté une où j'ay trouvé (comme il me l'avoitdit) de l'ineptie et impiété beaucoup. L'ineptie, au commencement, en la lettre firançoise qu'il adresse au Roy, qui est une vraie grottesque, où on n entend du tout rien. L'impiété, en sa première Thèse, en laquelle il met le Pape, en ceste terre, au-dessus de Jésus-Christ, contre toute auctorité et raison, si ce n'est, d'avanture, celle du Cordelier, lequel, voulant défendre la préséance de son St François, qu'on avoit peint, aux Cordeliers, au-dessus de Dieu, fist res- Soponse qu'il estoit raisonnable que chacun fust maîstre en sa maison. Voicy ses mots : « Hanc autem sacram et individuam fidelium synaxin^ cujus Paulum V esse verum caput, Digitized by VjOOQIC 30 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 Papam etPontificem ex hominibus assumptum,appella- tumque a Deo secundum ordinem Melchisedech, novi- mus esse veram et solam Christi Salvatoris Ecclesiam, sanctam Catholicam et Apostolicam. » J'ay serré ceste Thèse, comme un second Vice-DcOf bien qu'elle soit commune, avec beaucoup d autres que j'ay, et qui sont tous les jours mises en Sorbonne sur le bureau : dont elles ne sont pas pour cela meilleures. Le dimanche 4% le Père Du Brueil m'a preste Biblio- 10 theca SenensiSy imprimée, in-folio, à Cologne, Tan 1 576, reliée en veau noir, qui est un nouveau gage pour mes Annales d'Anjou, qu'il a à moy. Lequel je lui ay rendu, la veille de Noël de l'an présent 1609. Le lundi 5«, m'estant acquitté à Tourvâl des Poésies qu'il m'a voit demandées, il m'a donné, et puis rosté et redemandé, et enfin rendu, la veille de Noël, où on le trouvera inscrit sur ce Registre, le petit Bréviaire et Office ordinaire des Anglois, en anglois, imprimé à Londres, in- 16°, 1608, relié fort proprement en parche- ao min jaune, avec les feuillets marquetés : lequel je garde par curiosité, y entendant aussi peu et encores moins que ne font les femmes à leurs Heures en latin. Ce jour, le sire T. m'a vendu les Pourtraits des Car- dinaux qui vivent encores aujourd'hui, créés par les papes Grégoire XIII% Sixte V% Grégoire XIV% Clément VIII« et Paul V«. Ils sont soixante cinq en nombre, imprimés, l'an passé 1608, à Romme, mais veus à Paris seulement en septembre passé 1609. Pour leur passeport à Charanton et autres lieux de 3o l'exercice delaReligion des Haerétiques, j'ay trouvé entre mes papiers TÉpigramme suivant, qui y pourra servir. Hos Girdinales, quotquot intuemini, Scitote dictos sic, volente Numine, Digitized by VjOOQIC Oct. i6o$ MÉMOIRES-JOURNAUX Quod foribus illis Papae, quarum est janitor, Qua lata Ditis ducit in domum via, Hi Cardinales cardinum praestent vicem. At tUjtuorum liberator, o Deus, Ut justus ultor, perde, verte, subrue Hune Janitorem, istas Fores, hos Cardines, P. M. Pestis Maxima. T. B. Il m'a vendu aussi une nouvelle pièce de dévotion, c'est à dire vraie relique de bigote, faite à Romme par loTempeste, 1608, d'une Sainte Françoise, canonyzée audit an, et exhibée à Paris en cest an 1609. J'en avois jà uv\t^$implicis Jigurœ, mais ceste-ci est avec le comment et Tapparat, qui vault mieux que tout. Ces deux m'ont cousté quarante deux sols. Je fus voir, ce mesme jour, M. Pétau, Conseiller en la Cour, le plus riche aujourd'hui (des gens de sa qualité) en médailles antiques d'or et d'argent et autres belles pièces, tant estrangères que françoises, dont il nous en fit voir une très grande quantité : entre autres, nous 20 monstrant le ducat du roy Louis XII*, trouvasmes dans Esaîe, au 14® chapitre, la devise qui est à l'entour dudit ducat en mesmes mots : Perdant Babylonis nomen. En aians esté avisés, M. Courtin, M. de Montant et .moy, par ledit Pétau, sans que pas un de nous y eust pris garde, ni remarqué, en lisant ceste devise qu'on trouve au susdit passage. Au sortir de son logis, nous allasmes en celui de M. de Montant, où il nous monstra force belles pièces, dont il est extrêmement curieux. Et là, je me paiai à 3omoictié, d'une bourse de vieilles médailles de bronze que je lui avois baillées, il y a long-temps, à la charge de m'en bailler d'autres, à la première veue et commo- dité qui se présenteroit. Il m'a donné deux getons d'ar- Digitized by VjOOQIC 38 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 gent, dont il y en a un où sont gravées des faucilles , assez rares et curieuses, avec une autre petite pièce d'ar- gent aussi fantasque, que je ne connois point, non plus que lui. En tels trocqs on perd toujours à faire Thon- neste : ce qui m'est avenu assez de fois aussi bien qu'à celle-cy. Le mardi 6% j'ay acheté un Arrest nouveau du Con- seil privé du Roy, contenant reiglement d'entre les as- sesseurs criminels et commissaires examinateurs du 10 siège présidial d'Agenois en Gascongne, et les Prési- dent, Présidial, Juge-mage, etc.; avec un autre Édit du Roy, portant création et érection d'une lettre de mais- trise jurée de chacun art et mestier en toutes les villes, bourgs et fauxbourgs et lieux de son Roiaume et pais de son obéissance, en faveur du mariage de monseingneur le prince de Condé, premier prince du sang et premier pair de France : ces deux m*ont cousté quatre sols. La veufve Nicolas Rofifet, demeurant à la Rose- Blanche, m*a donné, ce jour, un discours nouveau, ao qu'elle venoit d'achever d'imprimer, intitulé : Raisons pour monstrer que VÉdii, nouvellement fait sur les monnoies, est juste, et qu'il est au soulagement du peuple; ce qu'il monstre assez mal (ce me semble), et ne sçai comme il seroit possible qu'un homme, sur ceste ma- tière, se peust faire entendre aux autres, quand il ne s'entend pas soi-mesme. Aussi disoit-on que l'aucteur périgourdin, D. M., suivant les vestiges de son père, se fust mieux congneu en la composition d'une fausse monnoie, qu'en celle de quelque bon discours. 3o Lemécredi7«, M. Tayler, ministre de l'Ambassadeur d'Angleterre, avec lequel il de voit partir le lendemain pour s'en retourner en Angleterre, me vinst voir et dire à Dieu (comme il fist) avec regret, et moy à luy : pour- Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 39 ce que, de si peu que je l'avois congneu, j'avois remar- qué en cest homme une singulière modestie et humanité, accompagnée d'un vray zèle à la réunion et réformation de l'Église de Dieu (ce qui se trouve rarement aujour- d'hui en ceux de sa profession), et croy aussi qu'en partie pour la mesme cause il m'afiectionnoit beau- coup. Il me conta comme le Roy avoit gratifié son maistre, à son départ, et donné un buffet de vaisselle d'argent 10 doré de deux cens marcs, à quatorze escus le marc; ce qui revenoit à deux mil huict cens escus, ou environ. La Roine, à Madame l'Ambassadeuse, avoit fait pré- sent d'une ovale enrichie de pierreries, en un costé de laquelle estoit son pourtraict, et en l'autre la place vide pour y en mettre un autre, tel qu'elle voudroit ; et estoit estimée ladite ovale à deux mil escus. La roine Margue- rite lui avoit donné une enseigne de pierreries, prisée dix huict cens escus ; la princesse de Conti, un diamant de quinze cens escus ; et la marquise de Vemeuil, une ao orloge, estimée six cens escus ; estant ladite dame Am- bassadeuse fort aimée des dames de la Cour, qu'elle aimoit aussi, regrettant grandement à son départ le doux séjour de la France. Le jeudi 8^ de ce mois, m'amusant dans mon Estude à feuilleter l'auteur du Tortura Torti contre Bellar- min, que M. de Tourval m'a donné (et duquel beaucoup de gens font estât), j'ay pris plaisir d'en extraire le pas- sage suivant : Prasdicari mavult Papa de regibus quam pnedicare illis. 3o (Page 12.) En la page 24 1«, parlant de la harangue du Pape Sixte y®, sur le miracle avenu en la personne du feu Digitized by VjOOQIC 40 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 Roy Henry 111% tué par un moine, que ledit Sixte apelle un miracle et grand exploit de la sagesse et providence de Dieu, qu'il loue fort et admire : Et quid in ea reperies (inquit) nisi laudes et admirationem sapientiae et providentiae Dei? Et quodnam illud sapientias opus, quod ita unice admiratur ? Quod simplex Monachus, non mutato habitu, non gladio clypeove armatus, ad Regem libère penetravit; at hoc sane non ita; valde mirandum illud potius si penetrasset ad Regem Monachus, gladio clypeove armatus, lonam quod inermis suspicio de eo nulla. Sin armatus, non ita credo per medios satellites viam expeditam habuisset. Nihil ergo, in admiratione illa Sixti, admiratione dignum. En la page 244®, parlant plaisamment, mais vérita- blement, des Consistoires du Pape : Multos (dit^il) hoc habet maie, illud vero pessime, quod ubi mactatus Rex, aliquis tum Consistorium habet Pontifex, Cardi« nales convocat, orationem meditatur, meditatam profcrt, Dei providentiam, justitiam, laudibus in cœlum extoUit. Ubi divam proditionem evasit rex aliquis, nihil horum : vacuum Consis- ao torium, orationes nuUœ, mutus Pontifex, non manlfestum ibi miraculum uUum, non encomium ullum, aut oratio panegyrica de laudibus divins Providentias. Perditio Régis laudes habet suas et admirationem : ex salute Regum, nec admi ratio Dei nec laus. Ad mortem Cardinalis,venit illi in mentem statim, ad ne* cem régis excidit illi prorsus, quis dixerit : Nolite tangereChristos meos. Et incontinent après, parlant de ce petit saint de moine : Quod fuit autem dictum de rcferendo in Sanctos fraterculo 3o illo sine auctore non dicitur, et si auctor non dicitur, puta ali- quem de iis quiacta Consistorii breviter annotare soient; nec dis- simile vero, quoniam qui ita Deum tum laudare gestiebant, eum verisimile est et in Sanctis Deum laudare voluisse. En la page 242*, il avoit dit auparavant que Bellarmin Tavoit appelé : Vif sacratus fraterculus. Mirum (dit nostre aucieur) quod et illum Christum Domini non scripserit. Digitized by VjOOQIC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 41 En la page 257*, parlant du siège de Romme : Non enim Lulherani soli {dit-il) Romœ fore censent Anti- christi, censent et Jesuitae atque illi inter eos qui debent rem optime cognoscere, utpote qui in Apocalypsin lucubrationes suas ediderunt, Ribera et Viegas, etc. En la page 276*, parlant du Roy d'aujourd'huy, des conjurations dressées contre lui par la Ligue, par les Jé- suites, et du coup de cousteau de leur disciple Chastel, il dit : 10 Responde etiam de nefariis istis hominibus, et conatibus corum qui pericula tum iiii nec pauca nec levia creabant, qui- nam iUi nefarii tandem ? Annon de Liga vestra Sancta ? Annon vel Jesuitae vel Jesuita aliquo pleni, qui tum nec prœliis nec prœlis Régi pepercerunt ? Quorum tamen ille conatus, et in acie apertos, et extra aciem clandestinos, evasit, etiam tum cum virgas vestras contempsit. Responde et hoc, nefarius ille homo, qui fuit vel unde, qui nondum percusso legati humero, cultello tum ei in fauces involavit. Nefarii illi qui gcnus, unde homo, quorum Pyramidi olim incisa prseconia ? Cujus etsi jam lapides ao amoliti estis, at memoriam non estis, non potestis, non magis quam cicatricem de vultu regio. Manet haec in vultu, manebit illa in historia : monumenta ambo nefariorum hominum vestra de secta, quorum, ab uno hoc exemplo, conatus regibus me- tuendi suni. Nam denostrae professionis hominibus nemo un- quam extitit, qui contra illum vel manum levant, qui non et semper fidus assisterit, tantum abcst ut vel in caput ejus,Vel in coronam corum, quisquam quicquam unquam tentaverit. En la page 326% poursuivant apparier des Jésuites, il dit: 3o Non satis est prxdicare Christum. Est illis non unum ex prœ- cipuis, sed praecipuum fidei caput papalis potestas, atque ejus proinde prœcipua illis cura est, idque ita ut neminem recipiant, nisi stipulantibus sibi ante omnia spondcat se ad omnia Papas jussa paratum fore, nec régi diutius pariturum quam id ita Papae visum fuerit. Et incontinent après : Ncque vero vestri (Jf7-i7)sic invitos haberent principes, neque Digitized by VjOOQIC 42 ' PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 mutato habitu, opus esset, nisi jamdudum hic sads compertum esset vos cutn doctrina vestra seditionis semina pertniscere ac in religione latebram proditioni quaerere. Evangelium vestrum Evangclium pacis non est, et gentium non conversio, sed per- versiOy nec tam Ecclesiœ aedificatio, quam ruina Reipublicas. En la page 36 1, parlant du nombre de la Beste dési- gné en TApocalypse, la feit tumber sur le livre naguères dédié au Pape, inscript Paulo V, Vice-Deo, et, par mesme moien, sur lui, pour monstrer qu'il est TAnte- 10 christ. Il dit donc ainsi : Non ibi legas inscriptum ita Pontifici librum : Paulo K, Vice- Deo. Quo ipso in titulo nescio an id advercat Papa, fac tu ergo illum admoneas implcvisse jam eum mensuram suam. Computari enim ibi posse ab eo numerum Bestise ; est enim (vix fausto id qui* dem omine), sed est tamen in nova illa illius inscriptione nota ipsa et numerus Antichristi. En la page 387, pour monstrer que partout, et mesmes à Paris, pendant les troubles de la Ligue, Tauctorité du Pape ne subsistoit que par le meurtre et sédition, qui y 20 estoient preschés, il dit : Turbatis non ita pridem in Gallia rébus, non alia tu m doc- trina Parisiis regnavit. Nisi gessisset ibi rem casdendo populus, Pontifex sedendo haud quicquam effecisset. M. de Lislc Groslot m'a fait donner, ce jour, par un sien ami, qui est aussi le mien, le Tumbeau suivant, qu'il a fait du chevalier Sydnei, Anglois, brave caval- lier, et tellement renommé au monde pour ses vertus, que les Polonnois proposèrent de le prendre pour leur Roy, comme n'estant pas seulement armis decoratus, 3o sed etiam legibus omatus. Ecce arcto terrae in tumulo exiguique sepulchri Visceribus, sacrae exuviœ Sydnsi immensi, Olim divae animae domus inculpata, sed illam Digitized by VjOOQIC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 43 Coelum habet, et gaudet tanto hospite^ gaudet et orbis Vivente innata effigie pregnantis amatse Conjugis in casto gremio. Viget alite fama Quod Marte et Musis nomen tibi condidit. Olli Namque illud nequiit rapere aut Mars invidus aut Mors Jam juveni. Victus fatis, vicit quoque fatum, Sex vixit, vivitque, Deum genus et mixtus Dis. M. de Greban m'a dit, ce jour, la mort de Madamoi- selle de la Gilquimère, sœur de Madame de Maisons, ma 10 bonne voisine et amie, décédée ces jours passés, en sa maison de la Gilquimère, toujours en priant et invo* quant Dieu. Elle estoit aagée de quatre-vingts trois ou quatre-vingts quatre ans : dame bonne et vertueuse, à laquelle Dieu a donné une fin conforme à sa vie. Elle est morte en la Religion Prêt. Réf., en laquelle elle avoit tousjours vescu. Le mesme jour, J. Bérion, prisonnier pour ce sot Discours du secret des Jésuistes, qu'il avoit imprimé, fusi mis dehors, après avoir esté un de ses livres lacéré 20 devant lui, en présence de deux Jésuistes; et après avoir confessé sa faute, lui fust défendu, sur peine de puni- tion corporelle, d'en plus imprimer de semblables ni aucun autre^ sans congé et privilège exprès de Sa Ma- jesté : qui estoit en sortir à bon marché, veu l'indiscré- tion et témérité, dont cest homme avoit usé, passant mesmes par dessus les défenses qu'on en avoit faites. Le vendredi 9», Madame du Thil, ma tante, m'a escrit des lettres de Rouen, par lesquelles elle me prie de faire tenir à mon fils aisné, en son nom, si c'est un garson, 3o et, si c'est une fille, par ma fille aisnée, l'enfant que Dieu donnera à ma cousine de Triaaon, pource qu'elle et son mari Taiant priée d'estre leur commère, et ne pouvant estre substituée en sa place, à son deffault, telle personne que bon lui sembleroit, elle se seroit avisée de ma mai- Digitized by VjOOQIC 44 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. ,609 son plustost que d'aucune autre. Ce qu'aiant interprété à faveur, madite cousine estant accouchée, ce jour mesme, d'un beau garson, trois heures après la receue des lettres, mon fils, auquel elle en avoit escrit pareille- ment, le tinst, le lendemain, avec ma tante de Montho- lon, et le nomma Nicolas, pource que madite tante s'ap- pelle Nicole, n'aiant voulu Madame de Montholon le nommer, d'autant qu'en ceste cérimonie mon fils repré- sentojt ma tante du Thil, qui avoit mis dans ses lettres 'o deux escus sols, auxquels il n'avoit rien à prouffiter et qui ont esté totalement emploies et donnés. Le samedi io% mon nepveu de Bénévent m'a donné un poème nouveau, imprimé in-8°, fait par un nommé Bouteroue, intitulé : Le Petit Olympe d'Issy, qui est une fadèze, dédiée à la roine Marguerite, sur ses beaux jardins d'Issy, desquels on disoit que le dieu Priapus estoit gouverneur, et Bajaumont, son lieutenant. Le Roy, ces jours passés, passant devant son logis, voiant sa chapelle non achevée toute descouverte : « Ventre-saint- 2ogris| dit-il, il faut bien que ma sœur face besongner à cela, et qu'elle face couvrir sa chapelle. — Il est vray, Sire(respond M. de Montb...), mais le couvreur de la Roine est malade. )> Le lundi 12% M. Du Pui m'a donné une Généalogie de Portugal, très-exacte et élabourée, imprimée en une grande feuille. M. Chrestien m'a donné, ce mesme jour, le Panégy- rique de LatinusPacatus Drepanus, prononcé à Romme devant l'Empereur Théodose, mis en françois par feu 3oM. Chrestien, son père, lequel il a fait imprimer ici, in 8°, par Pierre Chevallier. Mérite d'estre recueilli et gardé. J'ay preste, ce jour, à M. Du Pui, mon Tertullien, Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 45 in-8°, de Vechel, en deux volumes, beau par excellence et bien imprimé. — Qui me Ta rendu, le vendredi 16. Ce jour, ceux de la paroisse de Charanton faisoient partout un panégyrique de l'excellent presche, qu'avoit fait, le jour de devant, audit Charanton, un jeune ministre d'Anonnay en Vivarets, aagé de vingt quatre à vingt- cinq ans seulement, nommé Le Faucheur, nepveu d'un mien ami fort honneste homme, nommé aussi Le Fau- cheur, Rochelois. 10 II prist son thème sur le passage du Psaume : J'aime mon Dieu, lequel il traicta fort gentiment et pathétique- ment (chose propre pour un peuple qui se prend plus par les aureilles que par le jugement), si que, quand il vinst à sa péroration, il tira les larmes des yeux de la pluspart de ceux de l'assistance, mesmes de ceux de M. de Sully (encores que les compunctions en ceux de sa qualité soient fort rares). Ceux qui m'en ont parlé sans passion, et entre autres un de mes amis, qui, aiant envie de me le faire voir et connoistre, Tavoit amené chez moy (où jen'estois 20 pas, dont je fus bien marri), m'a dit qu a la vérité son esprit et sa doctrine passoient bien son aage, et que sa hardiesse, éloquence et aaion, par-dessus tous ses com- pagnons, voire les plus anciens et renommés, promet- toient quelque chose de grand et non vulgaire. J'eusse fort désiré ouïr son presche (car je ne croy en cela à tout esprit), n'eust esté qu'à Paris (tant le monde y est sot et corrompu), d*aller au bordeau, à ceux de profession catholique, est plus tolérable beaucoup, que d'aller à Charanton. 3o Le mardi 1 3% j'achetai, au Palais, un nouveau Traicté pour les Décrets, Enchères et Criées, fait par un advo- cat à Troyes, nommé Rochette, avec une autre baga- telle intitulée : La défense des Pères Jésuistes, faite par Digitized by VjOOQ IC 46 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 l'abbé Saint' Victor , aussi plate et fade que les invec- tives auxquelles il respond. Elles m'ont cousté, les deux, sept sols. Ce jour, mon gendre Poussemothe gangna sa cause contre Tadvocat Mauguin, son voisin, lequel, meu d'une animosité et vengeance particulière, vouloit, sans au- cun respect de justice ni de raison, et contre tout droit de voisinage, le jettcr par la violance hors d'une maison qui n'estoit pour lors à personne qu'à la justice, et mettre 10 ses meubles sur le carreau. Mon gendre Duranti plaida sa cause, laquelle il emporta tout net, en la Chambre de vacations, où présidoit M. le Président Séguier, qui leur aida et fist plaisir en ceste affaire. Pour mon regard, j'en fus doublement aise, et pour les personnes qui me touchoient, et pour la justice qu'on y rendist (qui n'est pas de l'ordinaire du temps); aussi, qu'un de mes souverains plaisirs a toujours esté et est de voir un arrogant et présomptueux, tel que s'est monstre ledit Mauguin en ceste action, abaissé et bafoué, ao Le mécredi 14®, on m'a donné des Vers françois sur la mort de M. Berger, Conseiller en la Cour, faits par Navières et imprimés en une feuille. On m'a fait voir aussi des Stances, qui courent à la Cour, sur les amours du Roy et de Madame la P. D. C, qui sont si mal faites, que je me suis contenté de les lire, sans en tirer copie. J'ai acheté, ce jour, douze sols, le Chemin à l'Athéisme^ fraie par les Hérétiques de ce siècle^ qui est un nou- veau livre, imprimé à Paris, in-8®, chez Michel Nivelle, 3o composé par M. Vialar, prieur de Ste-Marie-de-Bu, un de mes cousins et alliés, personnage docte et fort zélé à l'avancement de la Religion Cath. Apost. et Rom., mais peu à la réformation d'icelle et correction des abus, qu'on Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 . MÉMOIRES-JOURNAUX 47 y void visiblement pulluler et régner, comme il paroist par son escrit, qui, estant d'un stile plat, nullement relevé et cependant injurieux, tout rempli de grottesques et impertinences, fraie le chemin plus tost à une divi- sion perpétuelle qu'à une réunion et reformation de rÉglise, souhaittée de tous les gens de bien. En quoi il n'imite ce grand personnage d'Érasme, de Tauctorité duquel il se sert contre les erreurs et vices des Préten- dus Réformés de ce temps. 10 On m'a donné, ce jour, le suivant petit Tumbeau, fait par un mari sur la mort de sa femme. UXORIS D. O. M. S. Raptam morte conjugem, Viator, non queror, Sed qusero, cum aequa illi sors cum omnibus, Mihi uni relicto sequa non fuit. Annon quae, Vivons, mea vita fuerat, eadem mea mors, Mortua, esse debuit? Vivo tamen, et noiens Lucem injussam aspiro! Hoc unum misero 20 Probrum restât superstiti. At vos, ingrata Lumina, perpetuis saltem sequum est excscari Lacrymis ! Lux nostra occidit : nullum Praeterea vobis est fas lumen intueri. T. D. La suivante lettre, faite par une dame très vertueuse et bien disante, G. D. M., m'a esté donnée, le mesme jour, que j'ay trouvé mériter, par sa gentillesse, d'estre recueillie : Si vous estiez aussi courtois en vostre conversation qu'en vos 3o lettres, vous ne seriez point en peine d'adoucir les aigreurs de mon esprit, que vous troublez à toute heure, sans autre raison que celle de vos humeurs inégales. Vous avez tellement nourri les miennes dans les notes et picoteries, qu'à peine mepuis-je satisfaire de toutes Digitized by VjOOQ IC 48 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 vos excuses. Une seule me pourroit appaiser, qui est celle de vostre passion, mais je ne puis croire qu'un efTect puisse estre si différent de sa cause. Aimer et offenser sont deux choses bien contraires. J'avois tousjours creu qu'un amant n'avoit désir, pensée, ne volonté, que celle de la chose aimée, et tout ce qui est au delà de ces pre- mières créances ne peult trouver place en mon esprit. Je ne puis changer ces maximes sans vous faire changer de nom, et vous tenir plustost pour poursuivant que pour amoureux ; ou si vous estes Tun et Tautre, c'est plus pour vostre contentement que pour celui d'au- 10 trui,car, pour le trouver, vous n'espargnez point celui de ce que vous aimez. Encores pardonnerois-je à ces promptitudes, bien que bru- tales, si elles avançoient vos desseins; mais, au contraire, elles les ruinent en me faisant congnoistre le fondement de vos vœux, qui sont indignes d*estre acceptés avec de si lasches conditions. Et bien que vous ne parliez qu'honneur, devoir et respect, c'est ce que vous pratiquez le moins. Je me promettois d*estre exempte de toutes ces extravagances, ou par mérite , ou par bonheur, comme la personne du monde qui vous devoit plus tenir dans le respect. Mais vous en franchissez aussi souvent les limites pour moy que si vous aviez loy 20 de le faire. Ni la connoissance de mon esprit, ni ses , ni les vœux d'obéissance, que vous m'avez plus souvent faits que gardés, ne vous empeschent point de vous révolter à toute heure contre mon humeur et mes volontés. Et puis vous voulez que ces mutineries passent pour excès de passion, et que je m'y rende aussi insensible que vous invincible à toutes les raisons que vous avez de me chérir et estimer plus que vous ne faites. Ce reproche seroit désavantageux pour moy, si je n'avois autant de moiens de m'en vanger que peu de volonté de le faire. Je ne veux donc user du pouvoir que mon Dsemon a sur le vostre, que pour lui faire confesser que je sçai 3o mieux pardonner que punir, et bien que j*aye plus d'ascendant sur lui que le Ciel n'en a sur la terre, je le veux prier, et non com- mander, de demeurer plus traitable. A Diiu. Le jeudi 1 5*, je me suis avisé d'extraire le suivant Tum- beau de feu M. de Buzanval, des papiers queTourval me presta, le premier jour de ce mois : DEO OPTIMO MAXIMO SACRUM ET MEMORLE JETERNiE PaUU ChOARTI BuZANVALLI , vifi nobî- liss. iis artihus a pueritia informât!, quas hominem liberaliter 40 educatum scire oportet, atque in primo œtaiis flore in graviss. negotiis probati, qui quum ab Henrico, Christ. Francis et Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 49 Navarrae Rege, ob egregiam industriara^ fidem et vigilantiam, elecnis ad Illustriss. Ordin. harum Fœderatarum Provinciarum missus esset, sexdecim annis in eo actu ita sese gessit, ut non solum Christian! ssi mi Régis desideriis abunde satisfecerit, sed etiam apud ipsos Illustriss. Ordinis, quum, exacte Legationis tempore, hinc in Galliam reverteretur, magnum sui desiderium reliquerit. Quum autem ampliss. et integerr. virum Petrum Janninum, Supremae Curiœ Divionensis Praesidem, et sanctions Consis- lotorii sui Consiliarium, idem Christianiss. Rex in bas Provincias mitteret, nec magis idoneum collegam illi dare posset quam eum qui, cum tanta laude ac per tôt annos, hoc munus admi- nistraverat, iterum hue a Rege missus, inexpugnabili morbo extinctus, administrationem suam inchoatam, perpetuum autem mœrorem, Fœderatis Provinciis reliquit. Illustriss. Ordines, ob singularem viri integritatem, innocea- liam et eximias dotes, pro documente etiam illis futuras qui deinceps hoc legationis munere in bis Provinciis fungentur, quo affectus eorum erga Christianiss. Regem et ejus ampliss. ao Legatos testatior esset, corpus impensa publica effi^rri decre- verunt, funus prosequentibus Illustriss Comité Mauritio de Nassau, e)us fratre et aliis Domus Nassauviae proceribus, atque universis harum Fœderatarum Ordinibus. Hujus rei ergo mausoleum hoc haeredes ejus, cum titulo, posuerunt. Vixit annos 56, excessit pridie kal. septemb., anno 1607. Conspexit hic me Belga Legatum prius, Per lustra Solis quinque ter vertentia Honore functum, patriaeque redditum. 3o Inde hue retractum. summa me oppressit dîes. me beatum ter quaterl cui contigit Ut, misso, honesta missione, hinc cedere. Ut, evocato, in pristinis castris mori. Le vendredi i6', le sire Tav. m'a donné deux pièces nouvelles qu'on lui avoit envoie de Hollande. L'une est la représentation en taille-douce de la Chambre anatomi- que de la fameuse Université de la ville de Leyden, en Hollande, imprimée audit Leyden en une grande feuille, en cest an 1609, inscripte : Antphitheatrum anatomicum ^ Lugduni Batavorum. L'autre est une Pyramide de la Paix, imprimée aussi p. DB l'Estoile. — X. 4 Digitized by VjOOQIC 5o PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 nouyellement audit Leyden, en une grande feuille in- folio, en taille-douce, au bout de laquelle il y a des vers françois pour Texplication de ladite Pyramide, qui sont assez bien faits pour le lieu d'où ils viennent. Elle est inscripte : Pyramis pacifica. De celle-cy, j'enay acheté deux, que j'ay donnée. Tune à M. |Du Pui, l'autre à M. Chrestien, pource qu'ils me donnent tousjours quel- que chose de nouveau. Lesquels ledit Tav. m'a vendu vingt sols. 10 Un mien ami me communiqua, ce jour, un advis qu'on lui avoit envoie par lettres escrites de Leyde en Hollande, dactées du 2 du présent mois, par lesquelles on Tavertissoit d'une grande contention et division sur- venue, entre les Ministres dudit pais, sur l'article de la Prédestination : qui estoit telle qu'on avoit grand peur qu'ils en vinssent aux mains. Aussi, qu'il sembloit que les Estats du païs vouloient, comme on avoit fait en Angleterre, s'attribuer la souveraine puissance et aucto- rité sur toutes les Églises, aiant depuis peu fait faire le ao mariage d'une femme avec un sien parent, outre le gré et consentement des Ministres et des Églises. Toutes ces divisions (disoit-l'on) sont graines de Jésuistes et poudres tirées des bouëttes de l'Archiduc. Quant au point de la Prédestination, il est si cha- touilleux et dangereux à toucher, qu'en l'an i586, lors- que M. de Belièvre passa en Angleterre pour la Roine d'Escosse, les Ministres, estans en grande division sur cest article et s'estans assemblés par plusieurs fois pour en décider et résouldre quelque chose , s'y trouvèrent si 3o empeschés, qu'ils furent tous d'avis unanimement d'en laisser la matière indécise : tellement que leur conclusion fiit : Mitte arcana Dei. Le samedi 17% je me suis transporté au logis de Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 5i Madame Clémance, demeurante en la rue Jean de Les- pine, près la Grève, pour y voir une pauvre damoiselle, nommée de Vergne, fort afiiigée de pauvreté, avec une sienne grande fîlle malade, lesquelles ladite Clémance loge et retire depuis cinq ou six mois, plus par pitié et charité qu'autrement, se monstrant en cela meilleure chres- tienne que beaucoup d'autres, plus riches et aisées sans comparaison qu^elle, et auxquelles un escu ne seroittant qu'à ladiae Clémance un denier. Et, toutesfois, se plain- lognoit à moy qu'elle ne pou voit rien tirer, ni de la mère, ni de la fille (encoresque sa recommandation, pour avoir tousjours esté leur fidèle servante, et mariée en leur mai- son, ne puisse, de ce costé-là, estre suspecte), la mère lui aiant donné, pour le soulagement de ces deux pauvres créatures, en cinq mois, quinze sols, avec défenses, à la dernière fois, de plus lui en demander, et sa fille dix sols à deux fois, s'en estant retournée esconduitte à la troisième, disant qu'elle en avoit pour d'autres à qui donner, et emploiant cependant, en une collation de ao baptesme, où il n'y avoit que quatre ou cinq personnes, dix huit et vingt escus en dragées et confiture sèche. J'ay consolé du mieux que j'ay peu ladite damoiselle, et subvenu de peu, selon mes moiens, et toutesfois ce peu bien à point, pource que je les ay trouvées sans pain, paste, ni argent. Et croy certainement que Dieu m'y avoit conduit, lequel j'ay tousjours prié et prie tous les jours me faire la grâce de n'oublier jamais le pauvre qu'il a fait, aiant ceste ferme asseurance qu'en ce faisant je jouirai du firuiade ma devise (bien que l'apparance y soit contraire, 3o ce que j'escris ici avec regret) : Non vidijustum, etc. J'ay esté jeune et vieillesse c^ atteinte^ Et n*ay point veu le juste, etc. Reposita hase est spes in sitiu roeo. Digitized by VjOOQIC 52 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 Ce jour, par arrest de la Chambre des vacations, fust pendu et estranglé, en la place de Grève à Paris, un praebstre qui avoir violé la niaipce d'une damoiselle veufve, en une sienne maison des champs ; puis, s'enten- dant avec la servante, auroit volé à ladite damoiselle la somme de deux mil livres. La servante eust le fouet, au pied de la potance. Le prestre, dégradé à sept heures du matin, fust recongneu avoir esté autresfois curé de S.-Jacques-de-la-Boucherie. 10 M. Le B. D. m'a donné, ce jour, le Sonnet suivant sur TAbrégé de la vie du Roy, fait par M. de Sully ; lequel, pour son invention et gentilesse, mérite d'estre re- ceuilli : Je vous prens à tesmoing, amie Vérité, Libre de passion, et de crainte, et d^envie! Celui qui de mon Roy veult abréger la vie N'est'ilpas criminel de lè^e-majesté? Cest après le décès qu'on dit la vérité, Qu'on loue sans dessein, qu'on reprend sans envie : ao Ce que ne permettroient mesmes^ durant la vie. L'amour et le respect dus à Sa Majesté. Que si ses faits guerriers ont des siècles pour vie. Pourquoi l'abrégera la sacrilège Envie? Dire peu, ce n'est pas dire la vérité. D'abréger donc ses jours, en abrégeant sa vie, Faire pis ne pourroit, contre Sa Majesté, Un Jacopin, poussé du diable et de l'envie. La Chenal, parlant dudit Sieur de Sully : « 11 seroit « propre (disoit-il) pour ung jeu de longue paulme, car il 3o « sert de loing. » Digitized by VjOOQIC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 53 M. D. P. m'a donné, ce mesme jour, les Questions du Père Cotton au Grimoire, fidèlement extraictes de Tori- ginal, amandées et corrigées sur iceluy, et beaucoup plus correctes que celles qui courent, et dont j'en ayune copie entre mes papiers. Mais surtout est notable et très digne d'estre receuillie la lettre qui y est mise au commence- ment : laquelle, aiant esté prestée à M. D. S. par M. G., ne lui a esté possible, depuis, de la retirer, s'excusant sur la volonté du Roy, qui lui avoit commandé de la garder 10 avec les susdictes Questions. Aussi est-ce une pièce de service, et non vulgaire. De ladite lettre seulement, j'en ay faict le suivant extrait. QU.CST10NES SPraiTUI IMMUNDO, AD EXPLICANDUM, PROPOSrr^ A p. COTTONO, SOCÎETATIS QUAM DICUNT JESU. Ex autographo expressa cumfide, Lectori salutem. Sexennium abiit cum, die Purificationis, qui est secundus ao februarii, Lutetiam venit, in aedes advocati in Parlamento, ce- lebris domini Toussaints Chauvélin, vico Bernardinorum, puella Adriana du Fresnes, nata Guerbinaci, sex milliaribus Ambiano, parentibus (>auperculis et laborediurno vitam tolerantibus, quos et hodie superesse aiunt. Ostentabatur ea, velut a Diabolo pos- sessa, et crebro ad D. Victorem ducebatur, ut conjurationibus et exorcismis restitueretur. Concurrebant ad id aut spectacu- lum, aut ofiicium , omnis generis homines, ii maxime quos Ecclesiasticos vocant; nec tanta tamen frequentia Episcopi quanta ad Martham Brossier, cujus e corpore meminimus 3o Diabolum, non istis formulis, sed justo Parlamenti imperio, de- pulsum. Frustra vero in hac tentatis Ecclesiasticorum reme- diis, domum illa rediit, et cum, anno 1604, eodem afHictamalo, Lutetiamj repetiisset, per duos menses, aut ipsa, aut qui eam habebat Daemon impurus, multorum curam atque industriam hominum exercuit. Confluebat ad eam turba ingens : spectandi quidam studio, alii experiundi si quid forte succederet. Digitized by VjOOQIC 54 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 Inter eos,Cottonus Pater, ut est in omnia curioso etexcellenti ingenio, et îpse in arenam descendit, strenuus gladiator; alias certe vêtus et sciens, hic novus, nec satis gnarus artis;doctus capere et devincere verbis hominum mentes, hic audax ipsum aggredi Acheronta. Sed conscius inscitise, ad libros conhigit, quibus artis sécréta continentur. Unum et alterum commodato accipit a viro docto et religioso. Quibus perlectis, quae legendo cognoverat, statim transferre ad usum parat^ ncque abstitit te- mere, certus nihil esse tam difficile quod non exsuperet 10 ad omnia factihominis labor improbus. Itaque légère, addiscere atque tentare pergit ; nec contentus vulgari affectu, suam hic oc- casionem ratus, Dei mysteria, creationis arcana, abdita naturae, principum, magnatum, etiam (ut est homo nihil humani a se alienum putans) muliercularum sécréta, de mundi Principe, illo milleartifici et multiscio, sed mendacii pâtre Diabolo, co- gnoscere aggreditur. Nequidmemoriamfugeret, manu sua bre- viculum conscrîpsit, quod solet etiam in confessionibus Societas, non satis ubique féliciter. In id conjicitQuaestiones omnisgene^ ris Diabolo proponendas, divinas, naturales, politicas, cœlestes, 20 terrenas, inféras^ meretricias, ut Luciani Dialogi varias. Nos vero prophanos homulos et viles, quid retulerit,scire nefas. Sed indicem suum prudens, imprudens, libro inserit, quem, ad discendam artem, acceperat a docto, quem supradixi, et bono viro. Is, libro recepto, in chartulam istam incidit, manu Patris exaratam, cujus autographum risum multis illustrissimis et clarissimis viris, omnique exceptione majoribus movit. Nos exemplum , augendo atque illustrando Amphitheatro honoris , Jesuistarum, producendum putavimus, si qui forte Ordinisejus- dem, humanae inscitias misertus, brevius et pbscurius proposita 3o deducere atque explicare et sacrum ignem fraude bona, non tamen aetheria, sed obscura ditis domo subductum inferre gentibus voluerit. His intérim, lector, utcre pro tuo captu. Vaic. Le dimanche i8% le marquis de Rosni, fils de M. le duc de Sully, fust marié, à Charanton, avec la fille de M. le comte de Créqui, aagée de neuf à dix ans seule- ment. On pensoit que ce fust Le Faucheur (ce jeune mi- nistre qui est tant en bruit) qui y deust faire Texhortation et le mariage: à raison de quoy y eust grand concouis 40 et affluance de peuple, mesme de Catholiques. Mais ce fust le ministre Du Moulin qui y prescha et les espousa. Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 55 La mariée avoit une robbe de satin blanc, fort riche et magnifique, pour estre enrichie de force perles et pier- reries, avec la coiffure de mesme, voilée à la romaine. Le marié, somptueusement habillé, portoit au col une excellente chaîne de pierreries, à deux tours; et M. de Sully, son père, avoit une aigrette à son chapeau, où y avoit une enseingne de pierreries très-belle, qui reluisoit et esclatoit partout. Au sortir du presche, le général Duret leur donna à 10 tous magnifiquement à disner, au logis de Madame de Vienne, sa maistresse. Le lundi ig^, un gentilhomme nommé Termes, qui estoit à la Roine Marguerite, et des amis de M. de Ba- lagni, aiant attaqué ung autre gentilhomme périgourdin, nommé le baron de Benac, qui estoit à M. de Bouillon, et son parent (ainsi qu^on disoit), sur quelques propos quHls avoient eus ensemble, quelques jours auparavant (dont toutesfois on disoit que ledit de Benac avoit satisfait Termes) ; ledit de Balagni, passant dans un carosse, hors ao la Porte de Bussy, et tout contre icelle, l'aiant entendu, et assez inconsidérément et estourdiment (ainsi qu^on disoit), sans se donner la patience d'ouïr ledit de Benac, le chargea de coups de pistolet et d'escopette, et fut blessé d'un coup de pistolet, et Balagni, d'un coup d'espée à la cuisse. Une pauvre femme, passant son chemin avec ung petit enfant, portèrent la follenchère de tout ce combat et meslée ; la femme aiant esté attainte d'un coup de pistolet au-dessous de la mammelle, dont elle mourust tost après, et le petit enfant, d'un autre à la teste. Je 3o venois de passer et estois à peine hors la Porte, quand cela avinst, aiant compté cinq coups de pistolet, qui furent tirés : acte de conséquence et de mauvais exemple dans une ville de Paris. Digitized by VjOOQIC 56 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 M. de Bouillon fist mettre en arrest, par Defiinctis, le sieur de Balagni» qui estoit sur le barbier, proche de la Porte, et porter chez lui le baron de Benac, duquel il se chargea de respondre, et en escrivist aussitost au Roy, qui lui rescrivist, de sa main, qu'il vouloit que justice en fust faite ; dont toutesfois on n'a ouï, depuis, parler ; et craind-on fort que les faveurs, favorizans les assassins et assassinats, l'emportent par-dessus la raison et justice, défenses et édits de Sa Majesté. 10 Le mardi 20*, j'ay acheté, des livres venus de Franc- fort, les bagatelles suivantes : Vita Lipsii ; Mercurii Gallobelgici continuatio ; Dissertatio elegans super pacificat. Fœderat. Provinc. (ces trois in-8^), avec un Bertii Oratio de vita et obitu Jani Dou^œ, et une autre : De nova apud Europœos monarchia (ces deux in-4*'). M'ont cousté, les cinq, vingt-quatre sols. Le jeudi 22% le sire T. m'a donné ung pourtrait nou- veau, en taille-douce, qu'on lui avoit envoie de Hol- lande, d'une jeune âlle aagée de dix-huit ans, nommée 20 Héléna Antonia, laquelle porte une grande barbe comme un homme, et est à l'Archiduchesse. Le dimanche 25% fust publié, à Charanton, le Jeusne au jeudi 5« du mois qui vient, et dit Du Moulin, que quand il n'y eust eu autre cause que les dissolutions et impiétés qui régnoient et tant de libertins et athéistes qu'il y avoit entre eux, qu'il estoit du tout nécessaire. Le lundi 26®, on crioit un Édit de création des deux Conmiissaires, qui me cousta deux sols. J'ay acheté, ce jour, la quairiesme partie des Cronic- 3o ques des Frères Mineurs, divisée en deux tomes, impri- mée nouvellement, in-4**, par la veufve de G. Chaudière. Livre non-seulement sot et superstitieux, mais aussj impie, en ce qu'il renouvelle la mémoire de nos impiétés Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 57 et fureurs passées pour la Religion, que le Roy, par ses édits de pacification, a nommément défendue et sup- primée. S'il est aussi plaisant que les premières parties que j'en ay (comme on me Ta fait entendre et que je croy, aiant seulement passé la vue pardessus), j'en ferai des extraits, à mon loisir, des principales fadèzes qui y sont, qui me tiendront lieu d'un bouillon de séné, pour purger ma mélancolie. Les deux tomes, reliés en parchemin, m'ont locousté cent sols. Le mardi 27*, j'ay receu huict francs, d'onze petites pièces d'argent que j'ay vendues pour paier ma Cro- nicque. Le jeudi 26*, j'ay acheté les suivantes bagatelles: 1° Martini Antonii Delrii Jesuitœ Vita^ qui obiit 19^ octob, anni 1608, in-/^^\ 2** Régis Ungariœ Coro- natiOy 1609, in-4**; 3<* Copia di lettera scritta in Bolo- gna : qui est une lettre contre lesJésuistes, à laquelle ils ont fait une response (mais assez mègre), imprimée à 20 Paris, in-8% 1609, laquelle j'ay, n'aiant peu recouvrir la contraire, imprimée in-4<^ à Genève, jusques à ce jour (et ce, par la voie de Francfort) ; 4*^ De Catholicorum cum Hœreticis matrimoniOy auctore Serario^ Jesuita^ in-8°, 1609; 5° Litaniœ Almœ Domus Lauretanœ, in-8% Paris, 1677 (qui est une pièce de superstition, qui me défailloit) ; 6° Catalogus librorum nundinarum Francofurt. AutumnaL anni prœsentis 1609. Quisqui- liœ et maledicent. Ces six m'ont cousté vingt-sept sols. Le vendredi 3o*, J. Périer m'amena céans un homme, 3oque je ne connoissois pas seulement de veue^ qui lui avoit baillé à imprimer ung Discours, de huit feuillets, intitulé : L'excellence de la Vieillesse^ lequel il m'im- portuna de voir et lui en dire mon avis. Sur quoy il Digitized by VjOOQIC 58 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 m'entretînst longtemps et plus que je ne voulois, et per- dis, ledit jour, deux bonnes heures à, le lire, aiant trouvé son livre aussi sot que son entretien : qui fust cause que je le rendis, le lendemain, audit J. Périer, m'estant excusé de parler à Taucteur, et aiant conseillé audit Périer d'en prendre de l'argent tout du long, ou ne le pas faire. Ce jour, un mien ami, homme de bien et qualité, m'apprist ce que je ne sçavois pas encores, mais que lui 10 sçavoit fort bien : que le Roy aiant entendu Tarrest de l'absolution de Voisin, donné le jeudi 24*^ du mois passé, s'en estant fait faire le discours au vray et tout du long, par lequel il apparoissoit que le Président Séguier, entre autres, lui avoit sauvé la vie, avoit dit ces mots : « Voiez-vous ce papelard et hipocrite ? Geste Cour n'est plus Cour : c'est une compagnie de gens qui donnent et ostent la vie et l'honneur à qui bon leur semble. » Et aiant appelé Loménie, le chargea d'aller sur le Procureur général, lui dire qu'il eust à lui envoler 20 l'arrest de Voisin, et qu'il le vouloit avoir et garder. Sur ce trait du Roy, feuilletant mon Lipse, de Constantia/fay trouvé, au chap.4du second livre, trois belles louanges dont les deux premières peuvent conve- nir à quelques-uns de ces Messieurs, mais la troisiesme, je n'oserai pas dire à pas ung, mais bien asseurement à si peu qu'il est aisé d'en tenir le compte : Pulchra hœc laudatio (dit-il) : O virum doctum ! Sed illa me- lîor : virum sapientem ! Et ista optima : i) virum bonum I 3o En ce mois d'octobre, moururent, à Paris, de ma connoissance, Goguier, Secrétaire du Roy {festuca, et Epicuri de grege porcus)^ lequel, pendant la Ligue, tenoit ma place d' Audiancier, à Tours ; Dolu, dit Divoy, Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 59 Grand Audiancier ; Boscheron, substitut de Messieurs les Gens du Roy ; Madamoiselle Versoris, sœur de feu Versoris, dit Bussi, décédé quinze jours auparavant; un nommé Lecouvreux, bel homme, en la fleur de son aage, riche de plus de cinquante mil francs (et qui m'a preste autresfois de Targent, à bon intérest). On Tapeloit VAme damnée^ pource qu'il ne donnoit jamais rien aux pauvres ; et se tenoit en une petite rue qui va du pont Nostre-Dame à la Grève, du costé de la place 10 aux Veaux. Les petites véroles régnoient aussi en cette saison, à Paris, autant et plus qu'auparavant, et en moururent, entre autres, deux frères, jeunes gentilshommes : l'un aagé de vingt et un ans, et l'autre de vingt-quatre, fils d'une grande dame de Poictou, nommée de Massignac. Sur la fin de ce mois, fust apportée, à Paris (où le bruit en estoit depuis longtemps), la nouvelle certaine de la mort du comte de Sommerive, fils de M. le duc de Maienne, décédé à Naples : les uns disoient de la mala- ao die du lieu, les autres, de poison, que l'Espagnol, en haine de son père, qui avoit quitté leur parti pour reprendre celui de son Roy, lui avoit fait bailler. En ce temps, la disgrâce de M. le Chancelier, auquel on disoit qu'on alloit oster les sceaux pour les bailler au Président Janin, estoit tenue sur les rancs à Paris, où on ne parloît d'autre chose , mais non à Fontainebleau et à la Cour, où il ne s'en disoit rien que bien sourdement et à l'oreille. Et encores que tels bruits soient souvent faux (comme 3o beaucoup estiment de cestui-ci) , si les a-t-on tousjours remarqués, en nostre France, pour avant-coureurs et sinistres présages de la fortune des Chanceliers, princi- palement quand ils ont esté hays et mal voulus du Digitized by VjOOQIC 6o PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 peuple, soit pour bien, soit pour mal, comme est cestui- ci de tout le monde pour le dernier. Et n'y a pas fort longtemps qu'un Conseiller, oyant parler de ses injus- tices et corruptions, dit ces mots : « Si son père (qui estoit un grand preud'homme et homme de bien) eust sceu que son fils eust deu estre tel, je le connoissoispour homme qui Teust fait estoufFer au berceau. » Entre une milliasse de ses corruptions, on en conte deux, avenues depuis peu, qu'on tient pour certaines et 10 bien vériffiées : dont le Roy en a sceu Tune, qui Ten a réprimandé et baffoué -, l'autre, qui est depuis peu de jours, est demeurée jusques à aujourd'hui incongneue à Sa Majesté.;La première est d'une grande dame, nommée La Malemaison, à laquelle le Roy aiant donné une abbaye de six mil livres de rente ; pour avoir ses lettres et expéditions de M. le Chancelier, duquel elle ne pou- voit avoir raison, falut qu'elle lui fist présent d'un buf- fet d'argent de quinze cens escus, aiant esté conseillée de ce faire pour en sortir : dont elle eust encores un grand 20 merci de M. le Chancelier, bien léger, qui en le prenant surnomma ainsi son buffet, pource qu'il s'attendoit qu'il deust estre plus pesant. Ce traict occasionna ceste dame de le dire au Roy, comme elle fist, lorsqu'elle alla trouver Sa Majesté pour l'en remercier, et lui en conta l'histoire tout du long. Sur quoy, le Roy aiant mandé le Chancelier, qui, pour ses excuses, n'eut recours qu'aux négatives, après l'avoir assez rudement manié, lui dit que ce n'estoit la pre- mière plainte qu'il avoit receuede luy, mais qu'il y pour- 3o voirroit. L'autre, avenue depuis huict ou dix jours en ça, et à laquelle ledit Chancelier a pourveu pour ne venir point à connoissance de Sa Majesté,|est d'un HoUandois, auquel Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 61 un riche marchant d'Amiens aianl emporté et fait ban- queroute (encores qu'il eust assez de moyens d'ailleurs) de la somme de quarante mil livres, ledit HoUandois aiant trouvé moien d'attraper son marchant, l'aiant fait constituer prisonnier, M. le Chancelier (moiennant une bonne somme, qu'on disoit que ledit marchant d'Amiens lui avoit donnée), après lui avoir fait sceller et dépescher un Respit (qui est une injustice qu'il a rendue pour le jourd'hui ordinaire au Sceau), l'auroit fait sortir de prison 10 et donné les champs à ce voleur. Dont le pauvre HoUan- dois, comme désespéré, se voiant ruiné de biens et de réputation, se seroit retiré en son pais vers Messieurs les Estats : auxquels aiant fait entendre l'injustice qu'on lui avoit faite en France, après avoir imploré là-dessus leur aide et faveur envers le Roy, les Estats, meus de commisération et de la justice de sa cause, auroient pris son fait en main et dépesché vers Sa Majesté exprès pour s'en plaindre et lui en demander justice. Aussi en auroient escrit à M. d'Arsans, leur Agent, pour tenir la main à ao ceste affaire et en parler au Roy : laquelle dépesché ledit Arsans aiant receue, auroit esté aussi tost trouver M. le Chancelier pour la lui communiquer, n'aiant envie de perdre ses bonnes grâces. Et, de fait, lui aiant remonstré l'importance de l'affaire, qui le regardoit du tout et de fort près, M. le Chancelier, après l'en avoir fort remer- cié, et prié instamment que rien n'en vinst aux oreilles du Roy, lui avoit promis de faire remettre en prison le mar- chant, voire et son père, qu'on disoit y estre obligé, et que le HoUandois seroit satisfait et auroit occasion de se 3o contenter. Celui qui me l'a conté, ami dudit HoUandois, me dit, vendredi dernier 3o de ce mois, que le HoUandois estoit ici seulement de mécredi, feste de Saint Simon et Saint Digitized by VjOOQIC 62^ PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 Jude ; qu'ils estoîent après à rattraper leur homme, et qu'il lui en avoit fait le discours, de sa bouche, tel que je Tay escrit ici , non par aucune passion , mais d'une simple curiosité que j'ay eue de tout temps et qui m'est ordinaire. En mesme temps, le prince de Jainville, continuant ses coups à la Cour, à l'endroit des belles dames (que Tertul- lien, de son temps, Sippeloii publicarum libidinum vie- tintas)^ s'estant adressé à une G^mtesse de ceste qualité, 10 favorite du Roy, laquelle, pour s'en excuser et couvrir son fait, alléguoit une promesse de mariage qu'elle avoit dudit sieur Prince, sous laquelle elle prétendoit avoir légitimement fait ce qu'elle avoit fait, encourt la mauvaise grâce de Sa Majesté, qui lui commande de se retirer ou de l'espouser. A quoi, du commencement, faisant sem- blant de prester Taureille, pour plus seurement en jouir et à son plaisir, déclare finalement que jamais son inten- tion n'avoit esté telle. Voire, et usant d'une gallante rodomontade, dit tout haut que, la personne du Roy ao exceptée, il n'y avoit gentilhomme ni aOtre, de quelque qualité qu'il fust, auquel, tenant ce langage, il ne sautast à deux pieds sur les espaules. Ce que le comte Du Lude aiant entendu (rencontrant plaisamment là-dessus), dit que c'estoit le traict du bourreau que cestui-là. Madame de Guise, toute esplorée, se vint jetter aux pieds du Roy ; et comme si elle eust esté désespérée, supplia Sa Majesté de la vouloir tuer. A laquelle le Roy, en riant, respondit qu'il n'avoit jamais tué personne, et principalement des femmes, et qu'il ne sçavoit comme il 3o faloit faire pour les tuer. Ceux qu'on tenoit à la Cour pour les plus accorts et avisés, et qui pénétroient plus avant dans les sacrés mis- tères des dieux (encores que le plus souvent ils y voient Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 63 aussi trouble que les autres), disoient qu'en ce beau fait il y avoit du dessein couvert du Roy, qui avoit fait faire à la Comtesse ce qu'elle avoit fait ; et qu'en tels actes, on estoit, pour le jourd'hui, si peu scrupuleux à la Cour, que, comme dit Lipse en ses Épîstres (et pense que c'est la vingt-deuxième), Mores jam vocentur^ nec in veniam modo ventant, sed in laudem. Les Conseilleries de la Cour, à quarante-neuf mil francs ; les Maistres des Requestes, à soixante-dix mil lo livres : qui sont quarante-neuf mil folies et soixante-dix mil rages. Et itapublica non se benè habent, privata pejus ; sed mea pessimè^ et in iis mea crux. En ce mois d'octobre, m'aiant été fait cas, par beaucoup d'hommes de sçavoir, d'un livre singulier, que j'avoisen mon Estude dès longtemps, et que je ne connois que par la couverture (comme beaucoup d'autres qui y sont), intitulé : Sancti Zenonis Veronen. Episcopi et Mar- tyris, Doctoris eximii, Sermones^ illustriss. et re- verendiss. Augustini Valerii^ Cardinalis Veronœ, wjussu editi, Veronœ, apud Hieronymum discipulunt^ M.D.LXXXVI; je Tay leu deux fois d'un bout à l'au- tre, et l'ay trouvé si pur et si beau, qu'à la seconde j'ay pris plaisir d'en extraire les passages suivans. Il est in 4*^, relié en parchemin, si rare pour le jourd'hui, que qui en veult avoir, faut qu'il les face venir du pais. ExSermone 1», de Genesi : Solus Deus est principium, qui ex se ipso dédit sibi ipse principium. Solus, ante omnia et post omnia, quoniam in ejus manu inclusa sunt omnia, ex se est quod est. Solus sui conscius , quantus et qualis est. Solus per- 3o fectus, quia non potest illi aliquid nec addi, nec minui. Solus omnipotens, quia ex nihilo universa constituit. Virtute régit, roajestate custodit. Solus indemutabilis ac semper aequalis, quia in se non admittit aetatem. Solus sempiternus, quia im- mortalis est Dominus. Hic est Deus noster, qui se digessit in Deum. Hic Pater, qui, sue manente intègre statu, totum se Digitized by VjOOQIC 64 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 reciprocavit in Filium, ne quid sibimet derogaret. Denique, alter in altero exultai cum Spiritus sancti plenitudine una ori- ginali costernitate renitens. Quemadmodum (si dicere dignum est) duo maria, qu£e in semet recumbunt, freto sestus alternos in unum conferente, connexa, quse, licet sui proprietate locis vo- cabulisquediscreta sint, tamen trini profiindi vaporis unavirtus, una substantiEi una est fluendi natura, nec potest incomprehen- sibiliscommunisque undae dividi magnitudo, et tamen utrumque commeando largiflua, utrisque propria, nuUis privata. Etenim ïodamnum patientur ubertatis et gratias, si adimatur, quod uno eodemque aestu alterum ex altero decoratur (p. 2 et 3). Ex Sermone 2*>, de Genesi : Dei imaginem habemus plane et quidem manifestam ex eo ipso, quod non est nobis portantibus nota. Incomprehensibilis enim Dei imago. Invisibilis sit necesse est. Denique. oculis non est subjecta carnalibus. Nam, neque cum ingreditur corpus nostrum, neque cum de corpore egre- ditur, a quoquam deprehendi potest (p. 5). Ex Sermone 2®, de Abraham : Sicut in Isaac aliud offertur et aliud immolatur, ita et in Passione Christi, quod per Adam de- 20 liquerat per Christum liberatur (p. 18). Ex Sermone 3®, de Abraham: Nihil difficile est fidei quae tan- tum habet, quantum crédit (p. 19}. Ex eodem Sermone : Melius servavit filium!, dum non pe- percit. Sola enim fides déambulât inter gladios tuta, inter esurientes feras amica, in ignibus frigida. Sola fides pra^fe- renda, id est operibus ornata, qualis fuit fides Abrahae. Hac nos qui per fidem filii Abrahae facti sumus, in ipsius gremium per- venire credamus (p. 20). Ex Sermone de Somnio Jacob: Veteri Testamento sicut No- 3o vum praestat fidem, ita Novo Vêtus perhibet testimonium, sicut scriptum est : Semel locutus est Dominus, et hase duo audivi- mus (p. 23). Ex Sermone de Juda : Sicut est detestabilis, qui, cum sit homo» Deum se fingit, ita detestabilior, qui Deum colit quem ipse disposuit (p. 33). Ex Sermone i®, de E xodo : Ssicrsim legem qui spiritualiter accipit, fratres iste est qui ejus fructu lactatur. Judaci etenim, cum carnaliter sentiunt, in gregibusque pecuinis agnum bifaria natura commissum, qui inveniri non potest, quaerunt. sic ag- 40 num verum Christum, quem invenerant, perdiderunt. Non enim intellexere quia ex hœdis humana designabatur caro, suis onusta peccatis; ex ovibus spiritus majestatis, quœ utraque, in Christo concreta, Agnum legîtimumpraesiiterunt. Hic est Agnus, Fratres, de quo litari Pascha est Domini. Apostolus quoque Pau- lus : Pascha nostrum immolatus est Christus. Curautem fuerit Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 65 dignatus immolari, Joannes Ba^tista ante pnedicavit his verbis : « Ecce Agnus Dei qui tollit peccatum mundi. » Hic itaque dictus est Primitivus, quia paternes antiquitatis solus est con- scius. Hic Maturus, quia post ipsum est nullus. Hic Sempiternus, quia occisus est et inventus est vivus. Hic Immaculatus a pec- cato, quia solus est mundus. Hic Masculus, quia Dei est virtus. Hic, inquam, Agnus perfectus, quia in ipso magnus ille sa- cerdos, pio misteriosua victima, inclusus hodie Deum reddit ho- minem quera litavit (p. 3/ et 38). 10 Ex Sermone 5®, de Exodo : Quantum spiritualiter intelligi datur, iEgyptus mundus est iste ; Pharao cum populo suo, dia- bolus et spiritus omnis iniquitatis; Israël, populus christianus, qui profiscici jubetur , ut ad futura contendat. Moyses et Aaron, per id quod erant sacerdotium, per suum numerum de- monstrabant duorum Testamentorum sacramentum. Columna viam demonstrans^ Christus est Dominus.Quodduplicem nubis et ignis imaginem gerit, judicia duo désignât : unum aquae, quod gestum est, ignis alterum, quod futurum. Mare fontem sa- crum debemus accipere, in quo quibus aquis Dei servi libe- 20 rantur, iisdem qui non fugiunt, sed portant peccata, delentur. Maria, quae cum mulieribus tympanum quatit, typus Ecclesiœ fuit, quse, cum omnibus Ecclesiisquas peperit hymnum canenset pectoris verum tympanum quatiens, populum Christianum du- cit, non in eremum, sed ad cœlum (p. 4a). Ex prœcepto : Attende tibi: Duplex est quaedam vita nostra. Una quidem carnis familiaris et cito cum ea deficiens, aliavero animas cognata, nec ullo fine aut circumscriptione claudenda. Attende ergo tibi (p. 62). Ex eodem, in fine, Sermone: Et ita per hœc omnia cogita- 3o tionemtuam trahens, competenterconsiderans illud quoquequod aeris spiritum pulmone revocamus, calorem corde servamus et digestionum membra perpendens, sanguinis per venas meatus, ex his omnibus investigabilem Dei sapientiam cernens, tu quo- que cum propheta stupens et admirans, exclama : Admirabilis facta est scientia tua ex me. Attende ergo tibi ut possis aiten- dere Deo (p. 82). J*ay trouvé si beau ce sermon, que je Tay extrait tout entier. Sermo de Psalmo LXXIX. Comparatio Vtnece, Propheta 40 quod , pro veteri vinea , quae a Domino in iEgypto fuerat instituta, postulabat ad tempus novellae profecisse, inscri- ptio ipsa tituli Psalmi lecti déclarât. Sic enim se habet in finem, pro his quiimmutabuntur. Judaicus etenim populus, qui P. DB l'Estoilb. ~ X, 3 Digitized by VjOOQIC 66 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 prior vinea Domini dictus est, floruit quidem, sed infeliciter flore discusso, nullos potuit fructus afiferre. Denique pro fnic- tibus spinas generavit, pro uva labruscam. Cujusabhorrensinfe* licitatem Dominus, aliam sibi, id est populi nostri, sua [pro voluntate, plantavit, in quam omnîs fructus propheticuB decu- currit. Hicmihi rustico vestro beatissimi ignoscite agricultores, si quid vestrœ solertias vineœ in ratione reddenda ignavia nostra detraxerît. — Igitur, ut optime saepe recolitis, mensura servata, amputantur in surculum, palmes in scrobem demittitur, ut 10 animatus ibidem genitalis humor manente semper secum substantia nutriatur. Auxiliare illi necessario fungitur lignum, cujus tutela defensus sese extollat. At ubi adoleverit in vitem perfectam ad jugumque pervenerit, ejus omnes crines luxuriosi tonduntur, pura materia tabula tisinfertur, nodis astringitur, ne a ligno quo portatur vel cujus adminiculo vel ducatu in uberes fructus longius incutata producitur, ut allqua separetur. Tum solemniter plorans, clem enter imbre suo rorat, concep- taque musti felicibus lacrymis fluenta denuntiat. Statim oculis apertis, folia radiata procedunt, quibus subjecti ac se commen- 20 dantes sequaces fructus arrident : quos solis ardores, pluvias ven- tique exercendo provehunt admaturitatemqueperducunt. Atubi vindemiae venerit tempus, décore dissipato passim uvadetrahitur, in torcularique operariorum pedibus subjecta calcatur, prelo premitur, duabusque tabulis vehementer urgetur, donec omnis dulcedo meduUitus exigatur. Sicque pretiosum fluentum a suis calcatoribus et bibibur et patrisfamilias cellis vinariisinfer- tur, ut melius veterascendo reddatur. — Quantum spiritaliter mediocritas nostra conficere potest, computatus ad mensuram palmes, competens intelligitur legitimo examinis numéro exami« 3o natus. Scrobem fontem sacrum debemus accipere, qui vero sa- cramento homines suscipit mortuos et inspiratos aqua cœlesti non efficit vivos. Lignum auxiliare quo tenditur vel portatur Crucis Dominiez est signum, sine quo vivere immortalitatemquc apprchendere in toto non potest chrlstianus. Quod tabulatis in- fertur, cœlestis viae vitasque altitudo monstratur. Ligaturis as- tringitur, cum renuncians seculo sponsione facta spiritaliter sacris interrogationibus obligatur. Luxuriosi crines falce ton- dentur, id est, omnia omnino peccata baptismate Spiritusque sancti vigore amputantur. Plorat féliciter vitis purgata materia, 40 de homine loto felicius manant doctrins cœlestis divina fluenta. Ruptis oculis, id est spiritaliter patefactis, prascedentibus foliis fructus sequela se commendat. Similiter christianis monitis di* vinis prascinentibus obsecundando ( obsequendo), in quibus aeternae fructus est vitae, et defenditur pariter et nutritur. Ad jugum pervenit, cum, prsrogata omni facultate pauperibus, Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 67 crucem suam portons, consummata omni justitia, expeditior se- quitur Christum. Vi tempestatis, solis atque imbris ad maturi- tatem cogitur, et justus tentationibus crebris, magnis ac variis, perducitur ad coronam. At ubi vindemiae venerit tempus, id est persecutionis dies, passim uvae deripiuntur, id est inconsiderate sanctis omnibus violenta infertur manus. Ad lorcular compe- tuntur, id est ad supplicii locum deducuntur. Ab operariis ibi- dem conculcantur, hoc est summa cum contumelia ab persecu- toribus illusi jugulantur. Succus earum in ultimo preli pondère 10 duabusque tabulis exsiccatur. Similiter, judiciidie,a Christo, se- cundum tabulas LegiS) confessorum sanguinis vindicta usquead ultimum quadrantem exigitur. Calcatores de eodem musto bibunt. Et persecutores saepe credentes in Christum, calicem pretiosum, quem paulo ante calcando fuderant, gustant, aliqui etiam bibunt. Mustum patrisfamilias cella reconditur, ut pre- tiosius transfretatione reddatur, et martyr dominicas habita- tionis in recondita assumitur, ut ibidem ex homine in angelum transfîisus œternae vitas beatitudine glorietur (p. 65-98). Ex Psalmo CXXVI: Panem doloris manducat quisquis se 30 hominem in vitiis natum ac vivere meminit. Cum enim voluntas nostrà per Dei metum et spem œternorum ad perfecta inno- centiae opéra contendat, et contra naturalis quaedam consuetudo vitiorum in ipsis illis ex quibus emergere nititur, demoretur, vitas dolorem per infîrmitatem destitutas voluntatis accipimus secundum dictum Prophètes : Qui apponit scientiam, apponit do- lorem (p. 112). Ex Psalmo CXXVII: Mensa Domini est ex qua cibum su- mimus, panis scilicet vivi, cujus hase virtus est, ut ipse vivens eos quoquequi ipsum accipiunt vivifîcet (p. i3o). — Et paulo post : 3o Sicut ex conjuge liberi, ita ex sapientia bonas voluntatis opéra procreantur (p. 1 3 1). — Ex eodem Psalmo : Hoc seculura promis- sorum bonorum capax non est (p. i32). Mundus regio est corru- ptionis, loCuset iniquitatis, etconvallis plorationis,in quo mundi potentes sunt harum tenebrarum, — Ibidem : Ut opéra ex sa- pientia gignuntur, ita ex operibus retributio nascitur. Est ergo sapientia innocentias mater, et rursum innocentia fructus re- tributionis parit. Hos ergo consequemur, diabolo contrito, aculeo mortis retuso, et omni principe ac potestate hujus se- culi exempto, cum jam pax nobis sit hoste victo et perempto. 40 Quodpropheta Psalmi ipsius conclusione testatur, dicens:« Be- nedicat te Dominus ex Sion, et videas bona Hierusalem om- nibus diebus vitas tuas, etc. » (Ibidem.) Ex Psalmo CXXIII^: Sœpeimpugnaverunt^ etc. : Non otiosa setas religiosi viri est, neque quietam exigit vitam. Impugnatur jam ab ipsis )uventutis suae initiis, et impugnatur saspe. Non Digitized by VjOOQIC 68 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1609 novclla itaque neque rara impugnantium odia sunt, sedea sxpe etiam ab ipsis initiis aetaiis infesta sunt. Et idcirco haec sunt quaî fidem probant, quae patientiam tcstantur, quae invictae virtu- tiscoronam merentur (p. 134). Omnes humanse injuriœ quœ re- ligiosis viris inferuntur non eosdem habent auctores quos habent ministros. Executio quidem hominum est, sed diaboli instinctus est (p. i36). — Et paiilo post (p. i37): Neque iras- cendum est hominibus aliénée instigationisoperariis, sed potius in his detestandi ofïicii intercessio fœda miseranda est, quod sint 10 vasa diaboli, Satanœ ministerium, et latrocinantium tela, et alicnx maliti» ac nequiliae paritores. — Ex eodem Psalmo : Plus metit conscientia quam gesta. Haec enim manum replent» manipulos vero illa colligit (p. 145). Ex Psalmo CXXIX^ : Humanae infîrmitatis religiosa con- fcssio est, ex Deo hoc solum nosse quod Deus sit (p. 148). Ex Psalmo CXXX" : Meminisse debemus maximum fidci no5trae opus esse humilitatem, cum hanc pro operisoptimi con- scientia prophcta commemoret, dicens : « Domine, non est cxaltaium cormeum. >• Non cor secundis rebus efferendum est, 20 sed Dci meiu intra mansuctudinis fines humilitate cohiben- dura (p. 167). Tenendus humilitatis et aptiiudinis modus est, ut corde humiles, sensu vero et anirao simus excdsi(pu 168). Ex Strmone 77°, de Isaia : Gompcndiosum felicitatis gcnus, alterius periculo, discerc quid debeas dcvitare (p. 177). Ex Sermone /*, de Daniele {De tribus pucris) : Très pueri, in illo sacro ccrtaminc, prœ oculisDeum sibiproposuere, nonflammas^ pracmium futurum, non pœnam. Sicque inter tetros undantis incendii globos triumphantes, barbarum regem, rainas omnes, ipsum quoque supplicium docuerunt ignés sanctis hominibus 3o non esse fortiores per Dominum Jesum, qui est benedictus in secula scculorum (p. 182). Ex Sermone II'', de Daniele: O admirabile incendium ! O vere spectaculum Deo dignum! Qui audient timeni,qui incenderunt ardent, qui incensi sunt santiticati et incolumes de camino piocedunt per Dominum nostrum Jesum Ghristum (p. i83). Ex sermone IX^^de eodem : Sufficit pudicitiaî conscientia, tes- tis est Deus (p. 188). Ex Sermone de Jona : Humanae devotionis religiosa confessio est de Deo hoc nosse, quod licitum est. Sicut enim in simplici 40 corde scrutanda sunt testimoniaejus, ita curiositate non sunt in- quirenda sécréta (p. 189). Ex Sermone /*», de Nativitate : Dementiae genus est invisi- bilis incomprehcnsibilisque, velle opinari secretum ejusque in- terna discutere,cujus extrada nequeatsuspicari, quia Deus hoc est quod est; quod vero homodefiniendum putaverit, non est (p. 220). Digitized by VjOOQ IC Oct. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 69 Ex eodem: Vere perfectus Deus non esset, si esset aliquid, quod esse volens, esse non posset. Dcnique vullis scire com- pendio veritatem? Factus est quod non crat, nec tamen dcsiit esse ante quod fuerat (p. 224). Ex Sermonc III^^ de Nativitate : Hxc est potesrasDciut, salvo quod est, possit esse quod non est. Hic est Deus noster a^tcrni Dei coaeternus Filius. Hic et homo et Deus, quia inter patrem ho- minesque astiiit médius, probans infirmitatibus carnem, et vir- tutibus nîajestatera (p. 228). 10 Ex Sermone Ill^^ad Neophyîas : Pretiosa indulgcntia est, quoe et veniam prœstatet medicinam. Ex Sermone de Patientia : Cœlestis est ista paiientia, quam a suo statu non œrumna, non félicitas, non affectus possunt com- movcre (p. 3ii). Ex Sermone de Pudicitia : Sane ut pudicitia in senibus est honoranda, ita miranda non est, quia, licet sit victrix, tamen triumphi sui palmam senectutis cum vigore partitur. Cessât enim concupiscentias put;na,ubi,subcrebrcscentibus morbis,ipsa necessiiate, ctiam impudicorum pudica sunt membra (p. 3 16). 20 Ex Sermone de Conîinentia : Si esset aliquid virginitate mc- lius, Dei Filius hoc magis poterat suœ matri prccstare. cui prœ- stiierit utdivinœ virginitatis honore polleret (p. 328). Non ha- bet concupisceniia locum ubi patientia dominatur, ubi vivitur sobrie, ubi mors timetur (p. 33i). Ex Sermone de Justiîia : Nunquiim jusius potest esse, qui stultus est, neque sapiens, qui fuerit injustus (p. 341). Ex tfo- dem Sermone (Typus hujus seculi Justitiœ) : Quotidie mugitibus alienis quœritur lucrum, et prcescriptio industria vocitatur, et appetitio rei alienae, sub praetextu propriœ defensionis ac dili- 3o gentiaî, callidissimis argumentis urgetur, ut quis indefcnsus aut innocens quod habet legibus perdat, quod est omni yioleniia deterius, quia illud quod vi eripitur nonnunquam repeii potest, quod legum circumscriptionibusnon potest. Glorietur qui volet ista jusiitia. Verumtamen sciât quia misero est miserior, qui miseriis diiatur alienis, etc. (p. 344), Novembre. Le dimanche premier de ce mois mourust à Paris un bon vieil gentilhomme italien, mais naturalizé, nommé de Paienne, marié, à quatre-vingts ans, à une jeune 40 damoiselle de vingt-cinq ans, qui estoit à Madame de Nemoux,mal accommodée des biens de ce monde, mais Digitized by VjOOQIC 70 PIERRE DE L'ESTOILE Nov. 1609 de bon lieu et de bonne maison. Il estoit aagé de quatre- vingt six ans, estimé fort riche, auquel toutesfois on disoit qu'on n'avoit trouvé, après sa mort, que cent cinquante escus et peu de bagues, et autres bonnes besongnes, dont on faisoit estât qu'il en deust avoir pour vingt ou vingt cinq mil escus. Le bruit commun de Paris estoit que sa femme (damoiselle accorte et de bon esprit, et qui faisoit, ce jour-là, son bonjour) avoit mis la main dessus, s'estant entendue, pour cest effect, avec son nepveu. 10 On me dit, ce jour, la mort de Madamoiselle Fagoue, mère de Tadvocat Du Val, que je congnois, décédée peu auparavant, en une sienne maison des champs, de fas- cherie, ainsi qu'on disoit, qu'elle avoit pris de la mort du procureur Lambert, son beau-frère, duquel elle et son mari recevoient beaucoup de commodités. Le lundi 2, M. D. P. m'a donné la copie de la Haran- gue que fist M. le président Janin, de la part du Roy, à Messieurs les Estats, au mois de juin dernier, pour les induire à permettre aux Catholiques le libre exercice de ao leur religion, avec liberté de conscience. Elle contient trois fueillets d'escriture à la main, et est receuillable. Le mécredi4*, on m'a donné la suivante inscription de la ville de Henrimont (de M. de Sully), qui couroit ici, trouvée bonne des uns, et des autres non ; de moy, pure fadèze, flatterie, et jactance ridicule. INSCRIPTION POUR ESTRE MISE EN MARBRE SUR LE PORTAIL DE LA VILLE DE LA SOUVERAINETÉ DE BOISBEL. L'an 1609 de la mort d'un seul pour le salut de tous^ le 20^ du Rhgneplusfleurissant de HENRI, W^du nom, 3o Monarque des François^ Roy des Batailles^ tousjours Auguste et Victorieux, Pire et Restaurateur de V Estât en France, et de la Paix au Monde, au troisiesme Digitized by VjOOQ IC Nov. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 7, mois de l'an dont le nom est sacré à sa mémoire : Maximilian de Bethune, Duc de Sully, Marquis de Rosnî, sire d'Orval, Prince Souverain de Boisbel, Pair etGrand-Maistre des Armées et Trésors de France, après trente années de services rendus à son Roy et à sa patrie, en toutes les plus importantes occurrences de paix et de guerre, comblé d'honneurs et de gloire pour avoir se- condé les plus hautes intentions de son généreu:^ Mais' tre^fait prospérer ses affaires, banni la nécessité, ré- 10 tabli V ordre, les loix et r abondance; pour mémoire, à la Postérité^ de choses si augustes, a basti les solides fondemens de cesteville de HENRIMONT^rfow/ laféli- cité doit estre éternelle, puisqu'en son front reluit, et en ses portiques est fondée la Gloire des Monarques^ V Honneur des Règnes, V Espoir des François et VEslite des Hommes. Le jeudi 5«, M. Castrain m'a communiqué des lettres qu'un sien ami françois lui a escrites de Venise, sur les affaires de ce temps, et sur Testât tant de France que de 20 ladite Seingneurie. Desquelles, dactées du 29* septembre dernier, j'ay extrait les suivantes particularités : « Si j'a vois esgard au mal clandestin de nostre pauvre France, que me monstrez et particularisez si naïfvement et qui va croissant de jour à autre contre toute apparance d'estat, j'au- rois plus d'occasion de demeurer ici que de m'en retourner ; et principalement voiant journellement jetter en ces quar- tiers les fondemens d'une seure citadelle et nouvelle Sîon pour gens de nostre robbe. Dans quatre ans, j'espère que ce paradoxe vous sera plus esclairci. Cependant ce n'est pas 3o merveille que nous perdions tout nostre crédit aux régions estrangères, et que, pensans nous asseoir sur divers escabeaux, nous tumbions le cul à terre. Ceux qui sont sur le jeumesme ne jugent pas si bien des coups que ceux qui les regardent de plus loing. Cela sçay-je bien, que nous sommes venus en telle exécration, qu'on feroît plustost alliance avec le Diable Digitized by VjOOQ IC 72 PIERRE DE L'ESTOILE Nov. 1609 qu'avec nous, et que maintenant on procure plus Tappui d'Alemagne que le nostre, comme plus arresié contre les machinations de Romme, oQ nous avons mis tout nostre intérest d'Estat. Et si maintenant nous faisons bonne mine aux occurrences de Clèves et de Juliers, ce n'est que pour rompre la bonne intelligence de nostre pani, qui en pourroit estre renforcé avec le temps, et non pour le bien qu'il veuille à ces princes-là; maison s'y pourroit trouver trompé, et suis bien abuse si on ne change de note, avant que le jeu d'Ale- 10 magne se passe, où tout va si prospèrement, que rien plus^ -et notamment à la Siirie, Carinthie et Carniole, où, à l'en- tremise des Hongrois, on doit avoir pure liberté de con- science. Desjà les trompettes sacrées sont par le plat pais, et les villes et villages se vident pour leur prester les oreilles, voire contre l'effort démesuré des Jésuistes, qui y comman- dent à baguette. Desjà tout le Conseil desdits pais est tout résolu à l'accorder, et n'y a que l'Archiduc qui, s'opiniastrant à la persuasion de ces Jésuistes, fait semblant d'aller à la chasse pour ne s'y trouver, et , qui plus est , ne s'y pouvoit 20 opposer. Voilà une bonne porte de derrière. « Le livre du Roy de la Grande-Bretagne a produit divers effects, lorsqu'il a esté présenté en Italie. Le duc de Savoie ne l'a voulu accepter. Le comte Fuentès Ta fait deschirer en mille pièces. Le Grand Duc nouveau de Toscane l'a fait aussitost livrer à l'Inquisiteur, pour le brusler. Il n'y a eu que ces Seingneurs qui l'ont accepté fort counoisement; mais, sur la défense que l'Inquisiteur avoit. fait faire, sous main et sans peine, aux libraires de ne le vendre, son Ambassadeur s'est mis en telle colère qu'il a renoncé à 3o l'Ambassade, si on la toleroit. C'est pourquoi ces Seingneurs, tout aussitost, ont despesché vers lui l'illustrissime Con- tarini, qu'avez veu Ambassadeur en France, pour extraor- dinaire, affin de lui donner toute satisfaction là-dessus. Dans quelques jours il doit partir, et si ne le voiez, à l'allée, vous le verrez, au retour, passer par Paris. Ce coup-là ne se joue sans mistère, et monstre-on, sur un tel subjet, qui est ung des meilleurs de la République, qu'on tient compte de ceste intelligence. Je ne sçai qu'en diront le Roy et le Pape. » 40 Et après, parlant de Fra Pauio: « Si m'en voiez le livre de M. Du Moulin que me mentionnez par vos pénultiesmes, Digitized by VjOOQ IC Nov. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 73 je le lui ferai bien tomber entre les mains, pour l'amitié du Padre, « Je ne sçay si vous sçavez la cause de la révocation de l'Am- bassadeur de Romme. Le Roy estoit en colère de ce qu'il avoit visité l'Ambassadeur de Florence, qui avoit préféré en ses visites celui d'Espagne. Mais la Roine, qui avoit esté gratifiée d'une sienne créature, a bien sceu faire sa paix avec M.deVilleroy. Il y a plusieurs ordinaires, qui m'ont mandé le prolongement de cestui-ci. Ces Seigneurs n'en sont pas 10 trop contens. Aussi, à parler entre nous, il est plus de Palais que d'Estats. Voilà, etc. « Quant à ce qui s'est passé sur le fait de l'Abbaïe, vous estes très-mal informé; d'autant que l'accord s'en est ensuivi au grand avantage de ces Seingneurs et grande ignominie du Pape, qui a esté contraint de s'abaisser tant, que de leur faire minuter les Bulles à leur volonté, et de se contenter à beaucoup moins de ce qu'il avoit refusé ; car le Cardinal est resté pur pensionnaire de cinq mille ducats di Caméra; le fils d'un des principaux procurateurs de cesie République 23 pour vrai titulaire, et les Moines résidens, avec bonne pen- sion, independenti du susdit Abbé ; et ce qui plus est, TAbbé qui avoit esté esleu a eu une fort bonne pension annuelle, comme bon serviteur, et privilège de vivre en ceste bonne qualité parmi les Abbés de son Ordre, là où il lui plaira, sur cest estât. Ce qu'on a avancé de surcroit est que le concile de Trente doresnavant n'aura de vigueur qu'autant que le propre intérest le pourra comporter, puisque le Pape mesme, qui est l'auteur et le conservateur, l'a reiglé à ce compas-là. Et, sur ceste bonne bouche, etc. 3o Ledit Castrain m'envoia, avec la susdite lettre, un Discours italien , d'un feuillet et demi, de l'Ambassade du Persan à Romme par devers le Pape, dacté de ladite ville de Romme du i5« d'octobre dernier; dans lequel estoit le pourtraict en taille-douce dudit Ambassadeur, nommé Robertus Slierleyus, Anglus, cornes Cœsareus; et y avoit, au bas de son pourtraict (où on Ta voit peint avec le Crucifix au-dessus du turban) : Magiii Sophi^ Persa- rum Régis ^ Légat us ad Sanct. D. N. Paulum P. P. V. Digitized by VjOOQIC 74 PIERRE DE L'ESTOILE Nor. 1609 cœterosque Princip. Christ., ingressus Romam solemni pompa^ die 28 sept. 1609. ^tat. suce 28. Ce jour, fust célébré lejeusne, à CharantoQ, avec grande appai*ance de dévotion (au moins, selon la forme simple qui s'y observe) : car, depuis huict heures du matin jusques à près de quatre, on n'y fist que prescher, prier et chanter, sans que personne (ou pour le moins bien peu) sortissent de leur place et du Temple, qui estoit tout plain. Il y fust faict trois presches, par mes- ,0 sieurs Du Moulin, Durant et Le Faucheur, qui, entre les autres, exhorta fort pathéthiquement le peuple à pénitence et amandement de vie. Le vendredi 6*, j'ay preste àM.Castrain VInstitution de r Ordre des Chevaliers de Saint-Michel^ imprimée à Paris dès longtemps en une vieille lettre, in-8**, reliée en bazanne jone. Le samedi 7% Nivelle m'a vendu un Litanenticij de Serarius, Jésuîste, imprimé nouvellement, in-8*^, à Co- longne, avec un autre livre, d'un Jésuiste aussi , nommé aoLessius, imprimé in-8*^, à Anvers, par Plantin, 1609, intitulé : Quœ Fides et Religio sit capessenda. Consul* tatio, auctore, etc. — M'ont cousté, les deux, vingt sols. Le lundi 9*, j'ay acheté, au Palais, une fadèze nouvelle, imprimée nouvellement, in- 16**, intitulée : Le Trompette françois^ qui m'a cousté cinq sols, et ne vault pas cinq deniers. Ce jour, mourust, à Paris, en couche, la baronne de Saint-Luc, aagée de vingt-huit ans, dame fort renommée et regrettée à la Cour pour ses beautés et bonnes grâces. 3o Le mardi 10% M. Castrain m'a envoie une lettre es- crite en italien par l'Empereur au Pape, en laquelle les tiltres glorieux et superbes qu'il donne à Sa Sainteté, plus qu'on n'en donneroit à Dieu mesme (qui est toutes- Digitized by VjOOQ IC Nov. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 75 fois le Saint des Saints), sont plus receuillables (pour marque de l'impiété et vanité du siècle) que tout le reste de son discours, qui tend à induire le Pape à la guerre contre Tennemi commun des Chrestiens, et y vouloir exhorter et porter les princes et potentats de la Chres- tienté. — Commence : Grande et eccelso Iddio, etc. Contient ung petit feuillet d^escriture. Ce jour, J. P. m'a communiqué la copie d'un nouveau Discours, vraiment bon et sainct (mais duquel je me 10 doute que Teffect de Tadvis y contenu demeurera au papier). Il est intitulé : Advis pour Vinstitution chari- table des Advocats et Procureurs, en faveur des veuf ves, orphelins, pauvres gentilshommes, bourgeois, mar^ chands, laboureurs^ et autres personnes misérables, qui, faute de conseil ou secours et assistance d'argent, laissent perdre leurs droits^ et n^ont moien défaire les poursuites et frais nécessaires en leurs actions civiles et criminelles, es Cours tant souveraines que subal- ternes de ce Roiaume. Il est prest d'estre mis sur la ao presse. L'exécution remise au bon temps. Le mécredi 1 1*, j'ay preste à M. Castrain ung vieil traicté de TOrdre de Chevalerie, que j'ay trouvé dans mon Estude, entre mes papiers, imprimé en petit in- folio, à Lyon, il y a bien près de cent ans (car il est de Tan 1 5 10), et n'est point relié. — Lequel me Ta rendu, ce lo* janvier 16 10. Le jeudi 12% les sermens de la St.-Martin se firent au Palais, comme de coustume : il n'y avoit que 42 robbcs rouges. M. le Premier Président s'y trouva, et, tout du 3o long de la messe, se faîsoit entretenir par son petit-fils de Beaumont; les autres Présidcns y estoient tous, fors Messieurs les présidens de Thou et de Jambeville. Le samedi 14*, Mathieu Delestoille, mon fils, fut battu Digitized by VjOOQIC 74 PIERRE DE UESTOILE Nor. 1609 cœterosque Princip. Christ,, ingressus Romam solemni pompa^ die 28 sept. 1609. ^tat. suœ 28. Ce jour, fust célébré lejeusne, à CharantoQ, avec grande apparance de dévotion (au moins, selon la forme simple qui s'y observe) : car, depuis huict heures du matin jusques à près de quatre, on n'y fist que prescher, prier et chanter, sans que personne (ou pour le moins bien peu) sortissent de leur place et du Temple, qui estoit tout plain. Il y fust faict trois presches, par mes- 10 sieurs Du Moulin, Durant et Le Faucheur, qui, entre les autres, exhorta fort pathéthiquement le peuple à pénitence et amandement de vie. Le vendredi 6*, j'ay preste àM.Castrain VInstitution de r Ordre des Chevaliers de Saint-Michel^ imprimée à Paris dès longtemps en une vieille lettre, in-8**, reliée en bazanne jone. Le samedi 7% Nivelle m'a vendu un Litanenticiy de Serarius, Jésuiste, imprimé nouvellement, in-8*^, à Co- longne, avec un autre livre, d'un Jésuiste aussi , nommé aoLessius, imprimé in-8*^, à Anvers, par Plantin, 1609, intitulé : Quœ Fides et Religio sit capessenda^ Consul- tatio, auctore, etc. — M'ont cousté, les deux, vingt sols. Le lundi 9^, j'ay acheté, au Palais, une fadèze nouvelle, imprimée nouvellement, in- 16**, intitulée : Le Trompette françois^ qui m'a cousté cinq sols, et ne vault pas cinq deniers. Ce jour, mourust, à Paris, en couche, la baronne de Saint-Luc, aagée de vingt-huit ans, dame fort renommée et regrettée à la Cour pour ses beautés et bonnes grâces. 3o Le mardi 10% M. Castrain m'a envoie une lettre es- crite en italien par l'Empereur au Pape, en laquelle les tiltres glorieux et superbes qu'il donne à Sa Sainteté, plus qu'on n'en donneroit à Dieu mesme (qui est toutes- Digitized by VjOOQ IC Nov. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 75 fois le Saint des Saints), sont plus receuillables (pour marque de Timpiété et vanité du siècle) que tout le reste de son discours, qui tend à induire le Pape à la guerre contre Tennemi commun des Chrestiens, et y vouloir exhorter et porter les princes et potentats de la Chres- tîenté. — Commence : Grande et ecceîso Iddio, etc. Contient ung petit feuillet d'escriturc. Ce jour, J. P. m'a communiqué la copie d'un nouveau Discours, vraiment bon et sainct (mais duquel je me 10 doute que TefFea de Tadvis y contenu demeurera au papier). Il est intitulé : Advis pour V institution chari- table des Adpocats et Procureurs, en faveur des veuf ves, orphelins, pauvres gentilshommes, bourgeois, mar^ chands, laboureurs^ et autres personnes misérables, qui, faute de conseil ou secours et assistance d'argent, laissent perdre leurs droits^ et n^ont moien défaire les poursuites et frais nécessaires en leurs actions civiles et criminelles, es Cours tant souveraines que subal- ternes de ce Roiaume. Il est prest d'estre mis sur la 10 presse. L'exécution remise au bon temps. Le mécredi 1 1«, j'ay preste à M. Castrain ung vieil traicté de l'Ordre de Chevalerie, que j'ay trouvé dans mon Estude, entre mes papiers, imprimé en petit in- folio, à Lyon, il y a bien près de cent ans (car il est de l'an 1 5 10), et n'est point relié. — Lequel me l'a rendu, ce 10* janvier 16 10. Le jeudi 12% les sermens de la St.-Martin se firent au Palais, comme de coustume : il n'y avoit que 42 robbes rouges. M. le Premier Président s'y trouva, et, tout du 3o long de la messe, se faisoit entretenir par son petit-fils de Beaumont; les autres Présidens y estoient tous, fors Messieurs les présidens de Thou et de Jambeville. Le samedi 14*, Mathieu Delestoille, mon fils, fut battu Digitized by VjOOQIC 76 PIERRE DE L'ESTOILE Nov. 1609 et outragé cruellement et indignement, en ma maison, par un maraud de valet que j'avois, nommé Loys, lequel le lendemain Je fis constituer prisonnier, et pour Toffense et pour l'exemple. J'estois jà couché, quand ce désordre avinst, dont j'eus bon marché, car, encoresque j'en eusse entendu quelque chose, si n'en sceus-je point l'histoire de tout ce beau fait que le lendemain au matin ; qui m'eust troublé le repos et l'esprit, que j*avois assez agité et malade, d'ailleurs, mesmes par une très mauvaise nou- 10 velle et de conséquence, que, le jour mesme, j'avois receu d'Orléans, sur la vente que j'avois faite à Proust de ma maison, laquelle, au lieu de me paier, et en recevoir de l'argent et de la commodité, on me vouloit, contre toute raison, voler et faire perdre. Mais quoi ! cette rude recharge est de là-haut. Je le prcns ainsi, c'est pour mes pecchés. Je n'ay garde d'estre homme de bien selon Dieu : je ne le puis estre selon moi-mesmes. Le lundi i6«, j'ay acheté des nouveaux Arrests du Conseil d'Estat du Roy, touchant les Baillifs,Séneschaux 20 et Juges roiaux, qu'on crioit par les rues, avec une Con- solation envolée par Nervèze à M. de S. -Luc, sur la mort de sa femme. M'ont cousté, les deux, trois sols. Le mécredi 18®, j'ay reçu des lettres de Rouen, de M. Justel, dans lesquelles y avoit une lettre de M. de Serres à M. Du M. (que dès long-temps il m'a voit pro- mise), escrite par lui pour la défense, contre les calom- niateurs, de son Apparat us^ qui est un simple et nud craion de la Vérité, tiré par ce bon homme, condamné seulement par les mal informés ou mal affectionnés, qui 3o jugent ce que jamais ils n'ont sceu. Geste lettre est docte et notable, digne d'estre receuillie. 11 m'a envoie aussi une nouvelle pièce de ce temps, à sçavoir : Le projet d'une Ligue par les Princes protestants d'Alemagne Digitized by VjOOQ IC Nov. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 77 avec le Roy d'Angleterre : qui n'est que d'un feuillet en papier, où je croy qu'est et sera sa principale vertu et exécution. Les deux, avec la susdite lettre, m'ont esté apportés céans par un nommé Le Seingneur, Conseiller en la Cour de Parlement de Rouen, neveu de Madame de Coulonce (dame que j'aime et honore beaucoup, pour ses rares vertus et grâces singulières), et qui, par des lettres fort honnestes qu'elle m'escrit, me recommande 10 une affaire que ledit sieur son neveu a en la Chambre de l'Édit pardevant M. le président Mole, auquel je l'ay recommandé, le jour mesme, de tout ce que j'ay peu ; car je suis fort inutile et mal propre à telles recomman- dations, et si on sçavoit comme je m'en démesle, on ne m'y employé roit pas si souvent qu'on fait. Dont mes amis toutesfois ne me doivent sçavoir aucun mauvais gré, pource qu'en mes propres affaires je n'y fais pas mieux, mais pis. M. Estienne m'a donné, ce jour, de son impression, 20 une nouvelle traduction de six Oraisons de Cicéron, faite par François Joubert, sieur de Chastillon, avec une sommaire exposition du subject de chascune d'icelles : 1® pour M. Cœlius ; 2° pour T. Annius Milon; 3® pour M. Marcellus ; 4° Première Catilinaire -, 5° Première Phiiippique; 6° Seconde Philippique. Ce mesme jour, fust mise en terre, à Paris, une jeune damoiselle, nommée de Brion, aagée de vingt-cinq ans ou environ. Le lundi 23% M. Bossé m'a donné ung petit livret 3o nouveau, imprimé à Saumur, in- 16° longuet, qu'on lui avoit envoie dudit lieu, fait par un nommé Clémanceau, ministre de Poictiers, sur la question : « Si on peult faire son salut en l'Église romaine. «Laquelleil conclud néga- Digitized by VjOOQIC 78 PIERRE DE L'ESTOILE Nov. 1609 tivement et faussement, selon les maximes passionnées, résolues et tenues sur ceste question, par la pluspart des théologiens el docteurs de Tune et Taulre Eglise, meus d'un zèle indiscret : qui est occasion de rompre tant la dilection fraternelle que la concorde publique, pource que tels zélateurs inconsidérés ne réputent leurs pro- chains, quelque Chrestiens quUls soient, autres que Turqs ou Tartares. On m'a donné, ce jour, une nouvelle fadèze, imprimée 10 pour response à l'Avis sur TÉdit des Monnoies. Elle est intitulée : Suittes des Rencontres de M. Guillaume en l'autre monde. L'on méfait mort^ Mais c'est à tort : Car ma folie Demeure en vie, Aiant leu depuis ceste fadèze, je n'y ay rien trouvé de fat, comme aussi celui qu'on en tient pour aucteur, qui est Rolland, n'en tient rien; car, encores qu'il ait esté un 20 des arcs-boutans de la Ligue, et mon persécuteur pen- dant icelle, comme de beaucoup d'autres bons serviteurs du Roy, si a-il tousjours esté en réputation d'homme d'Estat et d'esprit. Du depuis on m'a asseuré que ce n'a esté ledit Rol- land qui l'a fait, mais un autre qui ne se nomme point, et que l'Advertissement sur le fait des Monnoies, qui a depuis esté imprimé et que j'ay acheté, le jeudi 26* de ce mois, escrit sur ce Registre, est dudit Rolland; lequel aussi est bien fait. 3o AU PEUPLE DE FRANCE; M* en allant voir là'-bas Chicot mon compagnon^ Digitized by VjOOQ IC Nov. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 79 L'on me dit^ en chemin^ que certaine vermine Estait venue en France apporter un mommon. Qu'ils appellent entr'eux Advis de Tourmentine. Pour vous en advertir^fay retrassé mes voies. Me doutant que ce jeu s'adresse à vos Monnoies. 1609. DROLLERIE DU TEMPS , POUR FAIRE RIRE TEL QUI n'eN A POINT ENVIE. Car, selon l'humeur de cest aage, 10 Chacun^ pour cacher son malheur, S^attacche le ris au visage, Et les larmes dedans son cœur. , Le mécredi 25^ de ce mois, m^estant remis à lire pour la troisième fois mes Sermons de TEvêque Zenon, j'ay ajouté, aux çxtraits que j'en avois fait, le mois passé, les suivans que j'ay trouvé dignes d'estre receuillis avec les autres qui sont escrits en Ce Registre^ sur la fin d'octobre dernier. Ex Sermone /^, de Abraham ï Ubi fides est, non est dolor 10 (p; l3). Ex Sermone 11^, de Exodo : Judaei unde se beatos putant, in- felices inde esse noscuntur. Etenim commodius puto misero in statu suc manenti, quam beato in ultimas miserias devoluto {p- 43). Ex Exodi Serm, X^, de Judœis : Judœi post mare ad crc^ mum pervencrunt. Nos post bapii^mum ad paradisum perve-t nimus. Illis irrorata est esurientibus manna. Nos autem esurire non possumus, sempiternam qui cœlestis panis nobiscum por- tamus annonam. Illis sitientibus petra fluxit in poculum. Ad SoChristi fontem qui biberit, in œternum sitire non novit; Illis in deserto suavitas lactis et mellis exhibita est. Nobis vero, quod plus est melle, dulcior ac lacté candidior œternas yitae beatitudo tribuctur in regno (p. 49). De iisdem^ ex Serm, XI^: Quid tumêt Pharisa^us inanis, quem Digitized by VjOOQ IC 8o PIERRE DE UESTOILE Nov. 1609 momenti praeterita delectat urabra? Exultât quoJ in iEgypto creverit, at in originali decrevit solo; quod captivitatis sit nexibus exsolutus, sed est nunc usque barbarici furoris moribus alligatus. Dcus illi ducatum prœbuit. Idem a sua eum facie postmodum abjecit. Consecutusest regnum ut post regiam di- gnilatem majore dedecore imperio romano serviret. Sanevultis scire quanto sit sanctitatis? Quem mare sustinuit adunatum, non potest terra bajulare dispersum (p. 49). De iisdem, ex Serm. X/F*.Nihil,utarbitror,restititillispro- 10 prium nisi quod, Agno salutari neglecto, ingrati viles agnos cum amaritudinc homines amari manducant (p. 32). Ex Sermone F/®, de Isàia : Iram "ùti generaliter commi- naniis qui vulteffugere débet illi inculpate servire (p. 178). Ex Sermone de Fide : Errat quisquis disputationem legis œs- timat fidem. Duo in unum diversa confundit. Disputatio enim sicut excolit legem, ita, si versuta sit, eradicat fidem, quia fides profecio non est ubi quaîritur fides. — Et paulo post : Fides con- scientiam medullitus mundat, ne quid reatui veî intrinsecus de- beat. Qui enim suam conscientiam non timet, is est qui Deum 20 non timet (p. 244). Ex Sermone de Justifia : Quisquam ne justum putet eum qui utilitatem rei familiaris pietati praeponit! qui hominibus famé laborantibus ac nuditate, pascit tineas, curculiones ac vermes ! qui quod habet, infelici tenacitaie, non aliis tantum, sed ctiam sibi ipsi subducit ! Sed, inquies, justum est, ut mea servem, aliéna non quœram. Hoc etiam gentes dicere consueverunt. Caeterum apud Deum (p. 345) non est a tyranno dissimilis qui solus habet quod potest prodesse commodis plurimorum. — Et post, in fine Sermonis (p. 347) : Quapropter,sipater bonus, si providus, 3o si utilis esse desideras, sicut ille Abraham, Deum plus debes amare quam filios, ut habere merearis integros, incolumcs ac beaios. Siulta autem res est, illis tevelle vita; substantiam pro- cudere, quibus nec nativitatem dederis, nec animas inspiraveris, nec salutem prœstarc possis. Unde vel sero sacrilegam vocem comprime, humanae fragilitatis memor, qui in hoc ipso quod lo- quemur, quid possit contingere, ignoras, excusationisque vanœ depone fallaciam. Ingratis avaritiam peccato condis. Solius Dei potestas est futurorum commodis providere. Ex Sermone de Timorc: Dei timor et discitur et docetur, quia AQ non in trepidatione, sed in doctrinaî ratione consistit, sicut scriptum est : Venite, filii, audite me ; timorem Dei docebo vos (p. 348). — Ex eodem (p. 35o) : Timor nobis necessarius, qui in Dei amore consistit, sine fine studens timere ne quid praeter Deum quem diligit timeat. — Et paulo post (p. 3 5 1 ) : O necessarius timor^qui nihil aliud agit, nisi ut beatos efficiatl qui timet arte, Digitized by VjOOQ IC Nov. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX g, non casu, voluntate non necessitate, religione non culpa. qui Dcum metuit, non naturam. F«» H"i Ex Sermone de Jejunio : Sed et lavare faciem etiam jubetur qui jejunat. Quam facem nisi iUam qua Deus videri dicitur> Beati enim mundo corde, quia ipsi Deum videbunt. Illa faciès si habuent aliquam maculam aut rugam, intueri non potest Deum In ilhs ocuhs SI hceserit festuca peccati, Deum videre jam non possunt. De ,lla ergo facie, id est de animi sensibus et coTs ^ ^ arcano omnes vitiorum sordes expurgare debemus, et secundum Apostolum,illuminatahacfacieetrevelata,etsecundumhancima. ginem transformati, gloriam Domini speculari possemus - Et paulopost : Hypocrita (inquit) ille dicitur qui in theatro, persona vultui superimposita, cum alius sit, alius esse simulatur (p. 356- 357). — Exeodem. Expulsi sumus de Paradiso. quia non ieju- navimus. Jejunemus nunc, ut ad Paradisum revertaraur. Sed et ipsa omnis Paradisi vita jejunium est. - Etpost: Vide iejunando Elias quo ascenderit, vide Heva quo descenderit manducando. Sed et utnusque operis auctores et consiliarios intuere Ibi ad manducandum auctor et consiliarius serpens est, immo Diabolus 20 m serpente. Hic, ut jejunans ascendat ad cœlum, auctor est et monitor Deus. Utamur ergo et nos hac via qua rediri ad Para- disum potest, et suspecta nobis sit illa via quœ hominem expulit de Paradiso (p. 36o). Ex Sermone de Avaritia: Nihil esttamsanctum quodnon vio- lari, nihil tam munitum quod non expugnari pecunia possit. — Et post: Liberi parentum vitam sua damna judicantes, injecta vio- lenter manu ipsi naturœ, invasis hœreditatibusante tempus, pa- rentes suos compellunt vivere miseriae, facultatibus mori. Proh nefas! Quid tibi tua tollis, infeIix?Quid extraneo facias qui in •>o te avarus es ? O detestabili detestabilius malum ! (p. 374). -^ Ex eodem : Pietas idonea est expultrix avaritiœ (p. 378). Ex Serm, 2, de Avaritia: Avaritia quam facile arguiturab om- nibus, utinam possit tam facile non amari. Est enim artifex ac dulcemalum, ethominibusuniversis semper infestu m.— £'r;?05/ : Ea est similis igni arida pabula depascenti, quœ nisi fîniant, non finitur (p. 38o). — Hanc médiocres fraudibus excolunt. Divites in potentia, judicis gratia, diserti mercenaria ac duplici lingua, rcges superbia, negotiatoresastutia,inani pauperes voto,culiores Dei odio simulato, totœ autem gentes universœque nationes, gla- 40 dio (ibidem). — ^/ post: Avarus nunquam satur, lucrorum ènor- mitate miserior, novum calamitatis genus, quod tantummodo crescit, senescere ignorât. — f^jr eodem : Nihil potest esse ditius homine, cujus profitetur Deus se esse debitorem (p. 384). Ex serm, 3, de Avaritia : Deus odit avaritiam. Est enim li- bido profunda, cupiditas cajca, tempestas insana, rapacitas sine P. DK l'Estoili. — X. 5 Digitized by VjOOQIC 82 PIERRE DE L'ESTOILE Nov. 1609 fine, soUicitudo sine requie. Ad sua nunquam perveniens vota, quia satiari non novit, fidem frangit, charitatem negligit, justitiam negat, non cognoscit affectus, jura divina contemnit, humana versutis argumentis excludit, orbem totum, si possit, ut rapiat (p. 383). Ex Serm. de Livore et Invidia : Sicut proprium est boni Dei liberalitas et largitio, ita proprium est Diaboiî livor et invidia (p. 386). — Ex eodem : Sicut rubigo propria frumenti corruptio est, et iia amicitiarum propria corruptcla pestis invidiae est 10 (p. 397). — Ex eodem : Adversarii humani generis daemones, cum viderunt propositum hominis suis studiis aptum, ad omne facinus voluntatis su» velut organo abutuntur (p. 398). — Ex eodem : Sicut muscae, omisso sano corpore, sicubi vulnus est, con- citse prscipitesque conveniunt, ita et invidi, si quid ab aiiquo in hac vita bene gestum est, si quid prsclarum in actibus, in verbis probabile, in moribus admirandum est, nihil prorsus vident, nihil retractant. Si quid autem aut culpabiiiter gestum, aut incauto sermone prplatum ut hominibus accidere solet, hoc lo* quuntur, hoc proferunt ac in publicum ventilant, et notitiam viri, 20 non ex bonis gestis dictisque , sed ex minus probabilibus fieri volunt. Quo malo quid nequius ?quid tetrius ? quid perniciosius di- cam ? — Ex eodem : Decet servum Dei neque viris bonis invidere et super falsis ac simulatis dolere, asmulationem potius ad imitanda bona quam invidiam capere (p. 4o5). — Ex eodem : Simulatio de invidiae stirpe procedit, nam bilinguem esse hominem et du- plici mente, non aliunde quam de invidia nascitur (p. 406). Ex Sermone de Resurrectione : Facilius est reformari quod fuerit quam institui quod ante non fuit. Quod si non fuit, et est, multo magis poterit esse quod fuit, quippe cum illius potentissimi 3oArtificis rerum omnium conditoris ipse sit usus impossi- bilium possibilitatera asserere, ex eoque quod non est, facere quod est, naturam creare extra naturam, nihil prorsus habere difficile solumque ei hoc déesse quod nolit esse. Haîc est enim proprietas Dei id operari quod non potest credi, Igitur non ho- mines tantum, sed pêne omnia, suis mortibus vivunt (p. 420-42 1 ). — Ex eodem : Sed et Dominus ex persona hominis quam assum- pserat, ait: Tristis est anima mea usque ad mortem. Quoddictum non tam timentis quam exultantis et docentis. U tique non enim quidquam timere poterat qui mortuos excitabat, qui po- 40 testatem habuit ponendi eam et iterum resumendi eam, sed ut doceret, quoniam cum vivit in hoc mundo, semper in tribula- tione, semper jusius in pœna est. Cum autem mors, quae putatur metuenda, gustatur, tune ei in asternum manenlis gloriae beatis in sedibus nullas deinceps œrumnas mundi sensura repromissa ielicitas exhibetur, David sancto dicente : Convertere, anima mea, Digitized by VjOOQ IC Nov. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 83 in requiem tuam, quia Dominus benefecit mihi, quia liberavit animam meam a morte, oculos meos a lacrymis, pedes meos a lapsu. Placebo Domino in regione vivorum. Hsec nos félicitas manct, hoc munus expectat. Sic ergo vivamus, ut bonis operibus decorati, nos quoque Patri placere mereamur, Domino juvante nos ChristOy qui est benedictus in saecula sœculorum (p. 428 et 429, quœ est hujus singularis libri ultima). Ce mécredi 25« de ce mois, jour et feste S** Katherine, M. de Bossé m'a donné une recepte singulière et es- 10 prouvée (ainsi qu'il dit) pour empescher de fluer les hémorroïdes; laquelle j'ay mise avec les autres, en lieu où elle ne me fera ni bien ni mal. Le jeudi 26', j'ay acheté les trois nouveaux bagages suivans qui couroient : Arrests du Conseil d' Estât du Roy, portans défenses à tous notaires , huissiers et ser- gens, d'exercer leurs offices sans lettres de provision de Sa Majesté ; Mémoires du capitaine Foucques, au Roy, sur le fait de la Marine; Advenissement sur l'Édit pro- posé des Monnoies. Lesquels trois m'ont cousté un ao demi quart d'escu. Ce jour, accoucha la Roine, au Louvre, sur les dix heures du soir, d'une fille : de laquelle on ne fist, à la Cour, aucun signe d'alégresse ou de réjouissance, et n'en fust tiré un seul coup de canon. On disoit que le Roy avoit dit qu'il eust voulu avoir donné cent mil escus, et que c'eust esté un fils : comme aussi tout le peuple (qui craind la touche, et a opinion que les filles rendent le Roy plus avare) eust fort souhaitté et désiré, et principalement celui de Paris par-dessus tous les 3o autres. La sage-femme de la Roine s'en fust aussi bien trouvée, car Sa Majesté (ainsi qu'on dit) la vouloit gra- tifier d'un don de huict mil escus, qui estoit la Maistrise des Mestiers de ceste ville. Digitized by VjOOQIC 84 PIERRE DE L'ESTOILE Nov. 1609 Geste mesme nuict, mourust à Paris M. de Fleuri, Conseiller en la Grande Ghambre, et Doien de la Gour de Parlement, où, tout aagé qu'il estoit, passant quatre- vingts ans, n'en pouvant plus et (comme dit Platon) déficiente uatura, s'est fait néantmoins porter jusques à la fin dans une chaire. En sa place, est monté le grand Gourtin (qu'on apèle) rapporteur du procès que la Ligue fist au Roy à Paris, l'an 1 589 : qui estoit un traict qui méritoit (selon la longueur du droict) de faire monter un homme plus hault. Le dimanche 29, un mien ami me conta une chose rare et remarquable, advenue à Paris, depuis trois se- maines, en la personne d'un vieil bon homme, nommé La Tour, demeurant aux fauxbourgs S. -Germain, vis à vis de rhostel de Luxembourg; lequel, se sentant avoir la pierre, s'estoit, à Taage de soixante et dix huict ans, fait tailler par Gollo, qui lui en avoit tiré quatre fort grosses, qu'il avoit monstrées à celui qui me l'a dit, sans 20 que jamais, pour la taille, il s'en soit aucunement mal trouvé, ni eu fiebvre, ni perdu un coup de dent, ayant gardé le lit seulement six jours, et six jours la chambre, estant sorti de sa maison, au douziesme, aussi sain et dispost comme s'il n'eust jamais rien eu. Que j'ay trouvé chose si estrange, que, l'aiant apris d'un homme véri- table, j'en ai voulu charger mon Registre. Le lundi 3o* et dernier du mois, L R. m'a donné les quatre fadèzes suivantes qui grossiront les pacquets de mes bagatelles : i^ Histoire prodigieuse d'un novice de 3o r Ordre S. François^ crucifié par les Juifs à S. Ranbin en Piedmont ; 2° La Conversion de la Roine de Bandas; 3° Discours facétieux des signes, veus au ciel par un Digitized by VjOOQIC Nov. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 85 avveugle, ef interprétés par ung muet^ et entendus par ung sourd! 4° Eglogue^ enrichie de trente anagrammes sur cest illustre nom Marguerite de Vallois, Imprimées à Rouen, où toutes les sottises et coionne- ries du temps se trouvent aujourd'hui. En ce mois, le Roy, continuant ses amours avec Madame la P. D. C, pendant que M. le Prince son mari est empesché à la chasse en Picardie, en dresse 10 une autre, pour pouvoir parler à elle, en sa maison de Breteuil où il Tavoit laissée; et, pour cest effect, part, desguisé, de ceste ville, avec cinq ou six autres seule- ment, desguisés comme lui et portant de fausses barbes : lesquels, passans au bacq de S.-Leu, on prend pour voleurs, etenvoie-t-on un Prévost des Mareschaux après, qui, estant averti que c'estoit le Roy, tourne bride et s'en retourne sans faire semblant de rien. Si Sa Majesté parla à ladite dame ou non, c'est chose qui ne se dit point asseurément, mais bien, que M. le 20 Prince en fust averti. De la venue duquel le Roy aiant eu nouvelle, reprist son chemin vers Paris tout aussi tost, où on ne bruioit d'autre chose, mais secrettement et à Toreille, pour le danger qu'il y avoit d'en parler. On disoit que la Marquise de Verneuil, à laquelle il est permis de tout dire, et qui parle ordinairement au Roy, non comme à son pareil, mais comme elle feroit à son valet, lui avoit dit, bouffonnant sur ce propos avec Sa Majesté : « N'estes-vous pas bien meschant, de voû- te loir coucher avec la femme de vostre fils ? Car vous 30 « sçavez bien que vous m'avez dit qu'il Testoit. » Sur la fin de ce mois, et le dimanche 19® d'icelui, sur les six heures au soir, vinrent les nouvelles, à Paris, au Roy, de l'accheminement de M. le Prince en Flandres ; Digitized by VjOOQ IC 86 PIERRE DE L'ESTOILE Nov. 1609 et comme, au lieu d'amener sa femme à Paris, à la couche de la Roine, ainsi qu'il avoit promis à Sa Ma- jesté, il la menoit à TArchiduc voir sa Cour à Bruxelles. Geste nouvelle troubla et fascha fort le Roy, plus encore qu'il n'en fist le semblant. Fust dépesché Balagni en diligence, pour l'arrester, s'il estoit possible, et le rame- ner; et M. de Pralin, vers l'Archiduc, pour le sommer, de la part du Roy, de le rendre et renvoier : qui y firent autant l'un que l'autre, et aussi peu que le Cheva- 10 lier du Guet, qu'on y emploia aussi, comme recogneu pour homme de grand sens, mérite et valeur. Gar M. le Prince, usant d'une extrême diligence (après beaucoup de fatigues et traverses qu'il lui falut supporter en chemin, duquel s'estant égaré, après la perte de deux ou trois de ses chevaux, aiant esté contraint de s'héberger et coucher la nuict avec Madame la Princesse sa femme dans un moulin, où ils ne trouvèrent commodité quel- conque, ni de vivres, ni de lit, ni de feux; Madame la Princesse estant tellement harassée du mauvais chemin ao et mauvais temps, que, sans y penser , elle mangeoit avec ses gands, ne les pouvant tirer de ses mains sans les écorcher, tant ils estoient mouillés) , gangna enfin Landreci, où il se mist à couvert et se mocqua de Bala- gni (nouveau Prévost des Mareschaux), qui y vouloit entrer pour se saisir de la personne de M. le Prince et le ramener au Roy. D'autre costé, l'Archiduc fist response à Pralin, qu'il n'avoit jamais violé le droit des gens à l'endroit de qui que ce fust, et qu'il se garderoit bien de commencer à commettre ceste faute par la personne du 3o premier Prince du sang de France. Et, peu après, lui envola escorte d'hommes et d'argent, pour venir à Bruxelles. En l'Almanach de/ M. Jason de Netlac, de ceste année Digitized by VjOOQ IC Nov. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 87 1609, on y trouve la retraicte de M. le Prince, au commencement de décembre, comprise en ces quatre vers. (Ce que ce bon homme d'astrologue peut bien avoir rencontré sans y penser.) Un Prince valeureux et doué de prudence, Certioré d'un mal, trouvera promptement » Le remède certain, qui grand soulagement Causera, par le temps, aux peuples de la France, M« Anthoine Fuzy, curé de l'Église S.-Berthélemi à 10 Paris (que je connois dès longtemps), se trouva en peine, en ce mois, et fust mesme poursuivi en justice au Chastelet (dont il apela à la Cour), sur trois chefs d'ac- cusation qu'on proposa contre lui, à la suscitation (ainsi qu'il disoit) des Jésuistes , qui lui en vouloient pour ne leur avoir jamais voulu accorder sa chaire pour près- cher : aiant dit tout haut qu'il perdroit plus tost sa cure, que d'endurer un Jésuiste prescher dans son église. Et aussi qu'il avoit composé et fait imprimer un livre contre ung nommé Vivien, leur faciendaire, son prin- 20 cipal dénonciateur et poursuivant, intitulé : MaTciyo^opoç (précurseur du 2^diaque), duquel les copies furent sai- sies, et le livre désavoué par ledit Fuzy. Les trois accusations proposées contre lui estoîent; d'hérésie, sorcellerie, et paillardise. Pour le premier, on le chargeoit de favoriser les Hérétiques, et que tous ceux de Charenton alloient au conseil à lui, comme aussi en ce temps y en eust deux prattiques qui le vinrent trou- ver, lesquels il renvoia fort rudement. Pour la sorcellerie, on lui objectoit que, le feu s'estani 3o I. IncoDTénient qui seroit le renTersement de sa prophétie, dont je seroit bien marri. (JUEstoile,) Digitized by VjOOQIC 88 PIERRE DE L'ESTOILE Nov. 1609 mis en une maison près son église, il s'estoit aidé, pour Testeindre, de la chemise d'une femme tachée de ses menstrues, laquelle il avoit jettée dans le feu, ce qu'il confessoit et nioit que ce fust sorcellerie. Pour le regard de la paillardise, une garse (envolée par devers lui, exprès, à cest effect ) avoit esté saisie et constituée prisonnière dans son presbytère, par un commissaire, qui avec affront en avoit fait des reproches publiques audit curé. Lequel j'ai tousjours tenu et re- locongneu pour honneste homme et meilleur beaucoup que les Jésuistes, mais qui n'a la cervelle timbrée comme eux, ni n'est fourré de malice comme sont la pluspart de ces innocens-là. Un advocat de mes amis, nommé Lescarbot, en peine et en prison, pour le Mastigophore de Fuzy, à la susci- tation, ainsi qu'on disoit, et par la trahison d'un impri- meur, nommé Langlois. DÉCEMBRE. Le vendredi 4® de ce mois, on crioit, par ceste ville, 20 une Lettre consolatoire, escrite de Romme à Madame de Molac, sur le trespas inopiné de feu René de Rieux, marquis d'Asserac, son fils, lequel, se voulant aller laver au Tibre, auprès la Vigne du Pape Jule, s'estoit, par grand inconvénient, nayié le 1 3* du mois d'aoust passé 1609. Ceste lettre est de Richeom, Jésuiste qui ne manque pas de beau langage. Et m'a cousté deux sols. Le samedi 5®, M. Fuzy, curé de S.-Berthélemi, m'a donné une de ses Thèses dédiée à M. le Doien Seguier, et imprimée par J. Leclerc. 3o Le lundi 7®, on m'a fait voir la teneur d'une lettre Digitized by VjOOQ IC Dec. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 89 qui couroit ici, escrite par M. le Prince au marquis de Cœuvre, par laquelle il se plaignoit fort de Balagni; lequel aiant obligé , autant qu^un homme de sa qualité peult obliger un autre de la sienne, ce néantmoins, se monstrant l'ingrat des ingrats pour ce qu'il avoit fait, lui avoit donné subject de s'en repentir et ne le tenir plus pour gentilhomme d'honneur, comme aussi il ne faisoit, mais simplement pour ung archer de Prévost des Mareschaux; mais que le principal estoit que sa 10 qualité ne portoit point. Dieu merci, estre jamais gib- bier de tous ces gens-là. Le jeudi io«, on crioit, par ceste ville, une nouvelle bagatelle, intitulée : les Conséquences dressées par Père Confier^ Jésuisie, contre les Ministres de la Religion Prêt. Réf. Laquelle j'achetai deux sols. Ce jour mesme, en ung Almanach nouveau de ceste année, fait par un nommé Morgard, Parisien, des pré- dictions duquel on fait compte, pource qu'il est bon bavard et a plus de babil que les autres. Et m'a cousté dix- ao huit deniers. Le vendredi 1 1% on m'a dit la mort de M. Anjorrant, sieur de Clayie, décédé en sa maison de Clayie, depuis quatre ou cinq jours en ça : qui m'a esté une triste nouvelle et dure recharge d'afiBiction en mes affaires, desquelles je suis comme accablé, et, sans une spéciale grâce de Dieu, en fusse mort soubs le faix, il y a long- temps ; car, estant sur le point de faire exécuter la sen- tence de condamnation par corps, que j'ay obtenue contre lui, comme stellionnataire, sa mort, à un instant, 3o m'a ravi et despouillé de toute l'espérance que je pou- vois avoir d'estre dressé d'une partie de mon deu, qui ne se monte moins que mil escus, lesquels je quitterai aujourd'hui pour mil sols, si ce bon Dieu, qui a tous- Digitized by VjOOQIC 90 PIERRE DE L'ESTOILE Dec. 1609 jours eu un soîng particulier de ma maison, n'y pour- voit extraordinairement. Pour me rafraischir de ceste inquiétude, on m'a mis aujourd'hui en doute, plus que devant, d'une partie de six cens francs, que le feu huissier Conat, que j'avois establi commissaire pour la rente de Rostaing, auroit receu pour moy et volé par les quittances qu'il en avoit baillées : ce que je ne puis encore me persuader, com- bien que le registre du Mont le porte et que je sois assez 10 malheureux pour subir ceste perte, laquelle, avec les autres, avancera fort ma ruine, que je prévoi dès long- temps, si Dieu, par sa miséricorde, n'en destourne le coup. Le samedi 12% j'ay donné à Charbonnier, mon rece- veur à Gland (qui seul de mes subjects est de la Religion), ung Nouveau Testament, de mon Estude, qui est avec les annotations de Marlorat, qui est très beau et ne se trouve plus : au bout duquel sont les Prières ecclé- siastiques et les Psaumes; relié en veau noir, doré, ao in- 16^. Le lundi 14®, furent pendus, au quarrefour des Ma- thurins à Paris, vis à vis de la boutique de Sonnius, un imprimeur et son compagnon, qui avoient outragé et excédé la belle-mère d'un apotiquaire, demeurant de- vant S.-Benoist, estans bons coustumiers de perpétrer tels affronts et tirer la laine. Ils estoient appelans de la sentence du Chastelet, par laquelle ils avoient esté con- danmés simplement au fouet , pource qu'il n'y avoit ne mort ne blessures. Mais la Cour, aiant esgard au mau- Sovais nom qu'ils avoient partout, et aux désordres et scandales de ce beau mestier, qui estoit trop commun, mesmes à Paris où il s'exerçoit comme publiquement et avec impunité, voulut que ceux-ci servissent d'exemple Digitized by VjOOQ IC Dec. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 91 aux autres. Mon cousin de Lassi fust leur rapporteur, qui dit à mon fils, que, de tous les costés de l'Université, on lui avoit apporté des plaintes d'eux, et qu'on lui en avoit bien baillé jusques à sa Requeste : ce qui avoit esté la cause principale de les envoler au gibet. Le mardi i5«, y eust, à Paris, près S^*-Opportune, un gentilhomme misérablement assassiné par un autre gen- tilhomme, contre lequel on disoit qu'il avoit procès. Le- quel aiant tiré à part, comme voulant parler à lui, lui 10 auroit à l'instant jette son manteau sur le visage, et, d'un poignard qu'il avoit, donné trois ou quatre coups dans le corps, et estendu roide mort sur la place. Cela faict, se seroit sauvé, sans beaucoup se haster, comme on peult faire en une forest : Paris, non sans cause, estant tenu pour la plus belle de la France. J'ay baillé, ce jour, à copier à François l'inventaire de mes livres, pour TEvesque de Bolongne, que le frère de M. Duranti dit avoir désir de les voir et bien acheter. Dont toutesfois j'espère aussi peu que du cardinal de 30 Joieuse, entre les mains duquel en est demeuré à Gaillon l'inventaire, que mon fils avoit porté à mon cousin de Montholon, sur l'assurance qu'il lui avoit donnée qu'il les acheteroit. Le jeudi 17% on crioit, par ceste ville, le Remerciement au Roy par les Advocats. Bagatelle qui m'a cousté diX' huit deniers. Le mardi 22^, ung mien ami m'a communiqué le billet suivant, extraia de l'original d'un advis, envoie, ces jours passés , de Romme, au Roy (comme à beaucoup 3o d'autres aussi de semblables), sur le fait de Testât de la Religion qui s'observe aujourd'hui à Venise : « Le Pape Paul V se plaingnant à l'Ambassadeur de Venise, à présent résidant à Romme, des prédications Digitized by VjOOQIC 92 PIERRE DE L'ESTOILE Dec. 1609 hérétiques (ce disoit-il) d'un certain *** et autres , par toute la Ville et Seingneurie : l'Ambassadeur lui respon- dant que la Seingneurie avoii lousjours esté et estoit très orthodoxe et catholique, et jamais ne soufFriroit que rien fust presché en ses terres, sinon TÉvangile de Christ. Le Pape promtement lui répliqua ces propres mots en italien : Non sapete che predicar VEvangelio di Christo èrovinar la Fede Catholica? {Qui est à dire: Ne sçavez-vous pas que prescher TÉvangile de Christ 10 est ruiner la Foy Catholique?) Ce que ledit Ambassadeur a escrit au Conseil de Venise et à plusieurs de ses amis, comme les lettres en ont esté veues de plusieurs person- nages d'honneur et de qualité, dignes de foy. Entre les autres, le B. D., mien ami, m'en a monstre, ce mesme jour, une qui portoit ces mots : Papa Paulo Qiiinto^ di propria bocca^ disse ^ a VOratore Venetiano ora en Roma^ queste parole : Non sapete che^ etc. » Le jeudi 24*, on m'a fait voir la lettre qui couroit ici, escripte par M. de Sully à M. le Prince, de laquelle le aosiile est aussi altier que son humeur, et csl tout ce qu'on y peult remarquer. J'ay rendu, ce jour, à Tourval, son petit Bréviaire an- glois, quem'avoit donné, le 5 du mois d'octobre dernier, auquel on le trouvera escrit sur ce Registre, et ce, par importunité et pour Tappaiser, comme on fait des petits enfants qui pleurent pour ravoir ce qu'ils ont donné. Ceste humeur légère et bisarre, que j'ay reconneu en cest homme depuis peu de temps, convient mal avec la mienne. C'est pourquoy je pense à m'en dépestrer. 3o Le samedi 27*, j'ay esté saingné de trois palettes de sang, de l'advis et ordonnance de M. Helin, mon mé- decin, et ce, pour tempérer les ardeurs et veilles de mon humeur mélancolique : de laquelle , depuis un mois, je Digitized by VjOOQ IC Dec. 1609 . MÉMOIRES-JOURNAUX 93 suis si misérablement vexé et travaillé, jour et nuict, que la seule souvenance me fait hérisser et frémir tout ce que j^ay sur moy et m^oste la plume de la main. Aiant depuis recueilli mes esprits esgarés, comme Dieu, par sa bonté, après la tempeste, eslève le serain dans nos âmes, je me suis consolé par les deux passages suivans de S. Augustin, dont je me suis souvenu, et les ay escrits tout aussi tost icy : 1** Quodpateris medicina est^ nonpœnœ castigatio, 10 non damnât io. Noli repellereflagellum^ si non vis re- pelli ab hœreditate, Noli attendere quant pœnam ha- béas inflagelîo^ sed quem locum in testamento. 2® Novit te Dominus Deus tuus^ et sic te novit, ut capillos tuos habeat numeratos. Quid ergo times ? Le lundi 28®, un mien ami me monstra une lettre qu'on lui avoit escrite de Romme» par laquelle on lui donnoit advis de V Histoire entière de M. le président De Thou, censurée et mise à Tlnquisiiion, avec plusieurs autres livres et libelles, dont il promect lui envoier la soliste, dérogeans à la supresme dignité et auctorité du Pape. Nimis perverse se ipsos amant, dit S. Augustin, qui ideo alios errare volunt^ ut ipsorum errores lateant. C'est le fondement principal de la pluspart de nos cen- sures romaines d'aujourd'hui. Nec tamen ideo timendœ sunt calumniœ, sed Deus^ danda opéra innocentiœ. Sic adversariorum calumniœ in maximam nominis nos tri gloriam cèdent. C'est la consolation que j'y trouve pour les mal censurés et calomniés. 3o Ce jour, fust mis en terre, à Paris, ung procureur, nommé Le Royer, demeurant sur le quay de la Tour- nelle, auquel on disoit qu'ung petit bossu empirique, par cinq médecines aussi mal composées que son corps, Digitized by VjOOQIC 94 PIERRE DE L'ESTOILE Dec. 1609 qu'il lui avoit fait prendre en trois jours, avoit abrégé la vie, et envoie en poste en Paradis. Le mécredi 3o\ j'ay acheté une nouvelle bagatelle, qu'on crioit par ces rues, intitulée : Apologie de VÉdit des Monnoies^ ou Réfutation des erreurs de Af« Guil' laume ou de ses adhérans. M'a cousté quatre sols. Ma fille Loyse m'a vendu, ce jour, une bouette d'ar- gent, avec quelques autres pièces, pour fournir à l'en- tretien de la bonne (ou sote) coustume des estrennes, 10 qui n'est qu'une vieillesse d'erreur, préjudiciable à la bourse, dont je voudrois bien me dépestrer; mais je ne puis. Elle en a receu vingt livres cinq sols qu'elle m'a baillés. Le jeudi, dernier de ce mois et an 1609, estant gran- dement affligé et travaillé de mon mal, qui ne me don- noit aucun repos, ne nuict ne jour, j'ay pris en main, pour ma consolation, ung petit livret, nommé Le ThéO' phile^ imprimé depuis peu et dédié à Madame la Ma- reschale de Fervaques ; à la lecture duquel, au milieu 30 de tous mes ennuis, j'ay tant pris de plaisir, que j'en ay extraict sur ce papier les passages qui suivent, auxquels j'ay trouvé beaucoup d'allégement et de consolation : 1. Tous les hommes ont ^beaucoup de désirs et pas de force : ils désirent le plus ce qu'ils peuvent le moins, ne pouvaas ni obéir ni commander à leur convoitise. Ils ne peuvent lui obéir, à cause de leur foiblesse, ni lui commander, à cause de leur incontinence. (Feuillet i.); 2. L'amour mondain s'allume par la résistance et se nourrit par la difficulté, semblable aux poissons qui s'aiment es tor- 3o rens et es bouillons des escluses, mais meurent en l'eau coie. (F. II.) 3. Les bénédictions de Dieu pleuvent sur le sable, quand elles ne nous rendent point plus fertiles à bien faire, semblables aux bestes qui boivent aux ruisseaux, sans penser à la source. (F. XV.) 4i Celui qui n'aime Dieu que pour son profit ressemble aux Digitized by VjOOQ IC Dec. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 95 petits enfans qui ne prient Dieu que pour desjuner, et, à proprement parler, ils n'aiment pas Dieu, mais eux-mesmes. (F. XVI.) 5. Craindre de tanser son ami, de peur de Tofienser, c'est un respect plain de cruauté, comme si, lorsqu'il se noyé, tu crai- gnois de l'empoingner par les cheveux, de peur de lui arracher quelque poil. Si, par ces repréhensions, ton ami ne s'amandc point, il faut que Tamitié d'un homme cède à Tamour de Dieu. Il faut faire comme Moyse, lequel se servoit de sa verge pen- 10 dant qu'elle estoit verge, mais s'enfuit de devant elle quand elle devint serpent. Et, toutesfois, en ce cas, il vault mieux se séparer petit à petit et descoudre plus tost l'amitié, que la deschirer. (F. XXVII.) 6. Ce qu'est le cerveau aux nerfs, ou le foye aux veines, ou le cœur aux artères, cela mesme est l'amour de Dieu aux amitiés humaines, c'est-à-dire fibres et branches qui en despen- dent. (F. xxviii.) 7. Les ennemis que nous avons sont verges en la main de Dieu, pour nostre amandement, et compulsoires à sa crainte. 30 (F. xxviii.) 8. Ce qu'est la chemise entre nos habits, cela est l'amour de nous-mesmes entre nos affections, c'est-à-dire celle qui se dépouille la dernière. Là il faut un grand combat ; c'est comme le dernier retranchement de Satan, dont il est malaisément débouté. Toutesfois nul n'aimera Dieu comme il faut, qui n'a en haine sa nature, qui n'est irrité contre ses convoitises et ne leur livre une guerre mortelle, désireux de finir ce combat par la mort et d'estre dissous, pour estre avec Dieu, prest d'estre pro- digue de son sang, pour estre chiche de la gloire de Dieu ; 3o s'ennuiant en ce corps, comme en une prison roulante ou un sépulchre portatif, semblable à celui qui, estant en prison, regarde par les barreaux, aspirant à la liberté. N'espérez pas d'en sortir par la porte : vous en sortirez par la ruine de la prison, par la destruccion de ce corps, comme quand la prison se fond et le prisonnier se sauve par les ruines. Celui qui aura plus fait la guerre à soi-mesme aura plus de paix avec Dieu; celui qui ne sera point pardonné. Dieu lui pardonnera ; celui qui aura mesprisé , voire hay sa vie , celui-là la sauvera. (F. XXIX, XXX.) 40 9. Le passage par les afflictions ressemble au passage de la mer Rouge, car les meschans y sont accablés : ce sont avancou- reurs de la damnation, mais les fidèles et le peuple de Dieu y trouvent un passage à l'héritage promis. (F. xlv.) 10. Justement sont mis les avaricieux au ranc des meurtriers, car, comme il y a deux moiens d'esteindre une lampe, ou en la Digitized by VjOOQ IC 96 PIERRE DE L'ESTOILE Dec. 1609 soufflant, ou en n*y versant point d'huile : ainsi, ravaricieux, s'il n'esteint point la vie du pauvre en la tuant, pour le moins il la laisse défaillir et sécher, à faute d'y verser quelque libéralité. (F. ui.) i 11. Certainement c'est un bon conseiller que la parole de Dieu, qui nous conseille sans flatterie, qui nous reigle sans ambiguiié, et le prophète Isaïe, au IX" chapitre, appelle Jésus Christ le Conseiller, non seulement parce qu'il nous a mani- festé le conseil de Dieu en l'Evangile, mais parce qu'il nous 10 doit conseiller en nos doutes et nous résoudre en nos délibéra- tions. (F. LIX.) 12. Les pleurs retenus cuisent au double, et, estant versés inutilement, deschargent les douleurs et donnent air à la playe; mais, respandus devant Dieu, qui est obligé, par promesse, voire par serment, de ne nous abandonner point, apportent une grande consolation, devant Dieu, dy-je, qui interne nos requestes, voire qui les prévient, jusques là que David dit, au Psau- me xxxii% que Dieu lui a pardonné son pecché, non seulement après sa demande, mais si tost qu'il a eu volonté de le deman- 2oder. (F. lx.) i3. Comme le Soleil tire les vapeurs de la terre, non pour soy, mais pour les rendre à la terre en pluyes qui l'engraissent; ainsi Dieu, vray Soleil de nos âmes, tire de nous des souspirs et prières, non pour son proufît, mais pour les faire repleuvoir sur nous en bénédictions. (F. lxi.) 14. Les battu res de Dieu sont plus salutaires que les flatteries du monde. En nos plaies domestiques, gardons-nous de ressem- bler aux blessés, tombés en phrénésie, qui deschirent l'appareil. (F. LXI.) 3o 1 3. C'est un mal commun, que nous sommes exercés à parler avec les autres, mais bien peu avec nous-mesmes, et moins encores avec Dieu. Si quelques heures de solitude nous des- robbent aux hommes, elles ne nous donnent point pourtant à Dieu. Si nous entrons seuls en nostre cabinet, nous n'entrons pas pourtant en nous-mesmes, pour nous examiner, sonder nos playes, taster le poulx de nos consciences, ou pour parler avec Dieu. Et, toutesfois, nul le verra là hault, qui ne l'a songneuse- ment recherché ici-bas, et ne s'est songneusement entretenu avec lui par prières, par méditations, par l'ouie et lecture de sa 40 parole. (F. lxv.) 16. Un ruisseau courant ne présente point les images : un esprit, qui est toujours en action et toujours embrouillé d'affaires, à peine se peult-il former à l'image de Dieu. Et incon- tinent après : Si nous sommes enfans de Dieu, le service de Dieu nous est une affaire domestique. (F. lxvi.) Digitized by VjOOQ IC Dec. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 97 17. Le chemin est partout ouvert à la prière, et Tamour de Dieu est ingénieux à suggérer des pensées qui, comme estin- celles de piété, se lancent et eslèvent vers Dieu. 18. A ceux qui font profession de porter Tespée et d'entendre le point d'honneur, si on dit la moindre parole de travers, c'est pour se couper la gorge. Ainsi, ils confessent que leur vie ne vaut guères, pour qu'ils la hazardent pour si peu et la mettent à risque tous les jours. Mais, si Dieu est outragé et sa vérité calom- niée, si on blasphème le nom de Dieu devant leurs yeux, ils demeu- lorent immobiles et mesmes y participent. Nous sommes ladres es choses spirituelles, mais fort sensibles es charnelles. (F. LXVII, LXX.) 19. Nous protestons tous d'aimer Dieu, mais nous aimons mieux l'acroissement de nostre argent que l'avancement de sa cause. Nous protestons de le craindre, mais nous necraingnons pas de faire devant lui des choses que nous craindrions faire devant les hommes. — Nous protestons d'aimer Jésus Christ et abandonnons ses membres, qui sont les pauvres; nous despen- dons plus en un quart d'heure au jeu qu'en un an en aumon- 30 nés. La superfluité de nos habits vestiroit un grand nombre de pauvres. Tout se donne au plaisir, et rien à la piété ; tout à nostre convoitise, et rien à l'amour de Dieu. — Nous aimons Dieu en gros, et le hayssons en détail. — Nous parlons du Ciel, mais aians le cœur en terre. — Nostre amour est une espèce de mes- pris et à deux doigts de la haine. (F. lxxii, lxxiii.) 20. Voulez-vousaimer Dieu comme il fault ? Aimez-le comme un homme extrêmement avare aime son argent. L'avarice oste le repos et trouble le sommeil. Son argent est sa première pensée à son resveil. Qu'aussi l'amour de Dieu interrompe vostre 3o sommeil, entretienne vos pensées, de nuict; que ce soit la pre- mière pensée à vostre resveil, pour méditer ses grâces passées, pour disposer vostre vie future, pour pleurer vostre pecché, au chant du coq. L'avarice enferme le cœur de l'avaricieux en ses «offres ovi est son trésor: aussi, que l'amour de Dieu attacche vostre cœur au Ciel, afin que là où est vostre trésor, là aussi soit vostre cœur. L'avarice arrache à l'avaricieux le pain de la main, et le fait passer à peu. Ainsi, il faut que l'amour de Dieu nous soit un maistre d'abstinence, pour matter ce corps, pour se passer à peu, pour se priver, quand il le faut, des commodités ^ temporelles pour son service. L'avaricieux entreprend, pour le gain, de longs volages, s'eslongnant de sa femme et de ses enfans : ainsi faut-il que l'amour de Dieu nous prépare à sous- tenir des bannissemens, à quitter femme et enfans, pour suivre Dieu. (F. lxxvi, lxxvii.) 21. La vieillesse est le marc et la lie de la vie. Mais, en P. DE l'Estoili. — X. 7 Digitized by VjOOQIC 98 PIERRE DE L'ESTOILE Dec. 1609 rhomme fidèle, elle le renouvelle, comme à Taigle. Alors il sent les mouvemens plus vifis et plus certains de la vie future. Alors il a le prix quasi sous sa main, estant près du bout de sa car- rière. Quand les rivières sont près de leur fin et approchent de la mer, le flux de la mer leur vient au devant et les rencontre en chemin. Ainsi, quand le cours de la vie du fidèle approche de son but, alors Dieu lui vient au devant, et, devant là mort, lui donne des gousts et sentimens de la vie future. C*est lors qu'il faut estre saintement avaricieux, mesnager des jours, faire 10 un fons de foy, envoier devant soi ses bonnes œuvres, se feire des amis qui nous reçoivent es tabernacles éternels. Et peu après : Les vertus sont si foibles en nous, que, pour s'eslever, elles empruntent l'aide des vices ; elles passent aux Philistins, pour esguiser leur Cousteau. D'autant que nous ne pouvons comprendre combien nous devons à Dieu, que par la considé- ration de ce que nous donnons à nos convoitises, car tout cela lui est dérobbé. (F. lxxviii.) 22. La corruption de Phomme est telle, que les bons exemples n'ont point tant de force à nous dresser au bien, que les mauvais 20 à nous induire au mal. 23. L'enfant de Dieu regarde la terre comme un lieu de malé- diction, y vit comme passant et voiageur, comme un François qui traverseroit la Perse ou Tartarie, retournant en son pays. (F. LXXXIV.) 24. Celui qui accuse l'Ecriture sainte d'obscurité, l'accuse aussi de mensonge, car elle dit de soi-mesme qu'elle illumine les yeux, qu'elle donne sapience aux petits et aux simples, qu'elle est une lampe à nos pieds et une lumière à nos sentiers. Si elle est obscure, c'est, dit l'Apostre, à ceux auxquels le Dieu 3o de ce siècle a avveuglé les entendemens. (F. c.) 35. Depuis qu'un homme commence à prendre goust à la lecture de l'Escriture sainte, les autres estudes demeurent fades. Vous ne verrez plus sur le tapis des livres d'amourettes ; les romans ridicules et les contes d'Amadis fuient devant TEscriture sainte plus que les diables devant l'eau beniste. (F. CI.) 26. L'amour de Dieu s'engravc en nos cœurs, de la main de Dieu, et se forme sur le modèle de l'amour qu'il nous a porté en son Fils, selon qu'il dit au XV» livre de S. Jean : « Comme 40 mon Père m'a aimé, aussi vous ay-je aimés. Demeurez en mon amour. » (F. en.) — Qui est la dernière parole et conclusion de ce livret. Ce mesme jour, dernier du mois et de l'année, j'ay Digitized by VjOOQIC Dec. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX 99 acheté la Response de Coiflfeteau à l'Apologie du Roy d'Angleterre, imprimée nouvellement à Paris in-8*^, par François Hubi; sage response et modeste, qui m'a cousté, reliée en parchemin, 20 sols. Il y en a deux autres, boufonnes, sur les rancs, que je n'ay encores veues, et me doute de leur estre, combien que les cerveaux de la saison soient capables de porter tels fruits. L'une est intitulée : Quœris quare? Cur? L'autre s'apelle : Boutade de M* Guillaume. 10 Le mesme Jour, un Discours nouveau, qu'on venoit de tirer de dessous la presse de M. Nicolas Coquerel, pour l'Edit des Monnoies, intitulé : Véritable Rapport des Conférences tenues à Paris. Discours fat et coquelineux. Ce mesme jour, dernier du mois et de Tannée, j'ay acheté un Contrepoison et préservatif d'un Jésuiste , nommé Baile, contre les erreurs des Prétendus Ré' formés, qu'on crioit par ces rues ; et m'a cousté trois sols. La lumière de vérité est presque toute esteinte au- ao jourd'hui par les brouées de sophisterie et de mensonge. C'est pourquoi, en matière d'opinions, je suivray tous- jours, non les plus attraiantes et plus pausibles, mais les plus vraies. Sur la fin de ceste année, Testât de Fleuri, Doien de la Cour^ vendu cinquante mil francs. Vingt-trois mil escus lui furent trouvés, avec quelques sacqs qu'on avoit remplis de sable et gravier, dont sa gouvernante fust en peine et mise en justice. Néantmoins, ce bon homme, avec toutes ses grandes commodités, se plaignoit toujours, 3oplus actif à la besongne et à en pourchasser et amasser^ en Taage de quatre-vingts ans, que n'eust fait un jeune homme qui n'eust rien eu en Taage de trente. De fait, le jour de devant qu'il se mist au lit, duquel il ne releva Digitized by VjOOQ IC 100 PIERRE DE L'ESTOILE Dec. 1609 point, il alla trouver M. le Premier Président, se plain- gnant à lui du peu de besongne qu'il avoit et qu'il ne gangnoit plus rien ; et le supplia bien humblement, quand il se présenteroit quelque procès, ou autre affaire qui fust bonne, d'avoir souvenance de lui et l'en vouloir honorer et charger. Ce que ledit Premier Président lui refusa tout net, et, avec une gravité et sérieuse remon- strance, le renvoia assez rudement, après lui avoir fait honte et reproche de son avarice sur la fin de son aage 10 et disposition caduque, qui l'avertissoit assez de ne plus penser à la terre, mais au Ciel. Lesquelles paroles on disoit avoir tellement touché le cœur de ce bon homme (bien qu'il n'eust ni femme ni enfans), que ce dernier, mou- rant en lui, lui avoit avancé ses jours, qui estoient jà sur le bord. Imperfection et vice très grand (qui porte son supplice en soi-mesmes et duquel toutesfois nous voions beaucoup de gens tachés en ce misérable siècle), que nous devons désirer estre couvert, comme tant d'autres pec- chés, de la grâce et miséricorde de Dieu. 20 Pendant ces Advents, le Père Gontier, Jésuiste, à S.-Gervais, et le Père Basile, Capussin, à S.-Jacques-de- la-Boucherie, font journellement des déclamations cati- linaires contre ceux de Charanton ; et la pluspart de leurs sermons ne sont qu'invectives et philippiques sanglantes contre ceux de la Religion Prêt. Réf., contre leurs Édits, contre l'Estat et la personne du Roy mesme. Le Père Basile, taxant le voïage de Sa Majesté en Picardie, dit qu'on avoit veu anciennement des empereurs et de nos rois mesmes (dont il en nomma quelques uns) qui s'es- 3o toient masqués et desguisés, mais non comme ceux d'au- jourd'hui pour aller voir leurs maistresses, desbaucher les femmes de leurs subjects, et commettre des paillar- dises et adultères; ains à toute autre intention, sçavoir Digitized by VjOOQ IC Dec. 1609 MEMOIRES-JOURNAUX loi pour apprendre du petit peuple et du commun ce qu'on disoit d'eux et de leurs Estats, pour y donner ordre, s'amander et les réformer. Le Père Gontier, en la présence du Roy, qui assista en personne à ses sermons, le vendredi, jour de Noël, le samedi et le dimanche, qui furent de continuelles dé- clamations contre les Huguenos; lesquels il appela plu- sieurs fois vermines et canailles, jusques à dire que les Catholiques ne les dévoient souffrir parmi eux. Estant lotumbé sur le propos du dernier et nouvel article de leur Confession, par lequel ils déclarent et protestent de tenir le Pape pour l'Antéchrist, s'cstant retourné vers Sa Majesté, avec une apostrophe vraiement pathétique et jésuistique, prononça ces paroles : « S'il est ainsi. Sire, « comme ils veulent faire croire, que le Pape soit l' An- ce techrist, que sera-ce de vostre mariage. Sire? Où en «est la dispense? Que deviendra M. le Dauphin? » Auxquelles paroles bien que le Roy, au dire d'un chacun, n'eust point pris de plaisir, et que justement il s'eust peu 30 tenir offensé de la trop grande liberté et hardiesse à parler de cest homme, mesmes en présence de Sa Majesté, si le dissimula-il, et passant comme par-dessus, en parla moins qu'homme de sa Cour. Ce qui rendist tout le monde estonné et donna subject à beaucoup de légers et vains discours, principalement à ceux qui n'ont pas le jugement de connoistre que les desseins et intentions des rois et des princes sont cachés aux plus grands et accorts : tant s'en fault que la cervelle d'un commun et d'un peuple y puisse pénétrer. 3o A M. de Sully, qui dit au Roy que ledit Gontier pres- choit séditieusement : « Je ne trouve point estrange (lui « répliqua Sa Majesté) que vous en jugiez et parliez de « ceste façon ; seulement je m'estonne comme vous n'en Digitized by VjOOQIC 102 PIERRE DE L'ESTOILE Dec. 1609 « remarquez point autant en ceux de Charanton, que « vous allez ouïr tous les jours, qui font pis que lui, et i( preschent encores plus séditîeusement qu'il ne fait. » Les lettres que M. de Sully escrivist, en ce temps, à M. le Prince de Condé (desquelles les copies ont couru tout [Paris) furent rejettées et refusées par Son Excel- lence ; laquelle fist response à ceux qui les lui présentè- rent, qu'il ne vouloit rien voir ni recevoir venant de sa part ; dit que la qualité de M. de Sully n'estoit pas pour 10 beaucoup le fascher ni contenter; escrivist au Roy, qu'à grand regret il estoit sorti de la Cour, pour sauver sa vie et son honneur, et non en intention de lui estre ja- mais autre que son très-humble parent, fidèle subject et serviteur. Supplioit Sa Majesté prendre ceste asseurance de lui, qu'en quelque part qu'il fust, il ne feroit jamais rien contre son service, si on ne l'y forçoit; mais aussi le prioit ne trouver mauvais s'il refusoit à voir et rece- voir, de qui que ce fust, les lettres qu'on lui escriroit de sa Cour, horsmis celles de Sa Majesté, desquelles, quand ao il lui plairoit l'honorer, il les recevroit tousjours avec telle soubmission et révérence, qu'il feroit congnoistre à Sa Majesté qu'il n'avoit rien tant à cœur que d'en exé- cuter, à son possible, les commandemens et ordon- nances. La teneur de ceste lestre a esté extraite de l'original, qu'une dame avoit entre ses mains. Ung petit Carme, qui preschoit les Advents à S.-Ber- thélemi (et qu'on disoit estre un peu bouffon), aiant com- paré les tétins de la Roine Marguerite aux mamelles de 3o la vierge Marie, encores que ceste comparaison fust un peu bien bouffonne et extravagante, si lui valut-elle cin- quante bonnes pistoles, que ce petit bezacier, par ceste bouffonnerie, tira de la bourse de Sa Majesté. Digitized by VjOOQ IC Dec. 1609 MÉMOIRES-JOURNAUX io3 Geste année 1609, critique de mon aage, soixante- trois ans, a esté en beaucoup de sortes malencontreuse pour moy et pour les miens, aflBiigé en icelle de diverses maladies de corps et d'esprit, fortuné en mes biens de pertes nouvelles et extraordinaires, travaillé d'affaires et de procès, rejette de mes proches, mesprisé et inquiété de tous, jusques à des faquins, valets et chambrières. Et qu'y a-t-il, je vous prie, au monde, de plus misérable qu'une vieillesse infirme et nécessiteuse? J'en suis,toutes- 10 fois, à la veille de l'espreuve, si, toi, mon Dieu, qui ne m'as jamais délaissé, et qui, d'une main, m'aiant souvent abbattu, m'as soustenu puissamment de l'autre, n'en destournes le coup par ta bonté. Que si, me fiant de mon bien, qui est en espérance de recepte, je n'eusse donné ordre d'avoir, au défaut de la venue d'icelui, tousjours quelque somme d'argent en mon coffre, ou autres bonnes besongnes , pour en faire à la nécessité, je croy que je fusse mort et eusse laissé une famille misérable , veu la peine où je me suis veu et me voi encore tous les jours, ao par le mauvais succès de mes affaires et malaise très grand de mon mesnage, à raison des charges qu'il m'y faut soustenir. Mais j'en ay eu tousjours réserve assez notable, selon ma condition (et plus qu'on n'a pensé), n'aiant parlé de mon argent qu'en mensonge, je le con- fesse; voire que j'ay de tout temps dispensé ma con- science, et croy qu'en cestui-ci je la pourrois bienencores dispenser, de ne tesmoingner jamais sincèrement de ce que j'auray. Ce que le sieur de Montaigne, en ses Essais, apelle une ridicule et honteuse prudence : laquelle, 3o toutesfois, pour mon regard, m'a bien servi en ceste grande siccité de dévotion et charité, que j'ay rencontrée partout, non par ma pourvoïance (dont j'ay tousjours esté assez mal gamy), mais de celle de Dieu et de sa Digitized by VjOOQIC 104 PIERRE DE L'ESTOILE Dec. 1609 bonté, qui d'un mal tire souvent un bien, comme il a fait de ma sotte et vaine curiosité, en Texcès toutesfois de la- quelle je recongnoisTavoir bien offensé. Je m'en confesse, et lui en demande pardon ; et, me retournant vers lui de tout mon cœur, pour en amander à l'avenir le défaut, je dis avec ce bon Père S. Augustin (liv. iv de sesConfess., chap. XI ) : tton, entrant en quelque con- testation, lui demanda la raison de ce refus : « Ce n'est « à vous, lui respondit M. de Sully, à qui je la veux ni « dois rendre; c'est au Roy auquel Je la rendrai, lui En faingnant d*aimer cest Estât, Ils esmeuvent la populace. Pour fracasser tout, d'un esclat! , 11/ Digitized by VjOOQ IC iiS PIERRE DE L'ESTOILE Janv. 1610 L'un, prenant un subtil prétexte, Contre les subjects trop soubmis Publie en chaire un manifeste, Pour instruire les ennemis. L'autre veult que sain on l'enterre : C'est le fait d'un sorcier meschant. Et tous deux le sang et la guerre Et le massacre vont preschant. Dedans la ville capitale, ^^ L'un crie le trouble et le fer, Et d'une manie brutale Mect les vrais François en enfer. L'autre, qui fait tant le preudhomme, Le joly, le petit finet, Escrit tous les secrets, à Romme, Du plus caché du Cabinet. Qui considère les bravades De ces grands charlatans sans foy. S'imagine les Barricades 20 Qu'on fit contre le defPunct Roy. O Dieu ! garde-nous de ruine, Sauve le Roy, pour luy, pour nous ! Et ces factieux extermine, De peur qu'ils nous perdent trestous ! Vostre esprit par sus tous excelle ; Vostre conseil. Sire, est prudent. Mais, en cette affaire nouvelle. Consultez avec vostre dent. Avec le peu qui vous en reste, 3o J'entens avec ceste moictié. Elle vous dira leur prétexte Et l'ardeur de leur amitié. A ces Advens, par leur prattique, Ils gangnèrent tous les Curés. Pour troubler la chose publique, Trois d'entre eux furent inspirés. Digitized by VjOOQIC Janv. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 119 Gens de bien, aimans la patrie Et détestans la faction, Ils descouvrirent la furie Des flambeaux de sédition. Envoiez ces mutins en Grève, Sans autre forme de procès ! Ne craingnez pas que Ton s'eslève : Dans Paris on les hait assez ! Sire, vous leur laissez tout dire : 10 Ils parfairont leur bastiment. Ce n'est pas chose pour en rire : Tesmoin vostre grand Parlement. Ils sont meschans outre mesure Et des turbulens fort chéris. . Si ne les chassez de bonne heure, Ils vous chasseront de Paris. G. Jesuista Est Seculi Ultimi Impostor Tuba Antichristi. J E S U I TA 20 Ce jour fust mis en terre, à Paris, Abel Langelier, imprimeur, duquel la boutique, au Palais, est assez congneue et remarquée. Il est mort en la fleur de son aage, et sa femme fort aagée, qu'il s'estoit promis de voir aller devant, est demeurée encore après et se porte bien. On disoit qu'une carnosité Tavoit fait mourir. Le jeudi 27% Janon m'a donné, de son impression, l' Anti-Guillaume^ petite bagatelle, mais fade, faite par Pelletier, pour response à un meschant petit libelle et 3o fon injurieux, publié contre l'Apologie du Roy d'An- gleterre, intitulé : Boutade de M^ Guillaume^ duquel on faisoit ledit Pelletier aucteur. Digitized by VjOOQIC 120 PIERRE DE L'ESTOILE Janv. 1610 Je pensois que ce fust une chimère que ceste bouffon- nerie, et doutois de son estre, pource qu^elle ne se voioit point, jusques à ce que la Response m'a fait croire le con- traire, et aussi que Janon m'a asseuré qu'elle avoit esté imprimée en ceste ville, mais qu'elle ne se débitoit qu'aux Jésuistes, de la boutique desquels elle estoit sortie, et à leurs amis et confidens; voire qu'un gentilhomme, pour en recevoir une, affin de l'envoier en Angleterre, lui avoit mis dans la main une pistoUe. 10 M. C... m'a donné, ce mesme jour, des vers latins contre le P. Cotton et un révolté, nommé Badouère, son faciendaire et espion des Jésuistes, homme (au dire d'un chacun) meschant tout oultre, mais de grande menée, esprit et sçavoir. Il y en a quarante-neuf, imprimés en une petite feuille, qu'on trouve très bien faits. Et commencent : Porro, propage Franca frons omnis périt De rébus, ex quo fibulatus hic Coto, Fatalis eheu ! Galliae nostrae Sinon, 30 Obtinuit ut mandata ferret regia Ad nobile illud Tuistonum par Principum Badoerus iste, cui super jam nil erat Infâme prseter nomen et animam impiam, Tali patrono dignus in primis cliens. Et ecce, nunc, etc. On m'a fait voir, ledit jour, une lettre, escrite soubs le nom d'un président de Nantes, nommé Enguerrande, à Monseigneur le prince de Condé, parée d'un beau lan- gage, ornée des louanges et vertus du Roy, enrichie de 3o celles de M. de Sully; brief, une vraie lettre du temps, courtizanne et flatteuse, qui peult avoir son passeport partout, hormis à Bruxelles, et à l'endroit de M. le Prince, qu'elle ne flatte guères. Contient de quatre à Digitized by VjOOQ IC Janv. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 121 cinq feuillets d'escriture à la main , et commence : ce Monseigneur, si un berger a premier descouvert To- « racle de Delphes, vous ne trouverez estrange qu'ung t simple subject du Roy, eslongné de la Cour et peu « versé aux affaires d*Estat, etc. » Le vendredi 22% j'ay acheté, deux sols, ung nouveau Tombeau de Madame de Saint-Luc, fait par Cheva- lier ; où il y a une espitre, adressée à M. de Bassompierre, qui mérite d'estre recueillie. 10 Le samedi 23% M. de Bossé m'a preste un sien re- gistre à la main , relié en parchemin , long et estroit , comme sont ces papiers d'apothiquaires ou ceux des femmes pour la despense de leur maison ; dans lequel il y a plusieurs graves discours, mesmes de théologiques (dont j'en ay la pluspart et les meilleurs); force receptes esprouvées ou improuvées, dont j'en ay aussi beaucoup ; et tout plain de droUeries et rencontres plaisantes. Des- quelles, par plaisir, j'ay extrait les suivantes, pour ad- jouster à une milliasse d'autres que j'ay. 20 propos serieux sur le fait du mariage (mariage malrage) Quelcun qui Voioit, dans un temple, un jeune homme qu'on fiançoit à une jeune fille, dist Du retour des Pères Jésuistes, on n'en a parlé encores ici un seul petit mot. Peut-estre qu'ils y pen- sent, et, comme gens de grande espérance, ils la tiennent 3opour eflfect; mais je croy que c'est tout ce qu'ils en au- ront. » Le samedi i3®, M. D. P. m'a preste la Censure, faite par le Pape à Romme, le 1 4* du mois de novembre der- Digitized by VjOOQIC !44 PIERRE DE L'ESTOILE Fév. 1610 nier, des livres suivans, imprimée en une feuille et inti- tulée : Editto del Maestro del Sac. Pala\io, etc. Dont, avant que lui rendre, en ay fait l'extrait suivant : De potestate Papae, an et quatenus in Reges et Principes se- culares jus et imperium habeat, Guilelmi Barclaï J. G. liber posthumus. Anno 1609. Tortura Torti, sive ad Matthaei Torti librum Responsio, qui nuper éditus contra Apologiam [Sereniss. Potentiss. Principis Jacobi, Dei gratia Magnae Britanniae, Francise et Hybernise régis, 10 pro juramento fidelitatis^ Londini excudebat Robertus Barche- rus, 1609. Jacobi August. Thuani Historiae. Barlaami monachi, de principatu Papae, Joanne Luydo inter- prète. Vindiciœ contra tyrannos, sive de principis in populum popu- lique in principem légitima potestate, Stephano Junio Bruto Celso auctore. Edimburgi, anno 1579. De principum (quibus electio Imperatoris in Germania com- mendata est) origine, seu institutione, liber unus Simonis Schar- aodii. Argentorati, impensis Lazari Zetzneri, bibliopolas, 1608. Oratio M. Antonii Arnaldi, advocati in Parlamento Pari- siensi, etc., habita 4® et 3® idus julias, prohibetur cum annexis opusculis, videlicet Arrestum contra Jo. Castellum scholasii- cum, et Jo. Passeratii praefatiuncula in disputatione de ridi- culis, cum sequentibus carminibus. Lugduni Batavorum, ex officina Ludovici Elzevirii, anno i595. Praeter hos supra notatos, qui omnes prohibiti sunt, liber inscriptus : Joannis Marianae, e Societate Jesu, tractatus septem (Colonial Agrippinae, impressus sumptibus Antonii Hierati, 3o anno 1609) suspensus est. Supradictum edictum affixum et publicatum fuit ad valvas Principis Apostolorum de Urbe et in aliis locis solitis et con- suetis Urbis, hac die XIV novembr. A. D. 1609, perme Domi- nicum de Rubeis, S. D. N. Papae curs. A Christ, fund. Mag. curs. Fr. Lud. y Stella, Magister Sacri Palat. Apostol. — Pro D. Paulo Spada, not., Stephanus Spada, subst. On m'a donné, ce jour, le Ballet de M. de Vert'- dosme, nouvelle fadèze imprimée, qui grossira mes pac- quets de la sotterie de ce temps. 40 Utig grand bigot, nommé La Fontaine, marchant, que je connois dès longtemps, m'apporta, ce jour, de Digitized by VjOOQ IC Fév. 1610 MEMOIRES-JOURNAUX 14S Romme, d'où il venoit, quelques singularités, que je ne voulus prendre sans argent (et je n'en avois point), mais bien quelques denrées légères de Pardons et In- dulgences qui ne me coustoient rien, lesquelles j'ay insé- rées au pacquet de mes fadèzes superstitieuses de ce temps. Le reste de sa marchandise n'estoit que menue farfadelle pour les bigots et bigottes. Le dimanche 14* de ce mois, à deux heures après mi- nuict, fust marié, dans Téglise S.-André-des-Ars, le 10 conseiller Guillon, nostre voisin, avec Madamoiselle de Lespine, qu'on disoit estre une belle fille (et puis c'estoit tout). Il passa outre à ce mariage contre la dernière et expresse volonté de son père, contre la teneur de son testament (que lui-mesmes toutesfois avoit signé et ratifié), portant exhérédation, au cas qu'il vinst à Tes- pouser, et contre le conseil et advis de tous ses princi- paux amis et parens (sinon, possible, de quelques-uns qui désiroient l'avoir pour compagnon de semblable faute où ils estoient tumbés). 20 Une dame de nostre quartier, des plus accortes et ad- visées, mais un peu mesdisante, dit que ledit Guillon méritoit d'estre nommé le parfait et fidèle amant, voire qu'il devoit estre mis aux Chroniques, pource qu'il ne s'en trouveront, possible, encore un dans Paris, qui est bien grand, ni ailleurs, qui, comme lui, voulust bazarder son bien pour espouser une fille qui n'avoit pas grand chose. Le Palais, d'autre costé, où il est fort congneu, jus- ques aux marchans et merciers (qui apellent les pièces 3o rongnées, qui n'ont point de lettres, des guillons)^ ba- billant de ce mariage, disoient que c'estoit le vray tour d'un guillon d'espouser une espine avec ung procès. Quant au cas de conscience, qu'on allègue là dessus, p. DB l'Estoilk. — X. 10 Digitized by VjOOQIC 146 PIERRE DE L'ESTOILE Fév. 1610 je n'y en trouve point un plus grand que le mespris et transgression du commandement du père mesmes à la mort, que tout enfant bien né et craingnant Dieu doit avoir pour cher et observer religieusement. Des autres, je les renvoyé aux pères confesseurs, dévots et dévotes de ce temps, qui, en guise d'estriers, les alongent et rétré- cissent pour s'en servir comme bon leur semble. lime souvient d'avoir leu, dans Plutarque, qu'entre les Grœqs, le fils qui se marioit sans le congé du père 10 estoit publiquement fouetté. Les Lacédémoniens ne les fouettoient pas, mais les pri voient de Théritage paternel. Les Thébains avoient une ordonnance, qu'outre la pri- vation de l'héritage, ils demeuroient maudits de leurs pères; et anciennement les enfans estimoient plus la bé- nédiction de leurs pères que tout le reste des héritages. Mais nous ne sommes plus en ce temps-là. On fait au- jourd'hui bien plus de cas de l'un que de l'autre. Le jeudi 18*^, pour me sauver des instantes poursuittes, chiquaneries et importunités de mes créanciers, et aussi 20 que le sieur de Maudetour m'a failli de promesse des six-vingts dix escus qu'il me devoit bailler (à quoi, à la vérité, je ne m'estois jamais beaucoup attendu, pour l'avoir recongneu homme sans parole et sans foy), je fus contraint de m' aider d'une constitution de rente de cin- quante livres, que me devoit le procureur Maurice, que j'ay transportée, ce jour, à M. Duranti, mon gendre, qui m'en a baillé l'argent, déduitte préalablement la somme de cent cinquante-neuf livres douze sols que je lui devois il y a long-temps, par promesse signée de ma main, qu'il 3o m'a rendue; lequel argent je n'avois encores envie de lui rendre, pour la peine où je m'en trouve. Mais, voiant que ce qu'il en faisoit estoit en partie pour cela , bien qu'il dist que ce fust pour m'accommoder, ou plustost luî- Digitized by VjOOQ IC Fév. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 147 mesmes, J'ay passé outre, et suis demeuré, moiennant bon paiement, quitte envers lui de tout. Ainsi chacun pourvoit à ses affaires, horsmis moy, qui fais mal les miennes. Ce jour, est mort à Paris un advocat en la Cour, nommé Chauvet, homme docte, et des plus habiles du Palais, de sa profession, au reste fort riche, mais extrê- mement avare, pour n'avoir femme ni enfans. Lequel vice lui a bien cher cousté, puisqu'il lui a cousté la vie, 10 qu'il a perdue, au dire d'un chacun, par sa vile mesqui- nerie et infâme avarice : s'estant, pendant ces froidures, laissé tellement gangner au froid, faute de bois et de feu, qu'une pluerésie, l'aiant saisi, l'a envoie, en cinq jours, en l'autre monde. Il a fait M. Le Voix, Conseiller en la Grand Chambre, exécuteur de son testament, par lequel, entre autres choses, il a donné dix mil escus pour la fondation d'un collège à Loudun, d'où il est, et pour cinq mil escus de legs qu'il a faits, tant pitoiables qu'autres ; laissant, outre 20 cela, encores plus de cinquante mil escus à deux de ses frères, ses héritiers. La supputation faite de son bien monte à trois cens dix mil livres. On lui a trouvé cent bouettes de cotignac, vingt caisses de raisins de toutes sortes •, douze douzaines de chemises toutes neuves et fort belles, qu'il n'avoit jamais mises; grande quantité de sarge de Florence, et autres bons meubles de toutes sortes; quatre mil escus d'argent comptant, qu'il faisoit proufiter à la Juivfve, dont beaucoup de gens peuvent parler, et dont le fruict qu'il en a remporté a esté, par 3o un juste jugement de Dieu, un vif et poingnant regret à la mort, qui lui ostoit ce qu'il ne pou voit emporter; aiant esté vérifié en lui le dire du Sage : Mors, quant amara! etc. Digitized by VjOOQIC 148 PIERRE DE L'ESTOILE Fév. 1610 On crioit, ce jour, une fadèze nouvelle, toute propre pour les jours gras, bastie et rhythmée de mesmes, inti- tulée : la Bourgeoise desbauchée. Qui y voudra ajouster la Damoyselle, le pourra faire seurement et (comme je croy) sans recherche. J'ay donné, de ceste baguenaude, ung sol. Le vendredi 19*, j'ay acheté un livre nouveau, fait par le ministre Du Moulin contre celui de Coeffeteau, sur le subject de leurs disputes touchant le saint sacre- 10 ment de TEucharistie. Il est intitulé : Anatomie du livre de Coeffeteau^ par Du Moulin. Là dedans il lui donne des pinssades assez aigres et plaisantes ; reproche audit Coeffeteau ses calomnies et injures, encores que, de ce costé-là, ils n'ayent rien à se reprocher Tun à l'autre. Le reste n'est que redittes et cris de ville gangnée. Il est imprimé in-8°, et m'a cousté, relié en parchemin, quinze sols. Lequel j'ay mis au pacquet des traités, pu- bliés sur ce subject, par ledit Coeffeteau et Du Moulin, numéro 5i. 20 Le samedi 20* , la Blanque , restablie à Paris, est plantée et remise solennellement au bout du Pont-Neuf, vis à vis du lieu où elle estoit l'an passé : qui n'est qu'un nouvel accroist de ruine et de desbauche au peuple, assez ruiné et desbauche sans cela. Laquelle Sa Majesté, toutesfois, passant pardessus toutes les remon- strances qu'on lui en a sceu faire, a voulu avoir lieu ; meu, possible, de quelques bonnes considérations parti- culières, non communicables au commun. On a remarqué que le premier bénéfice qui y a esté 3o tiré est venu à celuy mesmes qui l'avoit eu Tan passé et en avoit remporté le premier bénéfice. Le lundi 22«, qui estoit le Lundi Gras, pour me li- bérer de la poursuitte que me faisoit un petit gribouri Digitized by VjOOQ IC Fév. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 149 de savetier, pour et au nom de Marie Chevalier, sa mère, jadis ma chambrière de cuisine, et pour ses gages, je lui fis bailler, par M. Duranti, mon gendre (et de son conseil), quatre-vingts dix livres deux sols huit deniers, sur et en déduction de la somme de neuf-vingts sept livres dix sols : à quoi ma femme avoit compté avec elle, pour toutes restes de ce qu'elle lui pouvoit devoir de ses gages, tout le temps que ladite Marie Tavoit servie; et, pour le reste, qui monte à quatre-vingts dix-sept livres 10 sept sols et quatre deniers, ledit sieur savetier m'a promis d'attendre jusques la S.-Jean prochaine : dont il [m'en a baillé une promesse, de ce jour, signée de sa main. Et, pour ainsi, un de mes procès mort, contre deux no- tables personnes et de qualité. On m'a donné, ce jour, ung petit bagage nouveau, im- primé et intitulé : « Discours contre les citations du graeq et latin es plaidoiries de nostre temps, par Alexandre- Paul de Filère, Thoulouzain. » F. Huby, qui Ta imprimé, in- 16°, me Ta donné. 30 Le jour de Quaresmeprenant de ceste année fust fort froid, car il geloit bien serré, et fist geler quant et soi toutes les resjouissances, folies, mommons et masques de Quaresmeprenant : si qu'on disoit, qu'on n'avoit jamais veu à Paris, en ung tel jour, le peuple si sage et retiré qu'il estoit. Ce jour, M. le B. D. m'a donné ung petit livret nou- veau d'Angleterre, duquel le titre suivant qu'il porte est aussi sot que tout le reste : « Les Trophées du Roy Jac- ques I*% de la Grande-Bretagne et Irlande, Défenseur 3ode la Foy, dressés sur l'inscription seulement de son Advertissement à tous les Roys, Princes et Potentats de la Chrestienté -, confirmés par les merveilleuses actions de Dieu en sa vie ; voués, dédiés et consacrés au très- Digitized by VjOOQ IC i5o PIERRE DE L'ESTOILE Fév. 1610 illustre Prince de Galles. A Eleuthères, année embo- lismale pour la Papauté, 1609. » Qui n'a toutesfois esté veu à Paris, que jusques à cest an 16 10, en febvrier. Il appelle ce livre : Jacob triumphant; lequel ressemble proprement aux cigalles : car il est maigre et crie fort hault. Il égalle la piété, bonté et simplicité de ce bon Roy Jacques à celle du bon patriarche Jacob, duquel, par allégories (mais tirées un peu de biais et de loing), il veut rendre les prophéties aussi certaines et authen- 10 tiques que celles de Tautre; le mect aussi hault avec lui en la gloire de Dieu, comme le Pape avec Lucifer au plus bas des Enfers; trouve çnPa VLo. F, VICe Deo.^ le nombre de la Beste, qui est six cens soixante six; dit que c'est un nombre d'homme, et celui de IAKÛBOS, d'un roy, qui contient un:{e cent trois (feuill. 25). Et au feuillet 23, il dit que Papa (le nom de son ad- versaire) est un hiérogliphe de souilleure, de malheur et de vengeance divine, et qu'en Papa il n'y a que P. A., doublés en deux syllabes, à la manière que les Pytha- 2ogoriciens signifioient le Diable. Aussi est-il dit que la Beste parlera comme le Dragon, et que l'Antéchrist viendra en l'efficace de Satan. Au contraire (dit-il), selon la nature des nombres, le septénaire, de quoi est Jacobus, est le premier nombre sacré par le Créateur, et est pris pour signe de son divin repos. — Et mille autres fari- boles et observations curieuses et ineptes, ressentantes la corruption et passion du siècle. Ce jour mesme, passant par la rue S. -Jacques, m'es- tant arresté à la boutique du sire Ruel, imprimeur, je 3o rencontrai, comme je m'arrestois à y fureter des livres, un vieil bouquain ou roman théologique, en vers, inti- tulé : Le mistère et miracle de monseigneur sainct Jac- ques en la ville de Compostelle en Galice^ contenant Digitized by VjOOQ IC Fév. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX i5i comment un homme et sa femme, avec leur fils, allant en voiage à S.-Jacques, estant arrivés en un logis en Espa- gne où ils estoient logés, la servante dudit logis devinst amoureuse du fils, et voiant que ledit fils ne vouloit consentir à sa volonté, lui mist dans sa malette une tasse d'argent : dont il fust condamné d'estre pendu. Mais, par le vouloir de Dieu et de S. Jacques, le garda de mort, et le coq et la poulie qui rotissoient chantèrent miraculeusement. 10 De ce premier échantillon faisant jugement du reste de la pièce, j'en donnai deux sols, pensant qu^elle me fe- roit plus rire que tous les Quaresmeprenans de ce jour, comme il avinst, et après Tavoir leue, Tajoustai au pac- quet de mes Fadèzes et Bigoteries du siècle, cotté S. Le mécredi 24*, jour des Cendres, mourust à Paris Madamoiselle Du RoUet, qu'on apeloit Madamoiselle Chevalier, du nom du président Chevalier, qui Pentre- tenoit. Ceste jeune fille, assez belle, avoit esté desbau- chée dès long-temps par lui, et estoit damoiselle de la 20 Videville sa femme, qu'il avoit logée en une maison de la paroisse S.-André, où il Tentretenoit publiquement et pompeusement, avec les enfans qu'il en avoit, au veu et sceu de tout le monde, mais non sans grand scandale. Estant morte en la fleur de son aage (et assez mal, ainsi qu'on disoit, sans avoir peu recevoir les sacremens), le curé de S.-André ne voulust permettre qu'elle fust en- terrée dans réglise, disant que c'estoit une peccheresse publique, mais bien dans le cimetière, comme estant catholique. Finalement elle fust enterrée dans le cime- 3otière S.-Innocent. La nuict du jeudi 25® de ce mois, mourust, à Paris, en la rue Pavée, au logis de M. de Mesmes, M. Canaye, sieur de Fresne, Conseiller d'Estat de Sa Majesté, na- Digitized by VjOOQIC i5o PIERRE DE L'ESTOILE Fév. 1610 illustre Prince de Galles. A Eleuthères, année embo- lismale pour la Papauté, 1609. » Qui n'a toutesfois esté veu à Paris, que jusques à cest an 16 10, en febvrier. Il appelle ce livre : Jacob triumphant; lequel ressemble proprement aux cigalles : car il est maigre et crie fort hault. Il égalle la piété, bonté et simplicité de ce bon Roy Jacques à celle du bon patriarche Jacob, duquel, par allégories (mais tirées un peu de biais et de loing), il veut rendre les prophéties aussi certaines et authen- 10 tiques que celles de Tautre; le mect aussi hault avec lui en la gloire de Dieu, comme le Pape avec Lucifer au plus bas des Enfers; trouve enPa VLo. F, VICe Deo.^ le nombre de la Beste, qui est six cens soixante six; dit que c'est un nombre d'homme, et celui de IAKÛBOE, d'un roy, qui contient un:{e cent trois (feuill. 25). Et au feuillet 23, il dit que Papa (le nom de son ad- versaire) est un hiérogliphe de souilleure, de malheur et de vengeance divine, et qu'en Papa il n'y a que P. A., doublés en deux syllabes, à la manière que les Pytha- 2ogoriciens signifioient le Diable. Aussi est-il dit que la Beste parlera comme le Dragon, et que l'Antéchrist viendra en l'efficace de Satan. Au contraire (dit-il), selon la nature des nombres, le septénaire, de quoi est Jacobus, est le premier nombre sacré par le Créateur, et est pris pour signe de son divin repos. — Et mille autres fari- boles et observations curieuses et ineptes, ressentantes la corruption et passion du siècle. Ce jour mesme, passant par la rue S.-Jacques, m'es- tant arresté à la boutique du sire Ruel, imprimeur, je 3o rencontrai, comme je m'arrestois à y fureter des livres, un vieil bouquain ou roman théologique, en vers, inti- tulé : Le mistere et miracle de monseigneur sainct Jac- ques en la ville de Compostelle en Galice^ contenant Digitized by VjOOQIC Fév. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX i5i comment un homme et sa femme, avec leur fils, allant en voiage à S. -Jacques, estant arrivés en un logis en Espa- gne où ils estoient logés, la servante dudit logis devinst amoureuse du fils, et voiant que ledit fils ne vouloît consentir à sa volonté, lui mist dans sa malette une tasse d'argent : dont il fust condamné d'estre pendu. Mais, par le vouloir de Dieu et de S. Jacques, le garda de mort, et le coq et la poulie qui rotissoient chantèrent miraculeusement. 10 De ce premier échantillon faisant jugement du reste de la pièce, j'en donnai deux sols, pensant qu'elle me fe- roit plus rire que tous les Quaresmeprenans de ce jour, comme il avinst, et après l'avoir leue, l'ajoustai au pac- quet de mes Fadèzes et Bigoteries du siècle, cotté S. Le mécredi 24*, jour des Cendres, mourust à Paris Madamoiselle Du RoUet, qu'on apeloit Madamoiselle Chevalier, du nom du président Chevalier, qui l'entre- tenoit. Ceste jeune fille, assez belle, avoit esté desbau- chée dès long-temps par lui, et estoit damoiselle de la 20 Videville sa femme, qu'il avoit logée en une maison de la paroisse S.-André, où il l'entretenoit publiquement et pompeusement, avec les enfans qu'il en avoit, au veu et sceu de tout le monde, mais non sans grand scandale. Estant morte en la fleur de son aage (et assez mal, ainsi qu'on disoit, sans avoir peu recevoir les sacremens), le curé de S.-André ne voulust permettre qu'elle fust en- terrée dans l'église, disant que c'estoit une peccheresse publique, mais bien dans le cimetière, comme estant catholique. Finalement elle fust enterrée dans le cime- 3otière S.-Innocent. La nuict du jeudi 25® de ce mois, mourust, à Paris, en la rue Pavée, au logis de M. de Mesmes, M. Canaye, sieur de Fresne, Conseiller d' Estât de Sa Majesté, na- Digitized by VjOOQIC i52 PIERRE DE L'ESTOILE Fév. lôio guères son Ambassadeur à Venise; grand personnage, ung des plus beaux et déliés esprits de ce siècle, et des plus doctes. On disoit que Tavancement qu'il s'estoit promis par le changement de sa Religion Tavoit trompé; et que le Roy, lui aiant failli de promesse et garant de ce costé-là, avoit ruiné toutes ses affaires, ses desseins et sa maison. Ce qu'il avoit pris si fort à cœur, qu'il en estoit mort d'ennui. C'est ung bon maistre que Dieu, grand et puissant censeur et visiteur de nos faits, de nos 10 dits et de nos cœurs, et auquel il vault mieux avoir fiance qu'aux princes et grands terriens. Nostre ambi- tion doit estre d'estre bien avec lui, tant que nous som- mes sur ceste terre, asseurés que nous y serons encores mieux, quand nous serons là-haut au Ciel. Faute de ceste foy et considération, la pluspart de nos courtizans et mondains ambitieux d'aujourd'hui délaissent Dieu, et Dieu les délaisse. Il avoit une si grande appréhension de mourir, que son apotiquaire, au défaut des autres, s'estant chargé de 20 lui dire, telle peur et tremblement lui en prist, qu'on fut long-temps sans le pouvoir remettre. Le vendredi 26*, Toussaints Du Bray m'a donné, de son impression, ung Discours nouveau des marques de V Église^ fait par M. TArchevesque de Bourges; duquel je ne dirai autre chose, sinon qu'une bonne archevesché, comme la sienne, est aujourd'hui une des meilleures marques et plus essentielles de l'Église. La nuict de ce jour, est mort, en sa maison du Clois- tre Nostre-Dame, à Paris, M. le président Rancher, 3o aagé de cinquante sept ans sept jours, après avoir esté taillé (dont il n'avoit point envie), la fièvre, avec le flux du ventre, l'aiant saisi le cinquiesme jour, et la gan- grène s'estant mise en sa playe. Digitized by VjOOQIC Fév. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX i53 C'est un sage mondain, homme du temps, fort accort et advisé, et tout propre pour un Palais comme le nostre. Le dimanche, dernier du mois, est mort à Paris J. Guillemot, imprimeur, et libraire du Palais, le plus effronté menteur et trompeur du mestier, et le plus grand arabe et corsaire, en matière de livres, qui fust au Palais ni ailleurs. Ce jour, M. le Dauphin joua son Balet à TArsenal. Quelques jours auparavant, comme on Vy recordoit, 10 M. de Sully, monstrant M. Duret, va dire : « C'a esté a M. le Président que voilà qui a fait le Balèt. » A quoi ung plaisant, nommé Guérin (qu'on apelle communé- ment le Fol de la Roine Marguerite), va répliquer tout promptement : Il disoit pour couverture, qu'encores que le président Brisson fust contraire à la Ligue, que néantmoins la forme dont avoient usé les Seize estoit tellement de conséquence, que si elle n'eust esté réprimée elle perdoit tout, et en eussent abusé. 3o « 22. Après l'exécution des Seize, le duc de Guise, qui peu auparavant leur avoit envoie le S^ de Lange leur porter de sa part toute créance de faveur, assistance et ayde, se moqua d'eux et se rengea sous les aisles du duc Digitized by VjOOQ IC Mars 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 179 de Maienne, son oncle : dont on disoit que a le milan avoit attrappé la perdrix », pource qu'on s'asseuroit que le duc de Guise se ruineroit pour son oncle, qui n'avoit autre appréhension d'obstacle que son neveu, par la ré- putation de son nom. «23. Les Ligueurs affectionnés estoient les oisons du duc de Maienne, qui les menoit paistre au champ de misère, et les repaissoit d'herbes amères. « 24. Si la mort du président Brisson eust esté avouée 10 ou passée sous silence par le duc de Maienne, sans doute le Roy n'eust plus eu d'agens dans Paris pour lui : ils eussent tous perdu courage. Mais, quand on vid que ceste mort lui servist de prétexte pour se vanger des Seize, Ton jugea que, de la ruine des Seize, la Cour de Parlement se restabliroit en son auctorité première. €25. M. le Procureur Général excita un murmure contre son curé qui preschoit; et n*eust esté qu'il fust retenu par Monsieur son beau-père et autres, il eust fait un scandale publiq, comme fist le conseiller Damours, 20 qui démentist le curé Boucher, en plaine église, estant vestu de son surpelis. (c 26. Daubray, en l'Assemblée de Ville, sur la propo- sition du Prévost des Marchans de donner ordre au bruit de paix, qui se semoit à Paris, et des intelligences avec le Roy de Navarre, se leva et dit que c'estoient faux bruits, et que c'estoient les âmes damnées de ces quatre pendus des Seize qui semoient tels bruits par la ville ; et se mist en colère contre le chanoine Sanguin, jusques à en venir aux démentis. Sur quoi Rose, évesque de Senlis, aiant 3o remonstré à Daubray qu'il ne falloituser de mesdisance, ains au contraire se réconcilier avec ses citoiens, le S*^ Daubray lui dit : « Mes que j'aye veu les curés, les « prédicateurs et les Seize faire amande honorable en Digitized by VjOOQIC j8o pierre de L'ESTOILE Mars 1610 « chemise, la torche au poing, des révoltes et mutineries « qu'ils ont commises contre les rois, j'aviserai ce que « j'aurai à faire. » <( 27. La Rue, agent dudit Daubray, a voulu tuer Se- nault en plain corps de garde, aiant dit que Sanguin avoit abrégé ses jours, d'avoir desmenti son colonnel; que la poire estoit meure, qu'elle seroit bientost cueillie, et que les Seize ne faisoient que traisner leur lien. «28. Au parti du Roy, Ton a tenu une maxime très 10 bonne, d'aimer et favoriser ses amis et confédérés, et hayr les ennemis et fauteurs du parti contraire. Tout au rebours, le duc de Maienne a persécuté ses amis et con- fédérés et plus affectionnés à la Ligue, favorizé les con- traires : pensant par ce moien s'entretenir en son parti particulier, et gangner ses contraires par douceur et bienveuillance, et les Ligueurs par rigueur et travail, n'en faisant non plus d'estat que de valets. Extrait (Vun plaisant discours d'un Sei^e catéchisé par les Politiques (1 593). 20 « 29. La première maison où je fus mené, ce fust celle du colonnel Daubray, où il y avoit grande compagnie, et de toutes sortes de personnes que l'on catéchisoit contre les prédicateurs, les Espagnols et les Seize. A mon entrée, je fus receu, avec accolades, par le S*" Daubray, qui, après beaucoup de belles offres de son crédit, me mist de la classe de l'advocat Du Rousseau, et me bailla entre ses mains pour m'instruire et catéchiser, pendant que le S*" Daubray alloit et venoit pour recevoir les survenans. Cest advocat Du Rousseau me receu t gracieusement, et, 3o me prenant par la main-, me fist seoir près de lui. A voir sa contenance paternelle, son visage riant et son beau Digitized by VjOOQ IC Mars 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 181 parler, Je pensois que ce fust quelque nouveau Caton, mais enfin je congneus que c'estoit un Catilina du pays du Maine. D'arrivée, il va entrer en protestation qu'il estoit Catholique ; qu'il avoit veillé pour le parti jour et nuict : excepté la nuict de Toussaints 1 589, qu'il fust contraint de garder le lit pour un frisson qui le prîst ; qu'il avoit enduré la faim, la soif et toutes sortes de mi- sères, lui qui avoit vescu auparavant la Ligue fort hon- norablement ; qu'il avoit emploie une grande partie de 10 ses biens au parti, et délibéroit d'y emploier le reste, voire sa propre vie; et qu'il faloit que les gens d'honneur, comme moy (en me flattant), se recongneussent et join- gnissent ensemblement, pour estre les plus forts, et ré- sister à une je ne sçai quelle manière de gens qui se disoient les zélés, et que l'on appeloit les Seize : gens de néant, personnes abjectes et de basse condition, qui néantmoins vouloient tout entreprendre et manier les affaires ; qui avoient commencé une révolte qui saingne- roit à jamais; qui continuoient tousjours leurs révoltes 20 et entreprises, faisoient des violences et injustices, ren- versoient tout ordre, ne faisoient que brouiller les affai- res, et estoient cause de toutes les misères que souffroit la France des guerres civiles. Tellement que, pour avoir un repos et remettre la France en son ancienne liberté, il faloit exterminer telle manière de gens, comme cause de nos malheurs. Que M. de Maienne y avoit bien com- mencé, en aiant fait pendre quatre, banni plusieurs, et desauctoré aucuns ; et qu'il faloit lui aider pour extermi- ner le reste. Qu'en les exterminant, nous chasserions les 3o Espagnols ennemis de la France, qui n'estoient souste- nus que des Seize; et que, cela faict, le Pape recevroit librement le Roy de Navarre à la Couronne ; qu'il se disposoit à estre Catholique et le seroitbientost (à ce que Digitized by VjOOQ IC i82 PIERRE DE L'ESTOILE Mars 1610 cest advocat me disoit), et que le Pape absoudroit volon- tiers le Roy de Navarre de son excommunication. Mais qu'il estoit empeschéet destourné de ce faire par les agens du Roy d'Espagne, soustenus des prédicateurs et des Seize : lesquels estans exterminés, sans doute les Espa- gnols sortiroient de la France, et, par ce moien, serions tous en paix, jouirions de nos rentes et héritages, et les marchans traflBqueroient ; nous irions proumener aux champs, etc. Voilà la première instruccion qui me fust ïo donnée, de laquelle je fus quelque peu esmeu, n'aiant connoissance de la caballe de ces Maheustres et Politi- ques, mesmement de cest avocat Du Rousseau, homme subtil, dissimulé, grand menteur, rempli de vanité et de vengeance, grand faciendaire des Politiques, et fidèle serviteur du Roy de Navarre. « 3o. La deuxième instruccion me fust baillée en la mesme maison du sieur Daubray, mais en collèges de plusieurs, où Ton me fist entrer par la certification dudit sieur Du Rousseau, qui m'avoit catéchisé; et là estans, 20 jevis^Langlois, eschevin; ung nommé Le Jay, qui a esté aussi eschevin ; Monanteuil, médecin ; Desprez et Bos- san, advocats-, de Lassus, et autres dont il ne me sou- vient. Là, fust parlé assez confusément des affaires, et en parlèrent peu en ma présence. Ce ne furent que mes- disances contre les Seize, y meslant les prédicateurs et curés, qu'ils apeloient personnes transportées de pas- sion, qui ne preschoient que le sang et ne méritoient d'estre ouïs. Qu'il les faloit laisser là pour un temps, afin que par tel mespris ils se rebutassent de parler delà 3o guerre; et s'ils persistoient , qu'il y faloit emploier la force, principalement contre Ceuilli, Boucher et Aubry, desquels ils mesdisoient à toute outrance, jusques à dire qu'ils n'iroient plus à leurs messes ni à leurs prédica- Digitized by VjOOQIC Mars 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX i83 tions (encores qu'ils fussent leurs paroissiens), et m'exhortèrent moi-mesmes de n'aller plus à leurs pré- dications. « 3 1 . La troisiesme instruccion me fust donnée au lo- gis de Tabbé Ste-Geneviève, où y avoit grande compa- gnie, entre autres le sieur de Roissi et le poète Passe- rat, Daubray, Langlois, eschevin; Le Jay, Du Rous- seau, Després, eschevin ; Baussan, les deux Chauvelins, Poussepin, secrétaire, et le sieur de La Mothe, gentil- 10 homme de M. de Ne vers. En ceste assemblée fust parlé tout à rouvert de la paix avec le Roy de Navarre, disans que les guerres seroient perpétuelles à faire comme on faisoit ; que tout estoit ruiné ; qu'il valoit mieux, pour avoir la paix et soulager le pauvre peuple, se jetter entre les bras du Roy, prince rempli de clémence et bonté, et lequel sans doute les recevroit humainement, les conser- vant en l'exercice de leur Religion Cathol., Apostol. et Rom.; qu'il estoit le vray héritier de ceste Couronne; avec ce, que jamais la race des Princes de Bourbon ne ao laisseroit Paris en paix, si la Maison de Lorraine ou autre estranger venoit à ceste Couronne. Qu'il n'y avoit autre moien de repos et salut pour eux, qu'en le recon- noissant ; et que si on ne le faisoit de gré à gré, qu'il em- porteroit Paris de force : tellement qu'il valoit mieux traicter avec lui en temps opportun, que d'attendre sa miséricorde, la corde au col; qu'il ne faloit plus s'atten- dre au secours du Pape, ni £^ux armes des Lorrains, ni aux doublons d'Espagne, pource que tout cela n'estoit que chimaere; et que, pour parvenir à la reconnoissance 3o du Roy, il faloit faire tout ce qu'on pourroit, et se résou- dre de s'opposer fermement et ruiner tous ceux qui la voudroient contredire. « Après ceste proposition, on mist en avant les moiens Digitized by VjOOQIC i84 PIERRE DE L'ESTOILE Mars 1610 et ordre pour y parvenir; et fust Icu un mémoire de l'ordre qu'il faloit tenir, pour s'assembler, et prendre le signal du mot du guet, avec les endroits où on se devoit adresser. Quatre maisons de colonnels furent arrestées, où à certains jours et certaines heures on s'assembleroit pour conférer, sçavoir : la maison Daubray, pour le quartier de la Cité; celle de Passart, pour celui du Lou- vre ; de Marchant, pour le quartier de Grève ; et de Vil- bichot, pour celui des Halles. Là dévoient estre données 10 les instruccions contre les prédicateurs et les Seize; quel langage il faloit tenir contre eux et les Espagnols; le moien de leur résister et empescher leurs desseins. Entre autres choses, il me souvient que, comme les prédica- teurs et les Seize crioient contre les trevfves et confé- rences qui se faisoient avec le Roy de Navarre et ses agens, et les intelligences et prattiques que les Politiques faisoient dans la ville; Daubray (qui estoit la maison de celui où je m'adressois) me donna advis que, pour rom- pre ces cris et plaintes des prédicateurs, et les menées, 20 violances et résistances des Seize, il faloit semer des bruits, qu'il me diroit, par la ville, et de sa part, iroit aux Halles avec La Rue, son enseingne, me priant d'accompagner un nommé Rabusseau, mercier du Palais, demeurant près le parvis de N.- Dame; et qu'ensemblement nous nous trouvassions au Marché-Neuf, sur les dix heures du ma- tin; et là, faisans semblant de marchander quelque viande ou quelque fruict, semer des bruits contre les prédicateurs, les Espagnols et les Seize : disans et crians que les prédicateurs empeschoient la paix, et qu'ils es- 3o toient cause que le pauvre peuple mouroit de faim, et que si on ne faisoit la paix, qu'on alloit estre assiégé de rechef pour manger des rats et des souris, comme aupa- ravant, pour l'opiniastreté des prédicateurs, qui man- Digitized by VjOOQ IC Mars 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 18b geoient les bons morceaux, estoient à leur aise et rece- voient force doublons d'Espagne; que les Seize estoient des voleurs et larrons, qui avoient leurs maisons plaines de vin et de bled, faisans bonne chère aux despens du peuple. Quant aux Espagnols, qu'ils ne tendoient qu'à piller la ville de Paris, comme ils avoient fait celle d'An- vers. Brief, qu'il faloit emploier toutes sortes de men- songes et mesdisances pour éluder les artifices des des- seins des prédicateurs, des Espagnols et des Seize. 10 « Sur lesquels advis du S"" Daubray, estant allé trou- ver Rabusseau en son logis, et lui aiant exposé la charge que j'avois, après m'avoir ouï, prist avec soi trois com- pagnons qu'il mena au Marché-Neuf, où il fit beau bruit et remplit de ces bruits tout le marché et autres places de la ville. Si que par ces artifices tout le peuple maudis- soit les prédicateurs, les Espagnols et les Seize, comme meschantes gens, et cause de la guerre, de la famine et cherté des vivres. « 32. Après ces braves exploits, le colonnel Daubray 20 me mena disner au logis de TAbbé Sainte-Geneviève, où assistoient le S"" de Vigenère, son camerade associé ; le poète Passerat, Baudouin le musnier, le grand Guil- laume, cuisinier; tous gens disposts à bien boire et man- ger, comme à la vérité nous fusmes bien traictés ; car M. l'Abbé avoit deux tables. Tune pour les Politiques et l'autre pour les Ligueurs, que quelques fois il prioit, pour sçavoir des nouvelles et voir leur contenance ; et quand il les traictoit, leur donnoit de la vache au lieu de bœuf, et de la brebis au lieu de mouton, avec du vin es- 3o vanté et du pain bis ; et se moquoit d'eux, en leur faisant des plaintes de sa pauvreté, entre autres à nostre M* Boucher, le docteur, qu'il traictoit de ceste façon. Mais, quand les compagnons Politiques y alloient, l'on Digitized by VjOOQIC i86 PIERRE DE L'ESTOILE Mars 1610 faisoit grande chère, force cocqs d'Inde, chappons, per- drix, bécasses (mortes et vives), avec toutes sortes de pâtisseries, et surtout de bon vin délicat et friand ; et se traictoient en princes. Et il y a voit tel excès, que les bou- tons du nez de Passerat s'enfloient comme grenades ; celui de Baudoin suoit de chaleur, et en tumboient des mites ; le ventre du grand Guillaume s'enfloit à la Suisse; la langue de Rabusseau cuida sortir hors de son clavier, tant son langage redoubloit : tellement que ces vénéra- 10 blés personnages me cuidèrent noier de boire, et tout du long du disner ne firent que parler des Seize. Passe- rat les tranchoit à coups de bec ; Baudouin les escachoit sous sa meule de moulin ; le grand Guillaume les fen- doit, comme il fait un coq d'Inde; M. l'Abbé les asso- moit à coups de crosse. Cestoit pitié de ces pauvres Seize, comme ils estoient charpantés à la table de Monsieur TAbbé. A chaque verre de vin, un Seize mort; et y eust pour le moins cent cinquante verres de vin avalés, et tout d'une main cent cinquante Seize abbatus en pein- 10 ture, mais le vin avaliê par efifect. Bref, nous beusmes tous et avec tel excès, que je m'en retournai sans aucune instruccion : sinon que M. l'Abbé me dit qu'une autre fois nous beurions d'autant, et que je serois le bien venu. Sur cest adieu, je m'en revins avec Rabusseau, que je laissay sous le Petit Chastelet, parce qu'il vouloit passer outre, disant qu'on avoit muré le pas- sage, tant il avoit la veue trouble ; et ne f ust en ma puis- sance pouvoir le faire passer outre , s'opiniastrant contre moy, disant que, depuis six heures qu'il avoit 30 passé sous l'arche du Petit Chastelet, Ton avoit muré ceste arche, et que l'on n'y pouvoit passer : telle- ment que je fus contraint le laisser philosopher sous ceste arche, tastant des mains contre la muraille cos- Digitized by VjOOQ IC Mars 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 187 tière, estimant tousjours que le passage fust estouppé. (c 33. Messieurs de la Cour de Parlement condam- nèrent à mourir, bien qu'ils n'eussent preuves suffisan- tes, Michelet, Du Guay, Du Jardin et autres, qu'ils fi- rent pendre et estrangier injustement, pour faire despit aux prédicateurs et Espagnols qu'ils soutenoienf, et ce, à la suscitation principalement du conseiller Damours et du secrétaire Poussepin, ne visans à autre chose qu'à exécu- ter tousjours quelque vengeance contre les prédicateurs et 10 les Seize, à, quelque prix que ce fust, supposans, pour les exterminer, faux tesmoings de tous costéset fausses accu- sations, afin de mieux donner pied et entrée à l'introduc- tion du Roy de Navarre à la Couronne. « Au moien de quoy, connoissant les meschants des- seins et actions desbordées de ces gens-là, je m'en retirai ( dont je loue et louerai Dieu toute ma vie) : d'autant que quiconque est des leurs, il est troublé incessamment et tousjours en action de mal Taire, envieux, vindicatif, furieux, qui ne veut entendre raison et y contredit 20 sciemment; brief, qui pecchc contre le S.-Esprit : tes- moing l'instruccion que les vieux Politiques donnent aux jeunes qui entrent en leur compagnie, laquelle consiste en trois maximes générales : la première, préférer l'Estat à la Religion ; la deuxième, chercher ses commodités, auxdespens d autrui ; et la troisième, se joindre avec les Hérétiques pour persécuter les Catholiques. » J'ay pris plaisir d'extraire ces fadèzes et bouffonnes mesdisances des Seize (dans lesquelles on peult recueillir quelques vérités cachées de ce temps) du Registre de 3oM. J. R., auquel je l'ay rendu, le jeudi 25 de ce mois. J'en ai tiré tout plain d'autres, de mesme farine, pour m'en servir à mes Mémoires, que je n'ay voulu escrire ici. Digitized by VjOOQIC i88 PIERRE DE L'ESTOILE Mars 1610 Le mécredi 24* de ce mois, M. Justel m'a donné VÉpigrammefait sur la mort de nostre M^ Cayet, le- quel on faisoit courir le bruit qu'on le vouloir déterrer et jetter le corps à la voirie, pour lui avoir esté trouvé des images de cire, avec plusieurs autres pièces et instru- mens de magie et diablerie, mesmes une paction qu'il avoit faite avec le Diable. Le prédicateur de S.-André le dit, hier, à un de mes fils. EPITAPHIUM VICTORIS CAIETANI, THEOLOGI 10 ET PROFESSORIS REGH Quod tua quœsivit loties industria solers, Quaesitum toties nec reperire fuit, Id jam, Victor, habes, non te vis vivida flammae Virgineum Vestœ non penetrale fugit. Quoque modo tenui de semine puliulet aurum Alternentque novas juncta metalla vices, Haec jam corporea nosti compage solutus, Pervia sunt oculis haec modo cuncta luis. Sed neque Pylhagorae fallunl te arcana renati *^ Gui fémur auralum versicolorque fuit. Pcrvigiles quod non flammœ vigilesque lucernae Te docuere, Dei visio sola docet. Ce jour, furent exécutés, au bout du pont S. -Michel, à Paris, trois voleurs : l'ung mis sur la roue, et les deux autres pendus, avec deux de leurs receleuses, qui eurent le fouet au pied de la potence. Ce jour mesme, est mort, à Paris, un Correcteur des Comptes, nommé Nicolas. Le vendredi 26®, est mort, à Paris, le receveur Bri- 3o gueran, mien ami, cinq jours après avoir esté taillé par Collo, qui m'a monstre cejourd'hui les deux pierres qu'il avoit à la vessie , et qu'il lui avoit tirées : vraie- ment esmerveillables, pour la prodigieuse forme et gros- seur dont elles sont, principalement une qui pèse vingt Digitized by VjOOQ IC Mars 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 189 onces, etPautre huit; et ne pense point qu'il y ait homme qui vive qui en ait jamais veu une pareille ni si grosse. De moy, si je ne l'eusse veue et maniée, je ne Teusse ja- mais creu; et ne pense point que, dans aucteur aucun, se lise rien approchant de cela. M. CoUo nous a bien dit que, dans M« Ambroise Paré, au livre de ses Observa- tions, il en fait mention d'une, que feu CoUo, son oncle, avoit tirée du corps d'un gentilhomme qu'il avoit taillé, laquelle pesoit neuf onces, qu'il avoit mesme fait pour- 10 traire en son livre : ce qui Ta réputée rare, et toutesfois n'estoit rien auprès de celle-cy. Aussi le Roy la voulut voir et avoir. Sa Majesté Taiant admirée. Et nous a dit ledit Collo, que son médecin, duquel il lavenoitde retirer, lui avoit rendue, à la charge de la rapporter, pource que le Roy la vouloit mettre en son cabinet. Le deffunt estoit aagé d'environ quarante où quarante cinq ans au plus, homme fort, dispost et robuste et bien composé, regretté de tous les gens d'honneur, qui l'ont cogneu, et de moy particulièrement, qui ne me puis 20 saouler d'admirer en ceste œuvre la grandeur de Dieu, lequel je prie me faire la grâce de ne plus admirer au- cune chose doresnavant en soi-mesmes, mais toutes en lui et lui en toutes. Le samedi 27®, j'ay envoie à M. de Helin, mon mé- decin, pour la peine qu'il avoit eue de me panser malade, l'an passé, avec quelques uns des miens, cinq aulnes de tafetaspour une soustane, lesquelles il n'a jamais voulu prendre. Dont j'ay esté marri, pource que son honnes- teté me mect en peine de lui avoir autre chose, si d'a- 3o vanture il ne les veult reprendre, estant délibéré de lui renvoier. Je l'avois acheté, ce matin, sur Frizon, qui me Ta vendu cent dix sols l'aune ; et il y en a pour vingt- Digitized by VjOOQIC 190 PIERRE DE L'ESTOILE Mars 1610 sept livres dix sois, que j'ay déboursés, non sans incom- modité. Le dimanche 28% nous avons eu ici les nouvelles du déceds, à Moulins, de Madame Qaude de Bénévent, niaipce de ma femme, à laquelle on croid que les sottes dévotions du siècle, avec les jeusnes et austérités de la religion des Sœurs Carméiines, où elle s'estoit allée rendre, et avec lesquelles (vraies oyes pattées) elle a de- meuré dix mois enfermée, ont bien aidé à avancer les 10 jours. Elle est morte, à Taage de vingt trois ans, fille bonne, sage et cordiale, regrettée de tous les siens, et de tous ceux et celles qui l'ont congneue; mais principalement d'une des miennes, sa grande cousine, laquelle, frappée d'une mesmé humeur de dévotion (ou plustost supersti- tion : de quoi j'ay porté et porte encores en Tame plus d'ennui beaucoup que je n'en monstre), aiant esté in- struicte tout au contraire (ce que n'avoit pas esté sa cousine), se lairroit volontiers mourir après, tant elle 20 est sote. De moy, je tiens la superstition pour une religion impie et une impiété religieuse. C'est pourquoi, la haîant aux autres, je ne la puis aimer en mes enfans, et en crains fort la tache, en ce temps plus hipocrite que religieux. Ce jour mesme, on me dit la nouvelle de la mort de M. Le Clerc, S''du Tremblay, décédé, le jour de devant, en ceste ville; de la maladie duquel je n'avois seulement ouï parier, car je l'avois veu encores le mardi au Palais, 3oOÙ nous avions longtemps discouru, ris et devisé en- semble, estant homme de bonne compagnie, que j'aimois fort, comme aussi il faisoit moy. Il estoit des vieux garsons de Paris, honneste homme. Digitized by VjOOQ IC Mars fôio MÉMOIRES-JOURNAUX 191 aagé de plus de quarante ans, riche et qui a laissé ses biens (comme c'est Pordinaire) à ceux qui en avoient assez et trop, sans les siens. On disoit qu'il estoit mort d'une apostume qu'il avoit dans le corps au costé, la- quelle se tenoit ouverte par le moien d'une canule d'ar- gent, purgeant et jetant tousjours de la boue. Ce béné- fice (bien qu'accompagné d'une grande subjection, comme sont ordinairement ceux de nostre pauvre na- ture humaine), venant à deflfaillir, lui avoit causé ceste 10 mort soudaine et inopinée, à laquelle il ne pensoit point, bien que les médecins, et entre autres feu M. Martin, qui l'avoit pansé de ce mal, l'eussent adverti de pour- veoir de bonne heure, et tout aussitost qu'il verroit que ladite apostume ne purgeroit plus guères et se voudroit resserrer. Ce qu'on disoit qu'il avoit négligé. Le lundi 29% aiant renvoie à M. de Hélin, pour la deuxième fois, mon Tafetas, ne l'a voulu prendre. Le mardi 3o% j'ay acheté, deux sols, une nouvelle baga- telle qu'on crioit devant le Palais,intitulée : Le Sommaire 20 des secrets de r Apocalypse^ par le sieur de Perrières Varin, lequel n'en descouvre guères et est aussi peu subtil en ses explications, que profond en ses spécula- tions. Ce mois de mars fust mortel, à Paris, à beaucoup de personnes, mesmes de qualité, desquels j'ay escrit les principaux de ma connoissance sur ce papier, en aiant toutesfois oublié un, dont il me vient de souvenir, sça- voir le bon homme Melian, trésorier en la Généralité de Bourges, aagé de soixante et quinze ans, regretté de 3o beaucoup de gens qu'il avoit obligés, estant, au dire d'un chacun, homme de bien et de plaisir. Sa femme estoit aweugle. Bruits de la guerre, à Paris, qu'on va faire en AUe- Digitized by VjOOQIC 192 PIERRE DE L'ESTOILE Mars 1610 magne, en Italie et partout. Les préparatifs qu'en fait faire Sa Majesté, voire très-grands, et la croiance qu'il veult qu'on y aye, fait passer ceste nouvelle pour article de foy entre Messieurs les courtizans, et donne un grand poids et auctorité aux autres. Le prince d'Anhalt, protestant, arrive à Paris, le lundi 2(f de ce mois; lequel le Roy acceuille fort humaine- ment et honorablement, et dès le lendemain, le meine à la chasse, où ledit prince, magnifiquement revestu et ha- ro bille d'un accoustrement de veloux vert, fort enrichi de clinquans d'or, accompagne Sa Majesté, qu'on disoit ai- mer ledit prince, pour avoir esté secouru de lui en ses guerres et affaires, lui avoir amené des reistres, et fait de bons services au siège de Rouen. Au reste, prince magnanime, brave, courtois et accort. Le jeu, l'amour et la piaffe (disoit-on, en ce temps) déshonorent et ruinent les meilleures familles de Paris. Ce qui provient du défault de la crainte de Dieu, qui achèvera de ruiner tout. 20 En ce temps, un advocat du Parlement de Paris pré- senta à la Roine un panégyrique qu'il avoit fait de la Vierge Marie, pensant de la bourse de Sa Majesté tirer quelque argent dont il avoit bien affaire. Mais ladite Dame, après avoir loué ce bel œuvre, lui fist donner, pour récompense, de fort beau papier de Florence qu'elle avoit. Cest advocat, se voiânt paie en papier, se retira pardevers le Roy, auquel en aiant présenté ung, après que Sa Majesté lui eust demandé qui il estoit, et aiant entendu qu'il estoit advocat : « Combien de causes (lui 3o « va dire le Roy), avez- vous plaidées ? — Cinq, Sire, res- « pondit-il. — Et combien en avez-vous gaingné ? — Deux « Sire, et trois que j'ai perdues. » Lors Sa Majesté re- gardant Madame de Guise, qui estoit près de lui : « Ma Digitized by VjOOQ IC Mars 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 193 « cousine, dit-il, je vous veux donner cest homme pour « vous en servir en vos affaires et estre vostre advocat. « — Je vous en remercie bien fort, Sire (respondit Ma- cc dame de Guise) ; j'aurois trop peur d'estre mal pour- « veue de l'un et l'autre : car, puisque de cinq causes il c< en perd trois, ce ne seroit pas pour bien faire mes af- speau,évesque d'Aire, le jour S.Pierre, à N.-Dame où le corps du Roy fust apporté, fist son oraison funèbre avec apparat, hoc est beaucoup de monstre et peu de rapport; loua le Roy et les Jésuistes, et prescha el pauco en Espagnol [disoit-Pon], duquel il a le visage, la garbe et la contenance. 10 M. D'Angers, finalement, en ferma le pas à S.-Denis, par celle qu'il y fist dans la grande église, le jour de l'en- terrement [du feu Roy en icelle, le i**" juillet 16 10], où, entre autres choses fort communes et triviales pour louer les Jésuistes, dénigra et blasphéma ceux de la Cour y assistans, à leurs nez. « Geste sainte Compagnie (dit-il, « parlant des Jésuistes) , qui a esté injustement condamnée « et maintenant est calomniée » (qui estoit leur donner droit à la visière). Il y eust prou d'autres Sermons, Panégyrics et Oraisons 20 funèbres qui se firent sur la mort de ce grand Roy (comme aussi c'estoit la monnoie de ce temps-là, plus aisée et courante entre le peuple, pour le paiement de cest assas- sinat). Mais les susescrites sont les principales et de nos principaux docteurs et orateurs: à la pluspart desquels, quand on eust fait faire les mesmes défenses qu'on fust d'avis défaire à ceux qui vouloient pourtraire Alexandre le Grand, on n'eust que bien fait, ce me semble, puisqu'ils n'y entendoient rien, non plus qu'eux. Le mécredi, dernier de ce mois, M. Le Quart, advocat 3o du Grand Conseil, m'a fait voir un livre d'un Jésuiste, que je n'avois encores veu (et si j'en ay vu et lu beaucoup), imprimé à Ingolstad, in-8°, l'an 1609, intitulé: Ad Aphorismos doctrinœ Jesuitarum aliorumque Ponti- Digitized by VjOOQ IC 296 PIERRE DE L'ESTOILE Jnin 1610 ficîorum^ ex dictis, scripiis^ actisque publiais collectos^ Declaratio apologetica Seb. Heissii, a Societate Jesu^ etc. — Duquel livre, avant que le rendre, qui fust dès le lendemain, j'ay extrait le passage suivant, comme servant à la matière d'Estat qui s'agite aujourd'hui sur le meurtre et assassinat des rois tirans, de laquelle ne s'en trouve point aujourd'hui de plus sufl&sans que les Jésuistes pour en bien parler, pource que par un long usage ils se sont acquis la science de la théorique et 10 pratique de ce bel art. Intérim certum manet regiam potestatem etiam Christi regibus, non a Deo immédiate, sed ab ipsisfere subditis, datam esse^ e/, quod inde consequitur, ab eisdem, unanimiter consentientibus^ hanc potestatem régi auferri posse^ si manifeste tyrannus convincatur {ut recte tradit Jo. Mariana, lib. I^., De Rege, cap. VI, p. 59). J'ay eschangé, ce mesme jour, deux de mes livres, que j'avois doubles, sçavoir : V Histoire du nouveau monde^ 2oin-8°, et celle de Serres, in- 16^, à deux livres d'un Jésuiste, nommé Ribadeneira, que je n'a vois point. L'ung est son Prince^ contre Macchiavel, traduit en françoisparlepère Balinghem, Jésuiste, et nouvellement rimpriméà Douay, in-8% en cest an 16 10. Duquel livre] j'ay extrait les passages suivans,) qui servent à monstrer combien ces bonnes gens parlent honorablement de nos rois et princes. Livre premier : Des vertus du prince chrétien^ p. 86 et 87, parlant du Roy Henri III* qui fist mourir^ 3oà Blois, les deux princes lorrains, se persuadant (dit-il) que, par la mort de ces deux frères et valeureux princes, il faciliteroit les difl&cultés de son Roiaume, et qu'il seroit craint et obéi de tous, sans aucune répugnance et contra- Digitized by VjOOQ IC Juin 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 297 diction. Mais, d'autant que la résolution qu'il prist fust ung conseil de machiavéliste et politique, et non con- forme à la loy de Nostre Seingneur, voilà pourquoi, par un juste jugement de Dieu, le mesme Roy Henri fust mis à mort, par la main du pauvre simple et jeune Religieux, d'un coup de Cousteau, qu'il lui tira, le Roy estant en sa propre chambre et entouré de ses serviteurs et gardes de corps, et accompagné d'une puissante armée, au moien de laquelle il pensoit dans peu de jours raser la ville de 10 Paris. Livre II, p. 265. Nous lisons s'estre trouvé prince, qui se vestoit et mangeoit en moine, en certain mo- nastère qu'il avoit lui-mesme basti, chantant au chœur avec les moines et faisant tout le reste des cérimonies religieuses, pour tant plus aisément tromper, destruire et ruiner ses subjects et son Estât: ce qui a esté prattiqué par Jean Basile, Duc de Moscovie, et par Henri 111% Roy de France. Du mesme livre, p. 3i6, Certains aucteurs escrivent ao de Henri 111% Roy de France, qu'en une seule année, qui fust l'an i584, il donna à ses flatteurs et boufiFons six millions d'or, et qu'il n'y eust chose aucune en son Roiaume, ne sacrée, ne prophane, ne séculière, ni ecclé- siastique, quipeust eschapper ses mains, attendu qu^il levoit la gabelle, mesme de la naissance des hommes et de leur sépulture: qui est l'occasion pourquoi il fust tant haï en son Roiaume. Ce que j'ay noté, de l'autre livre de Ribadencira, [qui est un Catalogue latin, imprimé in-8^ à Lyon par Pillc- 3ohote, 1609, contenant] un dénombrement assez curieux des résidences, provinces, gestes, escrits, et nombre de ceux de sa Société. Au bout duquel ont esté ajoustés leurs martirs, où j'en ay trouvé neuf davantage qu'en leur Digitized by VjOOQ IC 298 PIERRE DE L'ESTOILE Juin 1610 Martirologe (que j'ay) , imprimé en une grande feuille in-folio, en taille douce, où il n^ en a que cent deux; et en cestui-ci, en ay trouvé cent onze. Entre leurs gens d'Eglise, y a duo sacerdotes anonymi (qui n'est point en celui de leur feuille). J'en prens l'un pour Guignard, qui fust exécuté à Paris, après la blessure du Roy par Chastel; l'autre est à deviner. Entre leurs laïcs, il y a aussi duo làici anonymi, qui pourroient estre Pierre Barrière et Jean Chastel, leur 10 disciple 'JJ*ay inséré l'un et Tautre livre, en mes pac- quets Jésuistiques, cottes XX. Du mesme jour, ung mien ami, fort honneste homme et mauvais (et mauvais Jésuiste, aussi bien comme moi) m'a donné des vers latins qu'il avoit faits contre les Jé- suistes, et plus plain de zèle que de doctrine. Je les ay empaquettes avec les autres de ce sujet. [I. O dirum scelusl o nostrae dira omina gentis! Gallia quae tantos sub amico sidère quondam Extulit aima Deos, fatalibus impia monstris ao Ubera, in exitium proprium fœcunda, ministrat, Feralesque videt jamjam consurgere cultros. Heu nimium, ô proceres, pietatis imagine capti, Ludimus, et tantas nequicquam admittimus artes, Sentimusque dolos. Num caeco lumine fictos Conspexisse juvat? Socîas Sinonia gentis Hospitia hase référant tam diri conscia casus. Quare, agite, et si quid veri mens auguris optât, Sedibus e patriis fatalem exscindite gentem, Atque solum antiquum répétât, que perfidus Âuster 3o Perflat et arentes depascit gramine campes, Nulla viris pietas Hispana merentibus aéra. II. Dum Navarraeas rex Gallicus obsidet arces, Loyola adverso saucius ense cadit. I. Àdd. Ms, de Troyes : a En celui des laïcs, duo làîci anonymi; je pense que ce pourroit estre Pierre Barrière et Jehan Chastel, leur disciple. » Digitized by VjOOQIC Juin 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 299 Quod memorans, illum gens quas dignata parentem'est, Quœ Christi nomen vindicat ipsa sibi : Sunt, ait, ultrices in regia pectora dextrae, Purgatumque novo crimine crimen erit. Sub duce Gallorum quia gens orbata parente Ipsa suo est princeps sceptra Navarra petens. Qui primus Gallis dabit et sua jura Navarris, Confossus tanto vulnere gentis erit. D. V.] 10 On m'a donné, ce jour, un poème latin très-docte et élégant [auquel ne manque rien], fait par N. Borbonius en détestation de Texécrable assassinat commis en la personne sacrée de Sa Majesté, par le meschant traïstre et parricide Ravaillac, et sont intitulés lesdits vers: Dirœ in parricidam^ qui emportent le prix par- dessus tous les autres de ce temps faits sur la mort du Roy ; si que M. le Cardinal Du Perron (auquel ils sont dédiés, par une petite Episire, au commencement, qui est très bien faite), après les avoir veus, dit que tout le monde 20 avoit perdu à la mort du Roy, fors Borbonius qui avoit gangné de la réputation. Le père Cotton, accompagné de deux des siens, alla trouver M. le Procureur-général, ce jour, pour le sup- plier, au nom de toute leur Société, leur vouloir permettre de faire imprimer une Apologie, pour la défense des ca- lomnies toutes apparantes dont on avoit chargé et char- geoit-on tous les jours leur Compagnie ; avec comman- dement et inhibition expresse à toutes personnes, de quelque qualité qu'elles fussent, de les contredire et 3o impugner, ou y faire response en façon que ce fust. De laquelle requeste, comme incivile et impertinante, ils furent tout à plat déboutés et refusés sur-le-champ par ledit Procureur-général, et par un jeune Conseiller de Cour, qui s'y trouva [lequel estoit M. Scaron], leur fust Digitized by VjOOQIC 3oo PIERRE DE L'ESTOILE Juin 1610 dît qu'attendu l'impudence de leur demande, quand il n'y eust eu que lui pour y respondre, qu'il l'eust fait. Comme j'achevois d'escrire ceci, les Jésuistes m'ont ramantu les Cordeliers, pour les sermons d'un nommé Boskhierus Hannonius Cœsarimontanus ^ conventus D. Francisci Luxemburgi Prov. Fland. Guardianus, intitulé Orbis Terror^ seu Concionum^ etc., imprimés in-8** à Douay, par Balthazar Bellère, l'an i6o3; lesquels je lisois, ces jours passés, où j'ay noté, entre les autres, 10 deux passages qui monstrent qu'en ces derniers temps les Cordeliers ont traité aussi irrévéremment nos Rois que les Jésuistes. L'ung est en la page 236, et l'autre en la page 727; desquels, pour n'en perdre la mémoire, j'ay voulu charger ce registre et les extraire tout mainte- nant, mot pour mot : I. Valesiœ stirpis pudor^ mérita numeroque Rex ultimus^ Guisiani Cardinalis, uncti et unctoris quon- dam sut, parricida^ cultello démentis confossus, débita immanibus factis fata subiit. (Pag. 236.) ao 2. Henricus III ^ Gallorum rex, Guisium, Regni delicias^Hœreticorum terrorem^ mentitopacis nomine^ a sicariis Jussit trucidari^ gloriœ clientis patronus impatiens. (Pag. 727,) En ce mois de juing, et au commencement d'icelui , mourust M. l'Archevesque de Rouen, frère bastard du feu Roy. La Roine Régente, en aiant eu la nouvelle, donna tout aussitost deux de ses abbayes: celle de S.-Florent à M. de Souvrai, gouverneur de nostre Roy, son fils; celle de Marmoustier (qui estoit beaucoup 3o meilleure, voire une des belles et bonnes de la France), et que M. de Souvrai avoit demandée (dont il avoit esté Digitized by VjOOQ IC Juiniôio MÉMOIRES-JOURNAUX 3oi esconduit de Sa Majesté), au frère de la Conssine, sa favorite, qui estoit un grand personnage, lequel apprenant à lire depuis quatre ans, n'y pouvoit encores mordre. On apeloit cest homme « le Magot de la Cour », pour ce qu'outre ce qu'il estoit laid et difforme, il y avoit si mauvaise niine, que jamais le sieur Conssine n'avoit ozé prendre la hardiesse de le présenter au feu Roy, crain- gnant que Sa Majesté s'en moquast. Les moines de Mar- moustier n'en vouloient point aussi pour leur abbé; 10 disoient qu'ils avoient accoustumé d'estre commandés par des princes, et non par des menusiers comme cestui- ci, qu'on avoit veu manier le rabot en une boutique. Et combien que le Pape ait prou de pouvoir pour leur en faire passer la carrière, si est-ce que, comme dit un abbé, ces jours passés, parlant d'eux en bonne compagnie (où j'estois): Hoc genus dœmoniorum non ejicitur foraSy nisijejunio et oratione. Au surplus, on a fait une remarque digne de considé- ration ', en la mort de ce grand prélat, bon serviteur du 20 Roy. C'est qu'à l'heure mesme que Sa Majesté fust assassinée, il prist à ce Prince (qu'on dit n'avoir jamais sceu sa mort) une saingnée de nez, du costé gauche, qui lui a duré jusques à la fin de sa vie. Au mesme temps, la Roine Régente, sur un faux advis qu'elle receust de la mort de M. de Boëce, gouverneur de Bourg en Bresse (brave seingneur et valeureux, mais qui estoit de la Religion), donna tout aussitost ce gouver- nement d'importance à Conssine, Italien, son favorit : dont il y eust du murmure à la Cour. Et ledit Boëce 3o estant revenu en convalescence (sans avoir esté malade. I. Var. Mt. de Troye$ : « Digne d'estre nottée, si tant est qu'elle soit Yraie, com/ne on asseure» » Digitized by VjOOQIC 3oa PIERRE DE L'ESTOILE Juin 1610 ainsi qu'on disoit), bien averti de tout ce qui s'estoit passé et se passoit, vinst trouver la Roine' et, se plaingnant de la précipitation dont on avoit usé, lui dit qu'il ne doutoit point que Sa Majesté n'eust esté surprise, lorsqu'elle avoit si promptement accordé la provision de son gouvernement, attendu qu'il en avoit la promesse et lettres du feu Roy pour la survivance à son fils. Dont il supplioit très humblement Sa Majesté lui en vouloir donner la confirmation ; et que, se portans bien, grâces 10 à Dieu, l'un et l'autre, ils estoient aussi résolus et déli- bérés que jamais de bien et fidèlement servir Leurs Majestés. Au reste, qu'il sçavoit fort bien d'où tout ce mesnage estoit procédé, et qu'il la supplioit très humble- ment de tant faire que M. Le Grand et lui n'eussent rien à démesler ensemble. Ce que la Roine lui accorda en partie, et, pour le regard de la survivance de son gou- vernement à son fils, lui en donna la confirmation, bien qu'à Tenvi et à regret, selon le bruict tout commung de la Cour. 20 Sur la fin de ce mesmc mois, arrivèrent à Paris les prin- cipaux seingneurs, gouverneurs et capitaines des places que commandoient ceux de la Religion en Poictou, Xain- tonge, Angoumoiset Languedoc, pour prester serment de fidélité au nouveau Roy et à la Roine Régente sa mère. Ce qu'ils firent sans exception aucune ni réservation (fors de leur Edit, auquel ils supplièrent Leurs Majestés les vouloir entretenir), [protestant, au reste, tous unanime- ment de venger la mort du feu Roy, et la répéter sur tous ceux qui s'en trouveroient auteurs, fauteurs et com- 3o plices, de quelque qualité ou condition qu'ils peussent estre]. I. Var, hit, de Trojres : a Escrivit à la Roiae. » Digitized by VjOOQIC ^uin i6io -MÉMOIRES-JOURNAUX 3o3 M. Daubigni, entre les autres, gouverneur de la ville de Maillezais en Poictou (brave gentilhomme et docte), parla fort et se fist ouïr au Conseil ; dit qu'il estoit d'une Religion en laquelle, comme en beaucoup d'autres, ni Pape, ni cardinal, ni prélat, ni évesque, ne quelconque autre personne, ne les pouvoir dispenser delasubjection naturelle et obéissance qu'ils dévoient à leurs rois et princes souverains, laquelle ils reconnoissoient leur estre légitimement et absolument deue, selon Dieu et sa pa- 10 rôle*. Ce fust ce gentilhomme qui dit au feu Roy, lorsqu'il fust blessé par Chastel à la lèvre, que de sa lèvre il avoit renoncé à Dieu, et partant, que Dieu l'y avoit frappé ; mais qu'il prist garde que le second coup ne fust point au cœur. Parole trop hardie d'un subject à son Roy, voire criminelle et capitale à tout autre qu'à Daubigni, auquel Sa Majesté, pource qu'il l'aimoit, avoit donné la liberté de tout dire et ne trouvoit rien mauvais de lui : aussi, qu'il lui avoit commandé à l'heure de lui dire librement 2<^ce qu'il pensoit de ce coup. Sur quoy il lui fist laresponse d'un vrai et franc Huguenot, et toutesfois un peu bien eslongné (ce semble) de ce grand respect et obéissance qu'ils protestent de rendre à leurs Rois. Les autres seingneurs et gentilshommes. Députés delà Religion, tindrent le mesme langage à la Roine et au Conseil, que cestui-ci, et parlèrent tous fort librement. Surtout un du Dauphiné, qu'on disoit estre ministre*, lequel en présence du Père Cotton, appuyé sur le man- teau de la cheminée de la Chambre du Conseil, sembloit 3o I. Var, Ms, de Troyes : a Selon la parole de Dieu, comme à leurs naturels et souTcrains seigneurs. » 2 Var. Ms, de Troyes : « Un député du Dauphiné (et pense-t-on que c'estoit un ministre'. » Digitized by VjOOQ IC 3o4 PIERRE DE L'ESTOILE Juin 1610 vouloir instruire un procès contre les Jésuistes [ce que le P. G>tton, qui estoit près de la cheminée, entendant, se- couoit la teste et chauvissoit des oreilles], lorsqu^il dit que les escrits de quelques-uns de ce temps qui avoient dé- nigré de la puissance légitime et auctorité souveraine de nos Rois, pour Tassujettir à une simplement spirituelle qui n'y avoit que voir et controUer, avoit causé la mort de ce grand Prince, et en causeroit à Tavanture d'autres, si on ne donnoit ordre de les réprimer. 10 [Le peu de recherche qu'on faisoit, en ce temps, de la mort du feu Roy, et le peu d'envie qu'on monstroit avoir de faire justice des coulpables, offensoient beaucoup de personnes, et donnoient subjea de parler au peuple. Les plus discrets, et ceux qui se pensoient mieux connoistre aux afiFaires, en quoi souvent ils se trompoient, disoient qu'en cela on suivoit sagement le conseil de Tacite, qui dit (en son livre XI« de ses Annales) qu'il faut premièrement pourvoir â sa seureté, puis après faire justice. Et (auXIV« livre desdites Annales)^ que si les grands qu'on ne peut ao punir promptement sans dangers, sont de la menée, le remède à tels maux est de n'en entendrerien, et feindre de n'en rien sçavoir. Mais, de moi, je ne tiens pas les gens de ce siècle, pour si grands hommes d'Estat,qu 'ils voisent estudier leur Tacite, pour faire proufit de ses maximes à la conservation du nostre. Surtout craindrois-je ce que dit Salluste en son Catilina, qu'il nous avinst qu'en espargnant un petit nombredemeschans, faisant largesse du sang de nos Rois, qui est le nostre, nous causissions enfin le saccagement de tous les gens de bien.] 3o Tel ou semblable fust le sommaire des harangues de ceux de la Religion au Conseil, que la Roine acceuillist bénignement, et les contenta prou de paroles et belles promesses : si qu'ils s'en retournèrent fort satisfaits de Digitized by VjOOQ IC Juin 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 3o5 Sa Majesté et de sa Cour, où toutesfois ils sçavoient bien qu'ils n'estoient tant aimés que craints. La querelle survenue, en ce temps, entre M. le prince de Gonti et M. le comte de Soissons, à raison du gou- vernement de Normandie accordé par la Roine Régente audit comte de Soissons, trouble Paris et divise la Cour. Le duc d'Esparnon, d'autre costé, confirmé par Sa Majesté en usurpation de son nouveau règne d'Austra- sie, s'en fait croire partout, possède la Roine Régente ; 10 et appuie de Tauctorité et faveur du comte de Soissons (qui se sert de lui pourcontrequarrer les desseins de Mon- seingneur le prince de Conti, son frère, et par mesme moien ceux de la Maison de Guise, ses proches parens et alliés), fait faire une partie de ce qu'il veult à la Roine [dont chacun murmure et fait mal penser de cest état à beaucoup], et couvert de ceste umbre, n'y a rien de si difficile qui se présente, dont il ne se promette d'en pou- voir venir à bout. Messieurs de Bouillon et de Sully, avec ceux de la Re- 20 ligion, se tiennent unis et serrés [ensemble] par reigle et raison d'Estat, regardent ce jeu, et, craignans enfin que tout retumbe sur eux, se tiennent sur leurs gardes, aians esté bien avertis que M. Despamon, parlant d'eux, avoit dit qu'il faloit commencer par les rechasser à Ablon, et que Gharanton n'estoit qu'une tolérance pour un temps, contraire à leur Edit mesme [que le feu Roy leur avoit accordé]. « Mais cela n'est pas si aisé à faire comme mesme autant ou plus que pas ung, s'estoit pris à rire, et dit tout haut que c'estoit belle dépesche; au 3o reste, qu'il estoit mort et quMl ne faloit plus parler, sinon de celui qui lui succéderoit. Auquel aiant esté respondu que son successeur estoit tout asseuré et recongneu, qui estoit M. le Dauphin :« O, dit-il, il ne faut pas parler de cestui-là, ni des autres enfans de la Roine, car ils sont tous bastards; ils ne peuvent jamais légitimement succéder à ceste Couronne, n — Ce jeune homme estudioit mesmes aux Jésuistes à Prague, et avoit un précepteur luthérien, ainsi que l'a conté Largentier, son père, à un mieD ami, lequel lui conseilla de porter la lettre de son fils à la Roine. » Digitized by VjOOQIC 3i8 PIERRE DE L'ESTOILE Juin 1610 gens, pource que ledit Duret estoit des amis des dieux, favori de la déesse Conssine, et du Conseil de la petite escritoire. Ung des plus grands, enquis sur ceste muta- tion par un personnage de Paris, de grande qualité, qui estoit de ses amis et qui désiroit d'en apprendre quelque chose de lui, n'en eust autre réponse, sinon que telle avoit esté la volonté des dieux, et que, par raison d'Estat, ce qui avoit esté fait se devoit faire. Au mesme temps, un Conseiller d^Estat, contredisant 10 l'opinion commune (que je tiens toutesfois pour bien vraie) touchant Ravaillac, que chacun disoit n'avoir rien révélé ni confessé sur l'assassinat du feu Roy, donnoit sourdement à entendre, à beaucoup de gens, qu'il en avoit prou dit et descouvert ; mais que tout estoit demeuré ca- ché, à cause de la minorité du Roy, pendant laquelle on avoit trouvé bon de ne rien remuer. Si nous n'estions François, j'en croirois quelque chose ; mais l'estans, et par conséquent jt?/e«f rimarum (comme dit le Comique), qui hac atque illac perfluunt^ je tiens la garde d'un tel 10 secret pour impossible entre nous. Le lendemain de la mort du Roy, on trouva escrit en grosses lettres sur la porte de Thostel de Sully : Valet à louer; et sur celle de la maison de Meaupeou : Maison à louer pour le terme de la S. Jean. Environ ce temps, et peu de jours avant la mort du Roy, l'exécution cruelle et inhumaine d'une pauvre femme des champs, pour la taille (à laquelle les sergens aians tout pris, vendirent, pour le dernier, une vache qui seule lui restoit pour la nourriture d'elle et de six 3o petits enfans), causa un triste et prodigieux accident : qui fiist que ceste pauvre femme, s'estant désespérée, pen- dist premièrement ses six enfans, puis se pendist après elle-mesme. Digitized by VjOOQIC Juin 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 319 On fist récit au Roy de cest acte vraiement tragique et espouvantable. Et, le jour précédant sa mort, le frère de ceste misérable (qui estoit un pauvre homme tout troué et desloqueté) se vinst jeter aux pieds de SaMajesté, pour lui en demander justice ; mais tant s'en fault que le Roy s'en monstrast aucunement touché ni esmeu, qu'au con- traire, aiant rudement repoussé et renvoie ce pauvre homme, lui dit qu'ils estoient tous des canailles, et qu'il eust voulu, pour ung, qu'il y en eust eu cent qui se fus- 10 sent pendus. L'autre, après ces propos, s'estant levé, jettant les yeux au ciel, dit ces mots : , Pontifice Maxime, habitam, in qua laudatur caedes Henrici III^ Francerum Régis, et ipse Menachus, caedis pat rater. — Res- pondee Sixti V* oratienem nullam extare, nisi apud hostes Ecciesiœ qui Anti-Sixtum ediderunt. Quamvis autem hesti fides haberi nen debeat , neque etiam si hestis non esset, fides ei haberi pesset, cum Sixtus eratienem illam in Consisterie secrète, nulle excipiente, habuerit, neque eam eratienem vel ipse ediderit, vel ab alique alie edi jusserit. Este tamen, ut vis, sit eratie Sixti V^ Pent. ea quas in Anti-Sixte legitur, quid in ca 20 reperies nisi laudes et admiratienem sapientiae et previdentiae Dei?Hecunum admiratur, et laudibus in cœlum Sixtus extellit, quedad Regem maximum, in medie exercitus sui sedentem,mul- tisque custodiis circumvallatum , simplex Menachus, nen mu- tato habitu, neque gladieclypeeve arma tus, libère penetraverit, eumque unice cultelli ictu necaverit. Qua eratiene admenites yeluit reges Sixtus Pentifex, eum qui dixit : Nelite tangere christes mees, sœpe per inepinateseventuspœnasdeillissumere qui inaccessibiles et inviolabiles videntur. Imperaverat Rex ille virum salvatum, episcepali et cardinalitia dignitate fulgentem, 3o et Jacebe, Régi Angliœ, arctissime sanguinis vincule cenjun- ctum, mactari. Ultus est Deus christum suum, dum per alium sacratum virum, aliequi militiae imperitum et inermem, Regem eumdem, nen sine manifeste divinse previdentiae miraculé, interfecit. Le vendredi i6«, ung fratri ignoranti s'estant adressé pour demander l'ausmonne, avec sa boitte, à un orlo- ger tenant sa boutique au Palais, en la place du Change, se voiant un peu rudement esconduit de lui, pource qu'il Digitized by VjOOQ IC Juil. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 327 rimportunoit un peu beaucoup, se tournant à la passion et aux injures, appela ledit orloger Huguenot et Lutherano (encores qu'il fust, tout au contraire, grand Catholique romain) ; le menassa d'une seconde S.-Berthélemi, criant tout haut que le Roy Charles IX* n'estoit pas mort, et qu'il en feroit encore une plus tost qu'on ne le pensoit. Et là-dessus, empoignant une platine de cuivre qui es- toit sur sa boutique, la rua à la teste de l'orloger et l'en asséna par le nez, qui le fist fort saingner. A raison de 10 quoi, ledit Frère aiant esté saisi et arresté par le peuple, qui s'estoit là amassé à fouUe, au bruit et cri de ses sédi- tieuses paroles et propos, le voulut traisner en prison comme séditieux qu'il estoit. Mais il lui fust fait voie par quelques-uns, qui le firent évader, en aiant esté ledit frater quitte pour quelques horions et gourmades [au- tres disent coups de baston qu'il receut], ce qu'ils n eus- sent pas fait à un homme plus homme de bien que lui. J'arrivois lors Place du Change, avec M. Guittart, mon voisin, sur les dix heures du matin, où j'y voulus, ao avant que d'en partir, en sçavoir la vérité, et m'en allai en la boutique mesme de l'orloger (auquel le nez en sain- gnoit encores), pour en apprendre ce qui en estoit, de ceux qui l'avoient veu, qui me le contèrent tous de la mesme façon que je le viens d'escrire. De laquelle fadèze j'ay bien voulu charger ce Registre pour les bruits qui couroient partout d'une S.-Berthélemi prochaine, semés et apostés à dessein par quelques brouillons d'Estat [ennemis conjurés du repos d'icelui], qui taschoient par de tels artifices d'y porter le peuple ', mais lequel, [pour 3o I. V'ar. Ms. de Troyes : a D'y porter le peuple, sous l*appui et insti- gation de quelquts Grands, mais de la piperie desquels il estoit tant lai et recreu. » Digitized by VjOOQIC 328 PIERRE DE L'ESTOILE Juil. 1610 tout cela] ne vouloit point mordre à Tappast, estant fait sage par les exemples du passé. « Nous n'avons que « faire des querelles des grands (disoit-il). Qu'ils s'ac- « cordent, s'ils veulent ou s'ils peuvent, tout ainsi qu'ils « voudront ; mais qu'ils ne nous y meslent point : car « nous ne sçavons que trop comme ces gens-là ont ac- « coustumé de traicter leurs amis. Nous en avons mangé « du chien, du chat et du chevau, nous ne sommes plus « d'avis d'y retourner pour le prix. Qui trouvera goust 10 a à telles viandes, qu'il ne les espargne pas. De nous, « nous en sommes si saouls et si haudis, que nous avons « perdu l'envie de plus en taster. » Et telle estoit la voix de tout le peuple ', et le commun langage de tous les crocheteux et femmes, par tous les marchés et places de Paris. La Chastaingneraie, capitaine des Gardes de la Roine, conta, ce jour, à ung gentilhomme de ma connoissance [qui me l'a redit], comme le jour de devant il s'estoit saisi, au Louvre, d'un certain garnement, qui asseuroit tout 30 haut, que, dans la fin du mois d'aoust, il se feroit une seconde S.-Berthélemi à Paris, plaine et entière, où on verroit couler le sang de tous costésparles rues. Et au cas qu'il n'advinst ce qu'il disoit, vouloit qu'on le tirast à quatre chevaux. L'abbé Du Bois, le mesme jour, estant sur M. le pré- sident Vergne, nous conta qu'au logis du Lieutenant-civil ily avoit veu deux compagnons, qui se disoient prebstres I. Add. Ms. de Troyet : * Qui crioil tout hiut, et en chtntoit lesuivint vaudeTille, qu'on me vient de dire tout à ceste heure : 3o Vive le Pape et le Roy Catholique! Vive Bourbon, avec la Sainte-Ligue! Vive le Roy, la Roine et son Conseil ! Vive les bons et vaillans Huguenos ! Vive Sully y avec tous ses suppos ! Vive le Diable, pourveu qu'aions repos ! » Digitized by VjOOQIC Juil. 1610 MÉMOIRES JOURNAUX 329 (maïs qui ne Testoient point, aiant pris ceste fausse qua- lité exprès pour tromper leurs créanciers), lesquels s'estant obligés par corps d'une somme d'argent à un certain per- sonnage, et voiant que, nonobstant la contestation qu'ils faisoient devant M. le Lieutenant de leur qualité de prebs- tres, il les vouloit envoier prisonniers, comme ne lui apparaissant rien de la susdite qualité dont ils s'armoient, commencèrent à crier tout haut que tout Paris s'en al- loit Huguenot, et qu'il n'y avoit que les Hérétiques 10 qui y fussent supportés : mais qu'il n'en iroitpastousjours ainsi, et que bientost on en verroit les efFects. Desquels propos [séditieux et scandaleux] ledit abbé se sentant of- fensé, pria M. le Lieutenant-civil de leur faire donner les estrivières, et qu'il seroit le premier qui y [aideroit et] mettroit la main pour leur apprendre d'estresiimpudens de tenir un tel séditieux langage en sa présence. Auquel effrontément ils vont respondre qu'ils s'estonnoient, veu l'habit qu'il portoit, comme il estoit si impudent lui- mesme de parler pour les Huguenos, et les sup- 20 porter. Alors ledit abbé, entrant en colère, les menassa de leur donner des coups de baston, sans le respect de M. le Lieutenant qui, aiant fait le hola, les envoia sur l'heure prisonniers [estant grand ami dudit abbé, de la bouche duquel je tiens ce discours]. M. Despamon, ce jour, qui avoit fait doubler les gardes [à Paris] et proposé, quelques jours auparavant, de mettre des garnisons à Paris sous l'auctorité de M. le comte de Soissons, principalement aux maisons et ave- 3o nues proches des portes de la ville (ce qui avoit donné l'allarme à M. le prince de Condé, qui estoit prest d'y en- trer), soriist de Paris, accompagné de bien cent chevaux, pour aller au devant [de Son Excellence]. Comme aussi fist Digitized by VjOOQIC 33o PIERRE DE L'ESTOILE Juil. 1610 M. de Sully, avec plus de deux cens, aiant remporté l'honneur de l'avoir rencontré, ce jour, avec une des plus belles troupes de toutes celles qui estoient sorties pour aller au devant de lui. M. le Prince disna au Bourget, où estant à peine ar- rivé, rebroussa chemin, pour aller à Saint-Denis donner de l'eau béniste au feu Roy. A quoi le porta principale- ment (encores que sans cela il n^eust laissé, possible, de le faire) l'advis que lui en envoia, de Paris, par homme 10 exprès, Madame d'Angoulesme, lui faisant entendre que la Roine Régente auroit fort agréable qu'il y allast, et que desjà par plusieurs fois elle lui avoit demandé s'il n'iroit point. Après disner, ledit sieur Prince s'accheminadu Bourget à Paris, et sur le chemin (entretenu long temps par M. de Sully) receust force billets et advertissemens de se donner garde et n'entrer si légèrement à Paris. Finalement, il en receust un de la part de M. le président de Thou, par lequel il lui donnoit advis que tous ces bruits qu'on avoit ao faits courir estoient vains et faux et semés à desseing, et qu'il pouvoit venir en toute seureté. Ce qui le ras- seura ung petit; si que, poursuivant son chemin, il arriva, comme quatre heures sonnoient, à la Porte S.-Martin, où, pour la grande compagnie et trouppe de cavalerie qui s'y trouva (que les uns comptoient à deux mille che- vaux, autres à dix-huit cens, et les moindres à douze et quinze cens), fust contraint de s'arrester ung fort long temps. Il estoit monté sur une hacquenée pie, très belle [et 3o bonne], que l'Archiduc lui avoit donnée; aiant à sa main droite M. le prince d'Orange, son beau-frère, et à la gauche, le comte de Beaumont, fils de M. le Premier Président, qui lui parloit ; et marchoit entre ces deux. Digitized by VjOOQ IC Juil. 1610 MEMOIRES-JOURNAUX 33i tout habillé de noir, fort triste, et comme un homme qui a perdu sa contenance. Se jouoit tantpst au colet de sa chemise, puis à ses gands, qu'il mordoit, après à sa barbe et à son menton : et voioit-on bien qu'il n'escou- toit guères ce qu'on lui disoit, et qu'il pensoit ailleurs. Toutes ces aaîons furent fort remarquées, comme sont celles des princes ordinairement, jusques aux plus pe- tites. Arrivé au Louvre, bien qu'il se composast de tout ce qu'il estoit possible, si ne laissa-on pas de remarquer, 10 à son port et à son visage, qu'il avoit de l'appréhension, laquelle lui redoubla quand il vid qu'en entrant on avoit fermé la porte à la plus grande part de ceux de sa suitte, et qu'on n'avoit voulu laisser entrer sa personne qu'en pe- tite compagnie. Finalement, venu jusques près de l'entrée de la cham- bre du Roy, aiant sçeu que Sa Majesté estoit en celle de la Roine, s'y acchemina tout aussitost pour le saluer et lui baiser les mains : comme il fist, et à la Roine Régente qui le contenta tant par son bon accueil et réception [et bon 20 visage qu'elle lui monstra], qu'au sortir il dit tout haut que la Roine l'avoit éternellement obligé. Avec laquelle aiant demeuré fort peu, en sortist, grandement accompagné de gentilshommes et seingneurs, entre lesquels estoit M. de Guise, qui alloit costeà coste de lui sur le Pont-Neuf, où je le vis passer, sur les six heures du soir, portant un vi- sage plus guay et asseuré et toutesfois triste encores et mélancolique. Il fust conduit par toute ceste belle trouppe jusques en son logis de l'hostel de Lyon, proche du mien, où il n'estoit pas fils de bonne mère qui ne le 3o vinst saluer, reconnoistre et faire sa cour. M. le comte de Soissons, fort accompagné, aiant comme un bataillon dressé de trois hocqs de cavallerie, vinst voir Son Excellence, sur le tard; et après plusieurs Digitized by VjOOQIC 332 PIERRE DE L'ESTOILE Juil. 1610 complimens de toutes sortes [comme d'un cadet, disoit- on, à son aisné], et avoir parlé un assez long temps en- semble, se départirent, [en apparence] grands cousins et amis. C'est tout ce que j'en sçay : car pour le regard des propos qu'ils eurent ensemble (qu'on desguise au- jourd'hui en mille sortes, et que beaucoup se meslent de réciter, qui n'en ont jamais entendu un mot), les plus sages qui les empruntent les renvoient sur la conscience de ceux desquels ils les ont pris. 10 Sur les neuf heures du soir de ce jour, ledit sieur Prince retourna au Louvre, en grande compagnie, pour se trouver au coucher du Roy, lequel il desguilleta, lui tira ses chausses, et n'en partist qu'il ne l'eust mis dans son lit. Puis s'en alla, avant de se retirer, à la chambre de la Roine, lui donner le bonsoir. De quoi Sa Majesté se monstra très contente. On disoit que ledit sieur Prince ne respiroit que le service de Leurs Majestés, et qu'il avoit protesté ne tenir ao jamais parti que celui du Roy et de la Roine [voire et s'opposer de toute sa puissance à tous autres contraires, pour les ruiner et terrasser, maintenir aussi l'auctorité du Parlement, comme de fait il commença, dès le lende- main qu*il fut arrivé, à aller voir M. le Premier Prési- dent, Messieurs de Thou et Mole, pour les en gratifier et assurer, prenant un pied tout contraire au gouverne- ment de M. le comte, son cousin, qui les avoit négli- gés et vilipendés. Tout cela, ainsi qu'on disoit], selon la sage instruction et conseil de M. le Connestable, son 3o beau-père, et de M. de Bouillon [avec lequel il en avoit longtemps conféré dans Senlis], l'un et l'autre grands pratiqs et exercités des plus aux affaires d'Estat, lequel quiconque entreprend de remuer est volontiers absorbé Digitized by VjOOQ IC Juil. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 333 en sa ruine, le fruict du trouble ne demeurant jamais guères à celui qui Ta esmeu ». Le samedi 17% la Roine, à son disner, dit tout haut qu'il y avoit à Paris des gens meschans et séditieux, aucteurs de mauvais bruicts et faux, mesmes contre elle, laquelle ils avoient dit et publié vouloir faire une S.-Ber- thélemi de ceux de la Religion, et que Tadvis qu^elle en avoit eu venoit de la Roine Marguerite, qui l'en avoit as- seurée ^ : qui estoit toutesfois une chose très fausse et à 10 laquelle jamais elle n'avoit pensé, et qu'elle ne voudroit faire quand elle pourroit, sachant bien que ce seroit le vrai moien de ruiner l'Estat et Roiaume de son fils, la conservation duquel elle afifectionnoit plus que sa propre vie [et que ceux de la Religion avoient bien servi le feu Roy. Aussi, avoit-elle promis de les maintenir et leur en avoit donné sa foi et sa parole, qu'elle vouloit inviola- blement tenir]. Mais qu'elle connoissoit bien par là que 1 . Var. Ms. de Troyes : « Le Connesttble, vieux routier en cclt et sage mon- dain ; M. de Bouillon, ton neveu, d'un grand jugement, froid, accort, et 20 prudent pour la conduite d'une menée, et avisé à te garder d'une surprise aussi bien que son oncle. « Le conseil desquels, si ce jeune Prince qui les aime, craind et res- pecte fort , se résoult une fois de suivre au gouvernement et maniement des affaires , où il est aujourd'hui appelé : il est sans doute qu'en main- tenant et conservant entière l'autorité du Roy et de la Roine, il establira la sienne, fera sa maison et ses affaires, dissipera les nuages et brouillards des factions et factieux, qui battent et brouillent l'eau pour .d'autres pes- cheurs. Estant une maxime d'Estat infaillible, que le fruit du trouble ne de- meure jamais guère à celui qui l'a esmeu, et que quiconque entreprend de 3o remuer un Estât est volontiers le premier absorbé en sa ruine. U y a plus, et qui est le principal, c'est que Dieu le bénira et conduira; le peuple autre- ment, mal disposé au remuement et à la guerre, l'aimera et le suivra; tous les gens de bien l'assisteront, et le bras fort de la Justice, armé de son autorité, sous les justes commandemens du Roy et de la Roine, terrassera et renversera tout ce qui se pourra présenter de rebelle et factieux, et, fina- lement, pour comble de sa gloire, emportera l'honneur d'avoir sauvé et maintenu en paix l'Estat d'un Roy mineur, menasse d'un grand trouble et changement, si on n'y mect la main, à bon escient et de bonne heure. » 2. Var, Ms, de Troyes : a Que la Roine Marguerite l'avoit envoyé prier 40 de la venir visiter, pource qu'elle estoit malade et qu'elle ne pouvoit l'aller trouver, aiant cependant choses de conséquence à lui communiquer. S'y estant transportée, lui avoit donné ce bel ad vis qu'elle disoit tenir de bonne part : dont elle estoit demeurée fort eatonnée. » Digitized by VjOOQIC 334 PIERRE DE L'ESTOILE Juil. 1610 ceux de Paris la tenoient pour femme de peu d'esprit et de jugement ; ce qu'elle n'estoit point [jusque-là], grâce à Dieu, et leur feroit paroistre, faisant si bonne justice de tels discoureurs où elle les pourroit descouvrir, qu'ils serviroient d'exemple aux autres. Elle en dit autant à M. de Villarnou et autres députés de la Religion, qui lui en estoient venus faire leurs plaintes, car eux-mesmes en avoient eu l'alarme bien chaude, s'estant tenus barricadés, toute la nuit, en leur maison, sur Tadvis qu'on leur en 10 avoit donné. Ce jour, M. le comte de Soissons, estant dans sa cham- bre, où il y avoit jusques à trente ou quarante gentils- hommes, menassa de donner de son poingnard dans le sein au premier qui seroit si hardi de dire que les Jésuis- tes avoient fait mourir le Roy ; qu'il scavoit que ce lan- gage étoit commung à Paris et à la Cour; mais que le premier qui s'ingéreroit de le tenir, qu'il lui en couste- roit la vie, et qu'il s'en asseurast. Ung gentilhomme des siens qui estoit dans sa chambre me l'asseura, pour ao l'avoir ouï. La nuict de ce jour, fust crié aux armes, à Paris, près le Palais, par des gensjattiltrés (comme'on descouvrit de- puis), mis à ceste besongne par quelques Grands, exprès, ainsi qu'on disoit, pour sonder le guay et les cœurs du peuple, et voir s'il n'y auroit pas moien de le pousser à une révolte, sédition et massacre. Mais, tout au contraire, les merciers et boutiquiers de là autour, estans sortis avec leurs armes, se ruèrent dessus et les contraingnirent de se retirer plus viste que le pas, en aiant eu un d'entre 3o eux blessé d'un coup de pique. Ce qu'aiant entendu, le lendemain, M. le Premier, Président dit qu'on avoit fait une faute de le blesser, et qu'il le faloit tuer ou pren- dre prisonnier. Digitized by VjOOQIC Juil. iCio PIERRE DE L'ESTOILE 335 Celui qui me le conta fut un mercier rousseau, nommé S.-Germain, qui tient sa boutique en la place du Change, au Palais, bon bourgeois et homme de bien, qui avec ses armes sortist pour donner la chasse à ceste canaille, et alla trouver M. le Premier Président, le lende- main, avec les autres, pour lui [demander justice de tels mutins et perturbateurs. M. de La Varanne présenta, ce jour, à M. le Prince le Père Gontier, Jésuiste, avec le suivant éloge (aussi vé- loritable et recommandable de la part du présentant que du présenté) : « Que c'estoitle plus homme de bien qui fust au monde, le plus digne de sa charge et le premier de ceux de sa profession. Au reste, bon serviteur du Roy et de son Estât, et particulièrement de Son Excellence, à laquelle il avoit voué de tout temps et vouoit encore son très humble et éternel service. » M. le Prince le remercia fort et le receut avec bon vi- sage, comme il fait tout le monde (sauf toutesfois à s'in- former, disoit-on, plus particulièrement de ceux qui ao avoient ouï ses sermons pendant le karesme [sur la vérité des propositions et promesses de La Varanne], et après en avoir pris un mot de conseil de M. de Bouillon), [sur la créance qu'on peut prendre de la fidélité de ce nouveau serviteur, affectionné au bien et repos de cest Estât, par dessus tous les vipères de la Société judaïque]. M* le président Séguier, qui ne les hait pas % vinst, ce mesme jour, saluer M. le Prince; et après les complimens ordinaires (qui ne lui coustoient pas tant à faire que les arrestsdu Palais 2), exhorta fort ce jeune Prince à la paix. 3o I. Var^ Ms, dé Troyes : « Un de leurs bons seigneurs et principaux ~ pttrons. i> 2. Var. Ms, de Troyes : ce Et après plusieurs flatteuses soumissions, révé- rences, offres de services et complimens, qui ne manquent jamais à un Courtisan comme lui (encore fait de la main de M. Desparnon)é v Digitized by VjOOQ IC 336 PIERRE DE L'ESTOILE Juil. 1610 à la manutention de TEstat et de la Religion sous les justes commandemens du Roy, auctorisé de la Roine Régente sa mère. [Les deux moiens proposés par lui sommairement furent : pour le premier, que Tunion des Princes, et particulièrement la sienne, avec M. le comte de Soissons [par conséquent, avec M. Desparnon, son bon maistre] y estoit très requise et nécessaire; la se- conde, concernante la Religion, de maintenir et appro- cher près la personne de Leurs Majestés et la sienne les 10 bons docteurs et prélats, de vie et doctrine aprouvées; les ouïr et les croire, et n'en eslongner pas ceux qui, par la division de nos opinions, estans hays et calomniés injus- tement, [les dévoies de la Foy, taschans tous les jours de les perdre et eslongner d'ici tant qu'ils peuvent, et] pou- voient, estans maintenus, servir beaucoup et à la Religion et à l'Eslat (entendant [à mon advis] les Jésuistes, des- quels ce bon Président a tousjours esté et se monstre plus que jamais bon patron et bon ami). J'ay acheté, ce jour, deux bagatelles imprimées, qu'on 20 crioit ici : l'une, VOraison funèbre sur la mort du Roy, faite par un nommé Nicolas de Paris, licentié en théo- logie, prononcée par lui en l'Église S.-Gervais (laquelle il faut enfiler avec les autres), et m'a cousté dix-huit de- niers ; [ Tautre est la Forme de l'Ordre et Cérimonies qu'on garde au Sacre et Couronnement des Rois de France]. M. de la Gourmandière m'a donné, ce mesme jour, ung sien petit Discours^ qu'il a fait imprimer, sur l'auc- torité des Rois (subject bon, mais si trivial et commun, qu'on n'en fait pas grand compte aujourd'hui). 35" Le dimanche 18% M. Guitton m'a apporté de Cha- ranton la Response de Tabbé Dubois à la Lettre du P. Cotton, laquelle on appelle aujourd'hui « le Purga- toire des Jésuistes ». La Response est aussi molle que le Digitized by VjOOQ IC Juil. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 337 Coton de l'autre, ne touchant que Tescorce et nullement le fonds. On la vendoit à Charanton, et me Ta donnée ledit Guitton. Ce jour, le Père Jésuiste Gontier, qui preschoit à S.-Estienne-du-Mont, continuant ses sanglantes pré- dications, y fist un sermon fort séditieux et scandaleux, au dire mesme des plus grands Catholiques , non sédi- tieux comme lui, mais gens de bien, amateurs de la paix et repos publiq. 10 M. D'Esparnon, [leur garand et leur protecteur,] y estoit, lequel le prédicateur attendist jusques à deux heures passées. Il n'y failloit point, ni à toutes les autres dévotions populaires qui se faisoient [quelque super* stitieuses qu'elles fussent], desquelles on a accoustumé (principalement à Paris) d'amuser l'ignorance du peuple. Je croi que par là il vouloit faire croire qu'il estoit ce que, possible, il n'estoit point. En quoy toutesfois on ne trouvoit pas qu'il avançast beaucoup, mais le contraire. La fonune de son bon maistre Henri 1 11^ lui en doit ao servir d'instruccion. (( J'ay veu (dit Montagne, en ses Essais^ liv. i , ch. 29% « de la Modération) tel grand blesser la réputation de sa « Religion, pour se monstrer religieux outre tout exemple « des hommes de sa sorte. » Le traict semble ne con- venir pas mal à ce seingneur : sur lequel estant tumbé, ce matin, comme jepassois le temps à lire lesdits Essais^ que j'aime et ay ordinairement à la main, l'ay transcript, l'après disnée, sur ce papier et accommodé à ceste matière. Qaant à nostre Jésuiste, il n'y àvoit que huia jours 3o qu'en la présence dudit sieur d'Esparnon, et dans la mesme église, il avoit presché que les Huguenos s'es- toient vantés d'estre neuf cent mil âmes de leur Religion en France. « C'est beaucoup, dit-il, mes amis ; mais, quand p. DE l'EsTOILI. — X. 22 Digitized by VjOOQ IC 338 PIERRE DE UESTOILE Juil. i6io « ainsi séroit, et que le compte en fust bon, qu^est-ce [d'unedemie feuille aussi], par un Paul Ferri, Messin, qui n'est aussi qu'une fadèze. Ce jour, le peut M. Ch. m'a donné (et croi que c'est de sa façon) le sonnet suivant, sur la mort du Roy, qui n'est des plus mauvais. Un Roy si redoubté, si clément et si doux. Le plus grand qui jamais portera diadesme, Avoir esté meurtri de deux barbares coups, Non par un estranger, mais par un François mesme! 10 3o Digitized by VjOOQIC 35o PIERRE DE L'ESTOILE Juil. 1610 Et puis ^ nous méritons qu'on fasse estât de nous, Et que Dieu désormais nous chérisse et nous aime! O prodige! ô malheur! 6 rage trop extrême! Que la Terre plus tost nous engloutisse tous! Un Roy dont la prudence et la valeur guerrière De tous les autres Rois offusquoit la lumière^ Après avoir dompté tant de sanglons périls j Après avoir sauvé la France de naufrage^ Faloit'il qu'un meurtrier ^ un dannon plain de rage, îo Le despouillast de vie y au milieu de Paris! Le mardi 27*, j^ay acheté deux sols une Oraison fu^ nèbre sur la mort du Roy, qu'on crioit par ceste ville, d'un petit Carme, nommé Pétrini, qui estoit à la Roine Marguerite et avoit presché le Karesme à Saint-Berthé- lemi, gentil garson pour son aage et qui promettoit beaucoup; mais un peu bouffon ( à quoy le portoit la promptitude de son esprit) tant en ses sermons qu'en ses Oraisons. Ce jour, on prist prisonnier un soldat des Gardes, de 20 la compagnie du capitaine Bonouvrier, qu'on disoit avoir parlé de tuer le Roy et la Roine; et fust, dès le len- demain, interrogé par le président Janin, auquel M. de Loménie, en cest acte, servist de grefier. Il fust con- damné aux galères seulement, mais avec un retenlum, ainsi qu'on disoit, de le jeter dans la mer, aussitost qu'il seroit arrivé à Marseille. Ce jour mesme, le seingneur de Conssine, Italien, fust reçu Conseiller d'Estat, et en presta le serment, au Louvre, entre les mains de la Roine Régente, sa bonne 3o maistresse. Digitized by VjOOQIC Juil. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 35i Pour bien donner conseil en matière d'Estat, selon Qcéron, au deuxième livre de son Orateur, le point principal est de bien connoistre TEstat. Si cest estranger le connoist ou non, j'en remets la décision, non au Con- seil de la petite Escritoire, où on dit qu'elle a esté prise, et dont on parle tant, sans savoir, possible, que c'est, mais à celui de la grande espée de ces bons vieux Fran- çois d'Estat, serviteurs de la Couronne et anciens officiers d'icelle. 10 [Et sur rétablissement de ladite Escritoire, on m'a promis me donner des vers qui courent ici sous main]. Le mécredi 28*, jour Sainte Anne, on m'a donné rOraison funèbre prononcée à Romme, en la chapelle du Saint-Père, au Vatican, aux obsèques du feu Roy, par Jacques Séguier, philosophe et théologien françois de la ville de Rhodes, imprimée à Paris par J. Du Carroy. Elle est courte et mal faite, et telle l'a jugée, comme moy, M. J., qui me l'a donnée. Ce jour, un mien ami me fist parler, dans les Augus- ao tins ( où je demeurai exprès pour cela jusque à midi, dont bien me faschoit), à un Augustin dudit couvent, nommé frère Daniel, confesseur de Madame de Ne- moux, prieur de Montargis, afin d'aprendre de sa propre bouche [ comme de celui qui en pouvoit mieux sçavoir des nouvelles que personne, la lettre lui en aiant esté adressée] une particularité très notable sur l'assassi- nat perpétré depuis par ceste ame damnée de Ravaillac en la personne du feu Roy, contenue en un advis envoie à ce bon prieur, dès l'an 1607 • qu'on m'avoit asseuré 3o pour véritable, et lequel toutesfois je n'a vois peu croire jusques à ce jour que j'en fus esclairci par lui-mesme. Voici au vray ce qu'il m'a dit : « Le i5^ octobre 1607, qui estoit le lendemain de la Digitized by VjOOQIC 352 PIERRE DE L'ESTOILE Juil. 1610 foire qu'on tient à Montargis, comme un de mes prestres (dit-il) s'apprestoit à dire la messe, il trouva sur Pauiel une lettre liée avec du fil blanc, Tinscription de laquelle portoit : Au Prieur de Montargis. Me Taiant aussitost apportée et Taiant ouverte, je trouvai ( sans en pouvoir aucunement reconnoistre ni l'écrivain ni Tescriture, qui estoit assez mauvaise et la lettre assez mal couchée), que sommairement il me donnoit un advis, qu'il disoit estre bien certain, d'un grand homme rousseau, natif d'An- 10 goulesme, lequel, avant qu'il fust trois ans, devoit tuer le Roy d'un coup de Cousteau dont il lui donneroit dans le cœur ; et qu'avec ses fauteurs et complices ils avoient une image de cire blanche, qu'ils piquoient tous les jours au cœur, pour cest effect ; et pourtant, que j'eusse à en te- nir advertie Sa Majesté. De lui, s'il eust peu, l'eust fait ; mais qu'il sçavoit qu'aussitost on le feroit mourir et qu'il n'y alloit que de sa vie. » La mesme lettre fust trouvée attacchée, ce jour, à la porte du chasteau de la ville, et estoit adressée à Ma- ao dame Des Hayies, femme du gouverneur, absent pour lors de Montargis. a Qui se trouva bien empesché, ce fust moy (nous disoit ce bon prieur), ne sachant le moien que je devois tenir en la procédure de cest avenissement. Finalement, m'estant avec les principaux et plus apparens de la ville transporté au logis du lieu tenant -général, après avoir tous en- semble pris conseil sur ce qui estoit à faire en ceste occu- rence, fust trouvé bon d'envoier, en Cour, par homme exprés, les deux susdites lettres avec le procès-verbal 3o qu'on en avoit fait, et le tout déposer entre les mains de M. le Chancelier, qui en aviseroit comme il lui plairoit et en avertiroit le Roy. Ce qui fust fait ; mais ledit Chance- lier n'en fist autrement grand estât [se fondant, possible, Digitized by VjOOQ IC Juil. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 353 sur quelques considérations que nous n'entendions pas], s'estant contenté de louer nostre diligence et bonne affec- tion au service du Roy, sans autrement en avertir Sa Ma- jesté (au moins qu'il soit venu à nostre congnoissance) : car oncques depuis on n'en ouït parler, sinon après le coup fait, qui l'a resveillé, el resveille encores tous les jours beaucoup d'esprits pour y penser. » Voilà, au vrai, le discours que nous en fist le prieur, lequel j'eus à peine le loisir de disner pour l'enregistrer 10 fidèlement ici comme très notable et digne de mémoire. On me donna, ce mesme jour, sur le soir, le suivant quatrain, qu'on disoit avoir esté trouvé dans les Cen^ turies de Nostradamus : Cinq décades et sept n'auront borné la course Du grand Lyon celtic, qu'un jeune Léonceau, Avecques sa Lionne, aiant recours à r Ourse, Furtif, de son rival trenchera le fuseau. Un mois ou deux avant la mort du Roy, ces quatre vers coururent toutes les chambres et cabinets du Louvre, ao où on les trouvoit partout semés, et n'en faisoit-on nul compte. Mais, la fortune avenue, on fist de ceste bague- naude une grande prophétie. Ces gens qui se perchent à chevauchons sur Tépicycle de Mercure et voient si avant dans le ciel, m'arracchent les dents, aussi bien qu'au sieur de Montagne, duquel est ce traict que je lisois encores hier, livre II de ses Essais ^ chap. 17*, de la Présomption. Le vendredi 3o«, un soldat des Gardes, aiant esté con- damné à passer par les armes, pour avoir tué de sa four- 3o chette un autre soldat son compagnon, fut, sur l'heure de l'exécution, et comme jà il estoit attacché au posteau, p. DB l'Estoilb. — X. j3 Digitized by VjOOQIC 354 PIERRE DE L'ESTOILE Juil. 1610 délivré par la grâce que lui envoia le Roy, l'autre qui avoit esté tué estant reconnu de tous pour un hargneux et querelleux, et comme tel descrié par tous les corps de garde. Ce qui avoit facilité la rémission de ce pauvre condamné de soldat, lequel, nonobstant son pardon, se trouva saisi d'une si vive appréhension, qu'en aiant perdu à l'instant la parole, que les saingnées réitérées ne lui peu- rent faire revenir, courut grande fortune de sa vie. [* Je sceus aussi, ce jour, par un à qui le Président 10 Janin Tavoit conté, que l'autre soldat accusé d'avoir parlé de tuer le Roy et la Roine, estoit un pauvre cuisinier, qui, n'aiant plus que frire, s'estoit jette aux Gardes, et lequel jamais n'avoit parlé à personne de tuer Roy ni Roine, mais bien auquel, pressé de l'incommodité sol- datesque aussi bien que de celle de la cuisine, estoit eschappé quelques mauvaises paroles et audacieuses, as- sez ordinaires en la bouche des gens de ce mestier, comme entre autres d'avoir dit que, si la Roine estoit morte, nous aurions la guerre, qui leur fust venue bien à point 20 (comme à beaucoup de haires desplumés et meschans garnemens, tels que cestui-ci). Pour le regard des cous- teaux, qu'on disoit lui avoir esté trouvés, c'estoit une guaine où il y en avoit deux de cuisine, desquels il se servoit en son estât de cuisinier. Et toutesfois tout Paris estoit esmeu et en alarme de ceste nouvelle. * ] Ce jour mesme, un homme d'assez bonne façon, ha- billé de noir, fut pris prisonnier au Louvre, à une heure après midi, accusé d'avoir voulu attenter à la personne du Roy. Il fust conduit par treize archers au For^Lé- 3o vesque, s'estant efforcé, ainsi que chacun disoit, de se transonner la langue. On n'oyoit parler, à Paris et partout, que de l'empri- sonnement de telles gens, qu'on ne sçavoit enfin qu'ils Digitized by VjOOQ IC Juil. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 355 devenoient. Ce qui me fait croire que ce n'estoient pour la pluspart qu'artifices et jfeintes, pour couvrir le peu de recherche qu'on faisoit d'un mal qui estoit bien vray et plus grand. On me donna ce jour une nouvelle fadèze imprimée, d'un fol nommé Viettes, intitulée : la Récréation mon- daine condescendue au voiage et retour de Monseigneur le Prince^ qui est une belle pièce pour la confrairie S.-Maturin. 10 En ce mois, moururent, à Paris, M. du Lac, Advocat en la Cour, atténué d'une longue et pénible maladie, qui estoit un tremblement universel de tous ses membres, qui le rendoit inutile à toutes functions du corps, mais non de l'esprit, qu'il a eu tousjours sain et entier jusques à la fin > : il estoit aagé de soixante-huict ans au plus, encores qu'on lui en donnast davantage : ce que je sais pour avoir esté de ses compaignons; Danger, Advocat en la Cour, honneste homme de mes amis ; le président Guaïant, aagé de quatre-vingts ans, lequel se voulut aller ao baigner, contre l'opinion de tout le monde : qui estoit un rafraîchissement assez mal convenable à son aage, et qu'on disoit lui avoir cousté la vie ; M. Brissonnet, Con- seiller en la Grande Chambre, aagé de soixante-huit ans; et le chauffecire La Planche, qui n'en avoit guères moins, mien ami, et qui fut accompagné de près de deux cents personnes au cimetière de ceux de la Religion, où il fut mis et enterré avec les autres. On eust, ce mesme jour, 3o« de ce mois, advis de la mort du comte de Fuentès, avenue le 22* juillet, à une 3o heure après minuict. Il estoit aagé de quatre-vingt-cinq t . Add, Ms. de Trqyet : « 11 a porté douze ou treize ans, contre toutes les maximes de la médecine et des médecins, auxquels j'ay oui asseurer que |amais homme, après cest accident, n'tToit surrécu les dix tns. » Digitized by VjOOQ IC 356 PIERRE DE L'ESTOILE JuU. 1610 ans ; et, après avoir combatu contre la mort soixante- quatre jours entiers (selon Tadvis que j'en ay eu), finist sa vie en faisant encores des dépesches de tous costés : prattiquant, par ceste continuelle action, ce que Tempe- reur Julian disoit, « qu'ung galant homme ne devoit pas seulement respirer j> ; et ce que nous lisons avoir esté fait à la mort par le bon Vespasian et Adrian, tous deu? empereurs. Ce comte de Fuentès estoit bon serviteur du Roy d'Es- 10 pagne, son maistre, grand guerrier, grand politique et sage, homme de bien. (Ce que, pour mon regard, j'en- tends à comparaison des autres.) Car, en un siècle fort dépravé, comme est le nostre, on est estimé homme de bien à bon marché. Mes que vous ne soiez qu'un peu bougre, parricide et athée, vous ne laissez de passer pour un homme d'honneur (un Espagnol principalement, comme cestui-ci). La nouvelle venue à Paris, en ce temps, de l'exécution faite, en ce mois, à Romme, du Père Fulgence, Corde- 20 lier, pour avoir escrit contre le Pape en la cause des Vé- nitiens, descrie plus Sa Sainteté, à l'endroit des Catholi- ques mesmes, qu'il ne la recommande. Pour ce bon Père, aiant esté attiré à Romme finement, sous espérance de belles promesses et de son pardon de la part du Pape, aussitost qu'il y fust arrivé, on lui donna pour sa grâce le feu et la corde, dont on disoit communément : Du Pape la miséricorde : Le/eu, le fer et la corde. Il y eust mesmes un Conseiller de la Cour, faisant 3o profession Catholique, auquel il eschappa, en plain Par- lement, comme on en parloit, de dire ces mots : « Qui Digitized by VjOOQIC Juil. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 35'/ peult dire que le Pape, faisant ces choses, ne soit TAn- techrist ? » En ce mesme temps, l'estat du conseiller Brissonnet, décédé nouvellement à Paris, fust vendu cinquante mil francs, qui cstoit un prix excessif. Pour couvrir ceste ambition et avarice, on dit que nous ne sommes pas nés pour nostre particulier, ains pour le publiq '. Mais toute ceste infâme tracasserie des estats et charges d'aujour- d^hui ne se recherche que pour tirer du publiq son proufit 10 particulier. De moy, je le croi ainsi, pource que je le voy tous les jours prattiquer de ceste façon, que s'il se trouvoit quelcun, en ce temps misérable, qui en usast autrement, je ne doute point qu'on ne le fist pourvoir d'un curateur, comme un fol, ou on le mettroit en tutèle, comme un enfant. Aux gens de justice et de robbe longue, l'honneur ne se connoist plus qu 'à la lueur de l'argent ; aux autres, de la courte et de l'espée, ce n'est pas le fer qui les honore, mais l'or. On ne dit plus : Un tel est paillant, mais il a tant de vaillant. 20 Pour le regard de la vertu et crainte de Dieu, comment sçauroit-l'on ce qu'on ne veult point apprendre? On ne peult jamais apprendre, ce me semble, ce qu'on ne veult point sçavoir. Brief, les hommes de ce temps cou- vrent aujourd'hui du manteau de justice l'injustice, afin de I. Add, Mt. de Troyes. C'est un beau mot, de quoi se couTreot l'ambitioa et ravarice, dit Montagne, en ses Essais, li^re 1, chap. de la Solitude, p. iSg : m Rapportons-nous-en hardiment à ceux qui sont en la danse et qui se battent la conscience. Si, au contraire, les estats, les charges, et ceste tracasserie du monde, ne se recherchent plus tost pour tirer du publiq son 3o proufit particulier, les mauvais moiens par où on s'y pousse en nostre siècle, monstrent bien que la fin n'en vaut guère : Odi mercatores potestatum, disoit Al. Sévère; et Sénèque se plaignoit, en son siècle, quod purpura ad hastam devenisset, Ubi scientia venalis est (dit quelcun) non potest fieri quin yeritas multis modis adulteretur, et ubi régnât avaritia, ubi cupiditas pecunia alios emungendi, illic est va/Hties, illic adulatio, illicservile obsequium, illic decipiendi studium, Ubi lucrum captaiur^ fieri non potest quin omnis sineeritai peryertatur. Digitized by VjOOQ IC 35S PIERRE DE L'ESTOILE Juil. 1610 la rendre plus durable; de laquelle Tardeur grande et extrême avec laquelle nous recherchons les magistrats est un signe infaillible et manifeste. Il a falu qu'en escri- vant, cestô vérité, sans y penser, me soit eschappée à pièces descousues et ramassées de çà et de là, comme il m'avient souvent et selon que ma mémoire en peult four- nir. Au reste, les lois ont beau estre sacrées et saintes (j'ajousterai encores ce mot conforme au trictrac de nostre siècle), si ceux qui les doivent faire garder les vont efFa- 10 çans continuellement avec le ciseau d'argent et de corrup- tion. Je conclus par ceste escapade. La paix entre nos jeunes Princes fust faite et arrestée, sur la fin de ce mois (non, possible, tant arrestée, qu'elle ne branlast encores bien fort) ; mais, quelle qu'elle fust, tousjours à nostre avantage, puisqu'elle arrestoit les me- nées et mauvais desseins de ceux qui vouloient nous jeter en une guerre civile, laquelle est une mer de malheurs et qui rend le petit et l'inférieur pareil au grand. « Il vau- droit mieux, à l'avanture (dit un sage Conseiller de 20 nostre Estât), troubler les autres que de se perdre soi- mesme. » Facinus^ quos inquinat^ œquat. Le père Baldouin, Jésuiste, desguisé soubs le nom du sieur Antonio Venero, aiant esté descouvert comme il passoit à Heidelberg, environ ce temps, y fust arresté prisonnier. Il estoit là estimé grand faciendaire, et qui sçavoit plus qu'homme du monde des nouvelles de l'as- sassinat de nostre pauvre Roy et toute la menée de la conjuration d'Angleterre; qui estoit la cause que le Roy d'Angleterre requist qu'on le lui envoiast. Lui, qui ne 3o craingnoit rien tant que cela, trouva moien d'advertir l'Archiduc qu'à quelque prix que ce fust, par amis, par argent, par recommandation du Pape, des princes Ca- tholiques, voire Hérétiques, à ung besoing, ou par quel- Digitized by VjOOQIC Juil. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 359 que autre voye, on trouvast moien de le délivrer ou re- courir, et pour cause. Voire, passa à telle imprudence de prier Son Altesse d'y emploier les forces de Tarmée qu'il avoit lors sur pied, et qu'on ne pourroit le faire à meilleure occasion. On n'en fist rien pour cela, car on ne jugea pas que le subject le valust. Bien y emploia l'Archiduc, avec les Espagnols et Catholiques zélés, tout ce qui se peust pour tirer hors de peine ce bon Père. Tous les Jésuistes aussi, comme y aiant le principal lointérest, s'en meslèrent bien avant. Mais, comme ces gens-là ont aujourd'hui plus d'ennemis à Nostre-Dame qu'à Gharanton, à la messe qu'au presche, leurs mines aiant esté esvantées comme celles des autres, le pauvre Baldouin ne peust se sauver, qu'il ne fust mené et conduit en Angleterre et rendu dans la Tour de Londres, où il est encores aujourd'hui. M. le Prince de Gondé, en mesme temps, imbu des maximes jésuistiques, dit à un abbé (qui le redit après en compagnie oùj'estois), que, pour ce qui touchoit le ao fait de la Religion, il croioit que le Pape pouvoit aviser aux Roiaumes ; et quand les Rois venoient à estre ex- communiés, qu'il avoit puissance d'en ordonner et dis- poser de leurs Estais comme il lui plaisoit. Gela rapporté à ce que le duc de Fuentès lui dit, quand il lui annonça la mort du Roy. Qui est l'erreur des Gnostiques, desquels saint Irénée fait mention, en son troisième livre, chapi- tre 4® : ce que Dieu, commandant d'obéir aux Puissances supérieures, avoit voulu s'acommoder à la condition des personnes et des temps; mais que maintenant l'Eglise 3o estoit hors de page et assez forte pour commander. » Dieu veuille oster aux abuseurs le prétexte, aux abusés le voile, aux Nicodémites la crainte, et aux partizans la passion, et avoir pitié du peuple, qui a bon besoing en Digitized by VjOOQIC 36o PIERRE DE L'ESTOILE Juil. 1610 cela d'une bonne guide, pource que, comme dit Sénè- que, il chemine non pas là oii il faut aller, mais là où Von va ! La Roine donna, en ce mois, à M. le Prince de Condé, rhostel de Gondi ; à M. de Guise (ainsi qu'on disoit), ses deux cents mil escus qu'elle lui avoit promis ; au sieur Conssine, ce qu'il voulust; lequel, en ce temps, aiant repoussé M. de Bouillonjde la porte de la Roine, en eust une réprimande et advis de se mesurer à la fortune de 10 sa maistresse et non pas à la sienne. Pour M. Desparnon, il ne se parloit point que Sa Majesté lui eust rien donné. Il s'estoit parti des premiers (et non point mal, selon le bruit commun de la Cour). Le samedi, dernier du présent mois de juillet, j'ay paie Champrose des arrérages de la rente dont je suis respondant pour feu M. Du Gast; et, combien que la somme ne fust que de cent francs, si ay-je eu de la peine beaucoup à la recouvrir, et me l'a falu emprunter et la boursiller, comme un gueux : car je ne trouve plus comme ao autrefois des cœurs francs, vraiement reconnoissans et amis. Ce que je n'impute tant à la malignité du siècle et de la saison (encores qu'elle soit très mauvaise et des- naturée), qu'à un coup de justice de Dieu sur moy, qui a permis que, comme je l'ay oublié en ma jeunesse, les hommes aussi m'ont mis en oubli en ma vieillesse '. Au reste, il n'y a rien au monde si facile que de dire : qu^ilfaloit faire telle chose ou telle; s il eust fait ceci ou cela ; s'il m' eust voulu croire. J'ay les oreilles battues I. Add. Ms, de Troyes : «Mon gendre m^avoit aussi preste vingt-cinq 3o escus pour lever la sentence que j'ay eue contre Madame du Bocquet, avec les espices, car elle n'avoit garde de pourrir : elle estoit bien espicée. L'un de mes souhaits avoit esté de trouver un gendre, qui endormit mes vieux ans et entre les mains duquel je peusse déposer la conduite et usage de si peu qu'il me reste, estant empesché. » Digitized by VjOOQ IC Juil. 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 36i et rebattues de tels propos, auxquels je ne m'arreste (bien qu'ils ne me plaisent pas beaucoup) : car, de tout homme qui fait mal ses affaires comme moi, on en accuse plus- tost le défaut de sa prudence que de son bonheur. Ceux qui perdent sont tousjours condamnés, et ne reçoit-on jamais bien leurs excuses. C'est pourquoi je m'en prens à mes pecchés et aux délicts de ma jeunesse, que Dieu a voulu chastier par une vieillesse qu'il me donne mala- dive et affairée, que j'estime, entre toutes les passions 10 douloureuses que l'homme peult endurer en ceste vie, la plus grande et la plus violente; car, pour le regard des hommes, de n'estre point hay, jamais personne n'en donna plus d'occasion d'estre aimé. Je confesse que mon humeur solitaire et ma conversation un peu farouche (que m'a causées, depuis quelques années, la maladie pénible et estrange dont il a pieu à Dieu me visiter) m'ont dérobbé (et non, possible, sans raison) l'amitié et bien- veillance de plusieurs personnes, qui l'ont pris d'un autre sens et biais qu'il ne faloit. De quoi je les excuse 20 bien, tant s'en faut que je leur en veuille aucun mal; et ne respondrai à tout cela que le mot de Socrates, qui est aujourd'hui le mien : Selon qu on peult. Le pis est, en tout ceci, que je ne puis rien du tout, estant combattu des deux extrémités insupportables à mon aage et à mon naturel, sinon, en tant que Dieu me preste la main et parfait sa vertu visiblement et comme miraculeusement en mon infirmité, me faisant vivre au milieu de ces deux morts: car c'est bien mourir que souffrir, en vivant, des peines plus cruelles que la mort, 3o dont la plus piquante douleur est l'appréhension : ceux qui en ont tasté comme moy en peuvent parler. Pour le regard de la nécessité qui menasse mes derniers jours, laquelle ne me tourmente guères moins que l'autre du Digitized by VjOOQIC 362 PIERRE DE L'ESTOILE Juil. 1610 corps, qui en est inséparable pour y avoir pris son fon- dement : à peine que je ne sois de Topinion de ce vieux courtizan, qui disoit qu'il eust aimé mieux estre un sot et avoir des moiens, que d'estre le plus honneste homme du monde et en manquer. « Car, avec mon bien (disoit- « il), j'auctoriserois ma sottise là où tout Tentendement « du monde ne sçauroit donner à vivre à un homme de « bien, s'il n'en a de soi. » Je trouve qu'il a raison. Aussi bien n'est-il point de vertu aujourd'hui sans ri- 10 chesse, mais il est beaucoup de richesses sans vertu. Le mespris surtout (que causent d'ordinaire les mala- dies dont je suis affligé) est insupportable à l'homme généreux. C'est mon grand mal que cestui-là. Mais je fais ma retraicte à Dieu : c'est l'asyle des réfugiés et le refuge des affligés. En ce mois de juillet, les moines de Marmoustier, baissans la teste et faisans joug sous le commandement du Pape, receurent et reconnurent pour leur abbé le frère Conssine, et le mirent en possession de ladite 20 abbaye, que la Roine Régente lui avoit donnée. Et sur l'allégation de son premier mestier dérogeant à noblesse, qui estoit du rabot (dont il se fust mieux aidé, pour l'avoir appris, que non pas d'un bréviaire), la décision de ceste matière un peu rabboteuse fust remise en une autre saison. Pour le regard de la suffisance, si tous les moines, abbés et gens d'Eglise ne croquoient le latin, les bandes demeureroient bien mal fournies, car la pluspart d'eux ressemblent aux solsrongnés : ils sont sans lettres. Aussi, ceux de Marmoustier n'insistèrent pas beaucoup 3o là-dessus, pource qu'au temps qui court il n'y en a pas ung d'entre eux qui n'aimast mieux estre asne que cheval, pource que les chevaux courent les bénéfices et les asnes les emportent. Digitized by VjOOQIC Août 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 363 AousT. La nuict du premier de ce mois, je Teus fort mauvaise, resveuse et inquiète, et, le jour, me trouvai fort mal, comme je fais ordinairement par un temps ardent et sec, estant d^une complexion chaude et sèche, qui est la cause que j^aime la pluie et les crottes, comme les canes. Ce jour, à huict heures du matin, mourut à Paris M. des Garannes, naguères Maistre des Requestes. Il estoit de mon aage et de mes anciens amis et compa- 10 gnons, homme doux et pacifique, et qui volontiers faisoit plaisir où il pouvoit. Le lundi 2«, j'ay acheté, ung sol, une Ode pinda- resque à M. le Prince, qui estoit une fadèze qu'on crioit par les rues. [Ce jour, le sacre du Roy, arresté au Conseil, à Reims, pour le 25' de ce mois, jour S. Loys, remis, le qua- triesme jour d'après, au mois d'octobre.] Le mardi 3« de ce mois, la Roine Marguerite fist le pain bénist magnifique, à S.-Estienne-du-Mont, aiant 20 voulu honorer de sa présence la célébrité de la feste de ladite église, qui estoit ce jour; auquel mesmes elle posa de sa main la première pierre au fondement d'ung portail qu'on y bastissoit, et y donna mil escus. Le général RoUant, homme d'esprit, mais grand Li- gueur et factieux, en estoit marguillier et avoit esté cause en partie d'y faire prescher le Père Gontier, lequel, con- tinuant ses séditieuses prédications sous son leurre ordi- naire de Calvin, qu'il apportoit tous les jours en sa chaire, vouloit aussi faire continuer en la charge de mar- 3o guillier son compagnon RoUant, de mesme humeur et Digitized by VjOOQIC 364 PIERRE DE L'ESTOILE Août 1610 farine que lui. Mais les bons Catholiques de la paroisse s'y opposèrent et Tempeschèrent, entre autres un nommé J. Le Clerc, marguillier comme lui, avec lequel il eust de grandes prises pour cela, comme il m'a conté lui- mesme. [Le P. Fronton, Jésuiste, dit à Casaubon, qu'il n'y avoit tant d'intérest à la mort de cent Rois, voire de tous les Rois de la terre, qu'à la révélation d'une confession.] Supporter les factieux en un Estât, et mesmement au 10 nostre, ainsi qu'il est aujourd'hui composé, est faire des Poltrots, des Salcèdes, des Gérards, des Cléments et des Ravaillacs. J'ai acheté, ce jour, ung sol, la traduction des vers latins de Borbonius intitulés : Dirœ in Parricidam^ faite par un nommé J. Prévost Dorât, fort bien, mais inutilement, ce me semble, parce que le latin sera tou- jours plus estimé et mieux reçu. [La nuict du mardi 3«, M. le Prince, ayant délogé de l'hostel de Lyon, coucha à l'hostel de Gondi, son nou- 20 veau logis, et disoit-on que le vendredi il alloit au devant de sa femme, pour la conduire ici, plus amis que devant.] Le mécredi 4% j'ay acheté les fadèzes suivantes, im- primées, qui couroient ici, desquelles (encores que je les achète) je me piquerois volontiers, n'estoit que je consi- dère qu'il n'est point de plus grande fadèze que de s'es- mouvoir des fadèzes du monde; et qu'il faudroit que moi-mesme je m'en piquasse le premier, puisque je ne dis ni n'escris ordinairement que des fadèzes, desquelles 3o je fais magasin, tant j'y suis sottement aheurté : L'Oraison funèbre, faite par un docteur en théologie à Paris, Denis Lahère, Chanoine de Troyes, dans la grande église de ladite ville; Digitized by VjOOQ IC Août 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 365 Autre, d'un Jésuiste, nommé Vrevîn, dans la grande église de Rouen ; Autre, d'un Père Jacques George, aussi Jésuiste à Lyon, intitulée : Mausolée roial, Funus Regium, les Obsèques du Roy. M'ont cousté six sols '. Le jour mesme, M. Servin m'a donné une paraphrase latine, qu'il avoit faite du Psaume premier : Beatus vir^ etc., imprimée in-folio, d'un caractère roial et en beau papier, laquelle, n'estoit la dignité du subjea et 10 celle de l'auaeur, Advocat du Roy, je mettrois volon- tiers avec les autres. La nuit de ce jour, mourust à Paris madame de Che- vri, femme en troisiesmes nopces de Duret, sieur de Chevri, Président de la Chambre des Comptes à Paris. Elle n'avoit que trente-trois ans. Son premier mariage fust avec M. de Chermeaux, Président des Comptes, honneste homme et fort riche, duquel elle tira de grands avantages ; mais si extrêmement gras et replet, et si fort incommodé de sa personne, qu'il dormoit presque tou- 20 jours et expira en dormant. Son second fust avec Vienne, Président aussi des Comptes, prodigieusement riche pour ung homme de son premier mestier. Les tiltres de sa noble extraction, bonne vie et preucThommie^ se trouvent encores aujourd'hui, ainsi qu'on dit, derrière les re- gistres de l'Arsenal. Letiers, Président comme les autres, riche et parvenu par les honnestes moiens que chacun sçait, mais plus brusque et gaillard, a tiré le rideau de la farce de sa vie, Var, Ms. de Troyes : a Le jeudy i5', acheté, 4 sols, l'Oraison funèbre sur 9^ la mort du feu Roy , faite à Lyon par un Jésuiste, nommé Père Jacques George, intitulée Mausolée Roial. Belle parole, et puis c'est tout. Tout est plain d'hipocrites et gens masqués, comme ces bonnes gens, lesquels on ne açaity soua leurs granda chapeaux, s'ils pleurent ou rient. » Digitized by VjOOQ IC 368 PIERRE DE L'ESTOILE Août 1610 [En ce temps, Duret, le médecin, renvoie faire sa mé- decine, sans plus venir à la Cour ni au Louvre.] [Ce jour, M. I. m'a donné Tanagramme de Pierre Cot- ton, Perce ton Roi : Ton nom te dit, de par Pluton : Perce ton Roi, Pierre Coton. On me donna, le mesme jour, les suivans bastis sur ce subject : 10 PenseS'tu, Cotton, que ta Lettre Et tes beaux mots puissent remettre Le coup dont ton Ordre est poilu ? Non, non y Cotton, jamais un livre Ne nous pourra faire revivre Ce qu'un livre nous a tollu! II Ces gens, qui n'ont nifoy ni loy, Pour à la France faire breschCy Dardent leurs flesches au cœur du Roy, 20 Puis, mort, le traisnent à La Flesche, Il leur avoit son cœur donnée Pour tirer d'eux semblable change, Mais leur cœur, au meurtre addomté. Pour des bienfaits point ne se change. III Cest bien raison, trouppe sacrée, Que vous aie:{ le cœur des Rois; Car, quand les cerfs sont aux abbois, Le cœur sert aux chiens de curée! 3o Le mécredi 1 1% j'ay acheté la Harangue funèbre du docteur Valladier sur la mort du Roy, prononcée par lui Digitized by VjOOQ IC Août 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 369 à Mets, le 2 1* de juing. Il estoît vicaire général du Cardi- nal de Givri en Tévesché de Mets, sans lequel, lorsque les Jésuistes le chassèrent de leur Compagnie, il s'alloit rendre Huguenot. Mais ledit Cardinal fist tant envers le Pape, qu'il l'absolut des vœux qu'il avoit faits aux Jésuistes et lui promist de lui faire donner de quoy vivre en TEstat de T Eglise : ce qui lui en fist passer l'envie ; et n'ont eu, depuis, les Huguenos un plus grand adversaire que cest homme, qui, s'estant mesme rapatrié avec les 10 Jésuistes, monstre assez, par son Oraison, qu'il n'a pas oublié de ce qu'ils lui ont monstre. Elle m'a cousté quatre sols. On m'a donné, ce mesme jour, une Déploration, en vers et en prose, sur la mort du feu Roy, faite par un nommé Fiefbrun, pur ami des Jésuistes, et qui n'est toutesfois qu'une fadèze. [Ledit jour, on m'a donné des vers françois, très beaux, sur les amours du Roy et de Madame la Prin- cesse, contenans une feuille d'écriture.] J'ay acheté, ce jour mesme, l'Histoire latine de ce 20 temps, faite par Boteraius, Advocat au Grand Conseil, et imprimée en ceste ville par Chevalier, in-8®, en deux volumes. C'est du latin et du langage, et puis c'est tout ^ Je l'ai leue d'un bout à l'autre ; et comme je griffonne tousjours, après l'avoir courue j'ay mis au commence- ment du livre, promptement et sans préméditation, le jugement suivant que j'en fais, sauf la correction d'un plus entendu que moy : Verborutn flumen ubique,judi^ cii vix gutta^ nundinœ loquacitatis^ de S. Augustin. Les deux volumes, reliés en parchemin, m'ont cousté 3o cinquante sols. I. Var, Ms, de Troyes : « De laquelle je ne puis dire lutrc chose, sinon que Jlumen ubique vidi, mentit et Judicii vix guttam. Sunt nundinœ loquaci- tatis de saint Augustin, n P. DK l'Estoilb. — X. 34 Digitized by VjOOQIC 370 PIERRE DE L'ESTOILE Août 1610 Le jeudi 12% j'ay acheté les suivantes nouveautés im- primées, qui se débitoient ici : Response apologétique aux prétendus moiens de nullité proposés par les Doiens et Chanoines de l'Église de Rouen, sur le restablisse^ ment de la discipline ecclésiastique; Defensio sacrœ Episcoporum auctoritatis , contra Acephalos ; (Ces deux sont bons et receuillables.) Épitaphe du feu Roy, par Barthélemi Viette (qui est une pure fadèze). Remonstrances^ imprimées in-4°, par Chevalier, de 10 M. le procureur général La Guesle et M. Loys Buis- son, Advocat au Parlement, procureur général de la Roine Loyse, douairière de France^ pour avoir justice du parricide commis en la personne de Henri 111^^ Roy de France et de Polongne. [Ces quatre, dix-huit sols.] Ces Remonstrances sont belles, utiles et à propos pour le temps, et qui méritoient bien d'estre imprimées, et, à la mienne volonté, que tout ce qui s'imprime et rimprime aujourd'hui leur ressemblast. Tout ce que je crains, c'est qu'elles ne nous échauffent guères à la poursuite et ven- 20 geance du dernier. Ce jour, mourust à Paris, d'une fièvre chaude, et en la fleur de son aage, le procureur Damont, mon voisin, le- quel je regrette commevoisin, mais non conmie procureur. Le vendredi i3*, j'ay acheté les nouveautés suivantes, qui couroient ici imprimées, qui n'estoientpour la plus- part que fadèzes : La France en deuil ^ par Nevelet, chanoine de Troyes. Les Tiltres dheur et de vertu, accommodés au noble et glorieux surnom de Grande donné au feu Roy, pour 3o épithète d'honneur, après sa mort. Discours consolatif à la Roine^ par l'abbé du Vcr- dier. Vers françois de M. Du Bois Pincé, Maistre des Comptes, sur la mort du Roy. Digitized by VjOOQ IC Août 1610 MÉMOIRES-JOURNAUX 37, Trois Oraisons funèbres sur ladite mort, Tune de l'abbé de la Beraudière, à Poictiers ; l'autre du docteur La Saussaie, à Orléans; la tierce, d'un religieux, nommé Villart, à Chauny, en Picardie ^ Toutes ces bagatelles, douze sols. [En ce temps, le Théâtre de l'Antéchrist^ fait par Viguier : Bourdin en vend un à l'abbé de la Frenade, huit francs, s'estant servi du nom du ministre Du Moulin ; le porte au Cardinal de Joieuse, le pile aux pieds. Sur le- 10 dit Cardinal, se rencontra le baron de Courtomer, de la Religion, avec ledit abbé de la Frenade, lequel ledit ba- ron ne connoissoit point, et là, estans entrés en propos sur les libelles diffamatoires et mesmes sur ce Théâtre^ que cest abbé dénigroit audit Cardinal, le baron dit qu'il ne Tavoit pas leu, et qu'il ne vouloit soustenir ledit livre; qu'il sçavoit que de leur costé il y avoit des esprits turbu- lens et mesdisans, qu'il desiroit qu'ils fussent retranchés; mais aussi que des Catholiques en avoit, qui donnoient occasion aux leurs de mal faire, et mesmes leur en ser- ao voient d'exemple, comme d'un livre fait par un abbé, intitulé, dit-il: les Triumphes du Rqy^ le plus séditieux, meschant et abominable livre qui fut jamais, auquel on avoit donné cours et vendu plus d'un an durant. [Ce jour. Math. Del. à M. Gamache. Luther, sur le premier chapitre aux Galates, p. 10, sur ce mot : i par Chapelet, et Ten- Toie à Sedan. » Digitized by VjOOQIC 378 PIERRE DE L'ESTOILE Août 1610 moy, pour ne Tavoir leue, je m'en suis rapporté et m'en rapporte au jugement des plus judicieux et moins pas- sionnés Catholiques, auxquels j'ay ouï dire, qu'ostéede ce livre la préface à ceux de la Religion, qui est bien faite, le reste n'est pas grande chose, et que tout en est tort commung et trivial ; mes que je Taie veu, j'en dirai ma râtelée, comme les autres. Je suis maintenant sur mon Mol le rus, in Psalmos (brave aucteur et singulier), duquel je fais mon estude 10 depuis quinze jours, que je ne quitterois point pour tous les livres des Jésuistes ensemble. 1 J'ay preste, ce jour, à l'Ambassadeur de Venise mon Guicciardin commenté de M. de La Noue, relié en par- chemin, en deux volumes in-S**. — Lequel me Ta rendu, le i«^ septembre ensuivant. Le vendredi 27*, fust pendu, au bout du Pont-Neuf, un soldat, pour avoir tué un valet de pied du Roy. Le samedi 28*, le Roy assist la première pierre fonda- mentale du nouveau Collège que le feu Roy son père avoit ao desseingné faire à Cambrai. M. de Sully, qui Ty avoit accompagné, présenta à Sa Majesté une truelle d'argent, avec laquelle il massonna ladite pierre, et y mist quatre médalles auxquelles son pourtrait estoit gravé, deux d'or et deux d'argent. Le dimanche 29*, le Roy alla aux Cordeliers, où estant entré dans le réfectoire, prist plaisir à voir disner les moines, qui cassoient proprement en Frères briffaux; les interrogea sur leurs vivres ordinaires et reigles de leur couvent, et leur fist tout plain d'autres questions 3o curieuses et plaisantes, convenantes à son aage. Il alla, après, voir la Bibliothèque, où il fut conduit par le père Cotton et Casaubon, qui entrèrent en dispute et conférence ensemble de la Religion ; lesquelles confé- Digitized by VjOOQ IC Aoûtiôio MÉMOIRES-JOURNAUX 379 rences ne servent de guères et réussissent aussi peu au bien particulier qu'au publiq : une bonne ame est une très-belle Religion. Le lundi 3o% ung mien ami, de la Religion, fort curieux, me donna les vers latins suivans, qu'il avoit faits sur la rencontre, dans Tan, des deux morts (du fils du Pape et du fils aisné de l'Église) avenues à Paris, où l'un fust pendu et l'autre assassiné ; et tous les deux (dit-il) par le commandement et connivence de leur père. îo Nunc annus alter exit, ex que filius Papae misello finiit suspendio Vitam innocentem, pâtre suadente hoc scelus. Ast annus iste ( proh nefas !) Ecclesise Natum, inter omnes Christianum maximum, Vidit peremptum dextera sicarii, Se somniantis jam futurum martirem. Hominum ac Deorum jam testor sanctam fidem : Quisquamne posthac perfidam Romse fidem Probare pergat, eu m sit œque punica 20 Papœque natis filiisque Ecclesiae, Nec sancta Mater servet a sicariis Istos, nec illos sanctus a fiirca Pater? J'ay donné, ce jour, à M. le Lieutenant criminel, mon ancien ami et compagnon contemporané, des Prières latines Après la levée de la Cour, la Royne très-affligée, mais aussi très -satisfaite de ce qui venoit être fait, se rendit au Louvre; et le Roy, accompagné des Princes, Seigneurs et Gentilshommes, entouré de ses Gardes, alla à Notre-Dame, oli tout le peuple cria fort haut : Vive le Roy! mais la plu- part des larmes aux yeux. Digitized by VjOOQ IC Mai 1610 AU JOURNAL DE HENRI IV 411 Sur le soir, les Gardes, posés en plusieurs places et carre- fours, furent levés; les armes furent laissées es mains des habitans qui, par leur douleur et leur tristesse, marquoient le vif ressentiment qu'ils avoient de la mort du Roy, et l'amour qu'ils portoient à son fils régnant. Pendant tous ces jours, grand nombre de personnes de tout estât furent au Louvre, y voir le corps du Roy défunt. Il estoit couché sur son lit, la face découverte, vestu d'un pourpoint de satin blanc, avec un bonnet de velours rouge brodé d'or. Autour de son lit estoient des Religieux et des Prestres des Monastères de Paris, qui estoient mandés pour dire les Vigiles des Morts, lesquels se relèvent les uns après les autres. Ce même jour, le parricide François Ravaillac, qui, après son assassinat, avoit esté gardé par des Archers dans l'Hôtel de Raix, fut conduit prisonnier à la Conciergerie, et enfermé dans la Tour qu'on appelle de Montgomery ; et, dans icelle, il fut assis et lié en une chaire, ayant les fers aux pieds et les mains liées derrière le dos, gardé et observé Jour et nuit, oli plusieurs personnes furent le voir, par curiosité ou par d'autres motifs : ce que bon nombre de personnes graves et judicieuses ont trouvé fort mauvais, disant que les Juges ne se soucioient pas de connoître les instigateurs. Le Dimanche 1 6« de May, on ne parloit que de la mort du Roy : on répétoit les histoires tragiques de tous les tems, qui avoient quelque trait approchant à cette mort. Aucuns étudioient les Almanachs, et m'en fust montré un qui por- toit que dans le mois de May de cette année un vieillard mourroit : ce qu'on applique à notre bon Roy, comme si, dans le même mois, plusieurs autres vieillards dans Paris et dans toute la France ne sont pas morts, et s'il faut avoir quelque confiance à ces débiteurs de rêveries et d'imagîha- tions. D'autres disoient hautement, qu'il falloit retrancher de la société certains prêcheurs et défenseurs, qui, par cy-de- vant, ont dit et écrit qu'il est loisible de tuer un tyran, et que cette erreur avoit esté la cause des attentats commis, tant sur le Roy Henry III que sur notre bon Roy. Le Lundy 17* de May, arriva le Comte de Soissons, qui, pour certaines raisons, n'avoit point assisté au couronne- ment de la Royne, et s'estoit retiré en une sienne maison près de Chartres. Le Duc d'Espernon et beaucoup de No- Digitized by VjOOQIC 412 SUPPLÉMENT DE lySÔ Mai 1610 blesse furent au-devant de luy, et le conduisirent au Louvre, oti il fut saluer Leurs Majestés, les assurant qu'en apprenant la triste nouvelle de la mort du Roy, il en estoit tombé ma- lade, ce qui avoit retardé son retour jusqu'à ce jour. Le même jour, François Ravaillac, ce monstre d'Enfer, fut amené devant Messieurs de la Cour du Parlement, les Chambres assemblées. Devant de sortir de la Tour, on luy avoit voilé la teste, en sorte qu'il ne voyoit oîi ou le menoit. Estant arrivé au milieu du Parquet, on le fit seoir sur la sellette, tournant la face vers le Premier Président, et il fut dévoilé : on avoit cru que le premier aspect de ses Juges vénérables le rempliroit de terreur et le poneroit à repen- tanceetà révéler les complices; mais on fut trompé : il regarda froidement tous ses Juges, se mit à genoux, baisa la terre, et répondit hardiment aux interrogations à lui fai- tes, conformément à ce qu'il avoit déjà dit : sçavoir, a avoué qu'il avoit commis le parricide en la personne du Roy, qu'il n'avoit point de complice, etc. Le Mercredy 19* de May, le Père d'Aubigny, Jésuite, avec lequel ledit Ravaillac avoit eu quelques conférences, et qui avoit esté, pour ce, mis en arrest, lui fut confronté; auquel il soutint, qu'estant en l'Eglise des Jésuites de la rue S.-Antoine^ il lui avoit parlé, après qu'il eut dit la Messe, et lui déclara qu'il avoit eu de grandes visions et imagina- tions que le Roy devoit réduire ceux de la Religion Préten- due Réformée; qu'il lui avoit montré, à lui. Père d'Aubigny, un couteau où il y avoit un cœur et une croix; qu'il lui avoit donné un sol : ce que le Père d'Aubigny a dit estre tout faux, qu'il estoit un méchant homme, et qu'il ne devoit accuser per- sonne à faux. Cependant ledit Ravaillac a ajouté qu'il tenoit ledit Père d'Aubigny pour homme de bien et bon religieux. Entre les personnes, qui, par curiosité ou autrement, fu- rent voir ledit Ravaillac, le Père Cotton, Jésuite, fut du nombre, et il lui dit, comme son confrère avoit déjà fait, qu'il se gardât bien d'accuser des innocens. Sur lesquelles paroles, on a dit que ce conseil estoit vraiment Chrétien, mais qu'il pourroit estre prou intéressé. Sur ce, a esté ajouté par une personne digne de foi, que, ledit Père Cot- ton estant en bonne compagnie, le sieur de Loménie lui avoit dit que c'esioit lui et la Société des Jésuites qui avoient tué le Roy. Digitized by VjOOQ IC Mai 1610 AU JOURNAL DE HENRI IV 413 Le Vendredy 2i* du mois de May, le Parlement, qui avoit siégé aux Augustins, retourna au Palais en corps, mais si tristes, qu'ils arrachoient les larmes de ceux qui les virent. Le Samedy 22* de May, la Royne Marguerite fit chanter, aux Augustins, un beau service pour le repos de l'âme du Roy défunt, dont elle avoit esté la chère épouse pendant vingt-deux ans, et qui volontairement agréa, avec la dis- pense du Pape, la désunion et la dissolution du mariage, spécialement, parce que le Seigneur ne l'avoit pas béni d'une heureuse lignée, qui estoii grandement souhaitée par les bons François, pour prévenir des maux beaucoup plus grands, qui fussent arrivés, en cas que Sa Majesté fust allée de vie à trépas sans avoir laissé des enfants mâles. Le Jeudy 27® de May, le traître Ravaillac, r 3 jours après le parricide par lui commis sur la personne du Roy, fut condamné, et exécuté en la Place de Grève, conformément à l'Arrest prononcé contre lui, qui a esté imprimé, et pour lequel il fut conduit sur un tombereau en ladite Place, et monté sur un eschaffaud à ce dressé, a esté tenaillé aux mammelles, bras, cuisses, et gras des jambes, sa main dex- tre y tenant le couteau, ards et bruslé de feu de souffre, et sur ses playes jette du plomb fondu, de l'huile bouillante, de la poix raisiné bruslante, de la cire et souffre fondus en- semble; puis son corps a esté tiré et démembré à quatre chevaux, pour estre bruslé et consommé au feu, et réduit en cendres jettées au vent. Le peuple, qui, pour l'ordinaire, est touché de compas- sion à la vue des supplices, ne Ta pas esté à l'égard de ce- lui-cy; mais, depuis le Palais jusques à sa mort, n'a cessé de lui dire des injures et des malédictions, et a refusé qu'on dît pour lui la prière accoutumée, qui est un Salve Regina^ criant tout haut qu'il estoit plus damné que Judas. Dès que les membres furent séparés, le peuple en furie se jetta sus, et les trépignoit avec les pieds, et, en moins de deux heures, les membres furent traînés par toute la Ville, les uns en un quartier, les autres en l'autre; et à force de traîner et de trépigner, la tête vint aussi plate que la main. Il y avoit une grande presse à qui donneroit de l'argent et du vin, à ceux qui les traînoient, afin d'avoir satisfaction Digitized by VjOOQIC 414 SUPPLÉMENT DE lySÔ Mai 1610 dY marcher dessus; aussi, il n*y eut que les membres que rÉxécuteur put réserver, qui furent bruslés en place de Grève; pour les autres, ils furent bruslés par le peuple en plusieurs endroits, après qu'il fut las de les traîner. Quel- ques manans des environs, qui se trouvèrent à Texécution, ayant trouvé le moyen d'en avoir quelques pièces, et aucuns les entrailles, les traînèrent brusler jusques en leurs vil- lages. Le môme jour, sur les plaintes portées à la Cour par TArchevêque d'Aix, par le P. Coeffeteau, et par autres per- sonnes sages, que ledit Ravaillac, interrogé par eux sur le parricide par lui commis, leur avoit répondu conformément aux maximes de Mariana, de Becanus^ et autres, qui ont escrit qu'il estoit permis de tuer les Tyrans ; ladite Cour a donné un Arrest qui ordonne, qu'à la diligence du Doyen et Syndic de la Faculté de Théologie, ladite Faculté sera as- semblée au premier jour, pour délibérer sur la confirmation du Décret d'icelle, du treize décembre mille quatre cens treize, confirmée par le Concile de Constance : Qui! n'est pas loisible à aucun, pour quelque cause et occasion que ce puisse estre, d'attenter aux personnes sacrées des Roy s et autres Princes Souverains; et que le Décret qui intervien- dra sera sous-signé de tous les Docteurs de ladite Faculté, ayant assisté à ladite délibération, etc. Le Lundy, dernier jour du mois de May, et de très-grand matin, nombre de Jésuites, accompagnés de gens à eux affî- dés, sont partis pour porter à leur maison de La Flcsche le cœur du Roy, qui leur avoit esté accordé, à leurs instances réitérées ; mais ils ne l'auroient point emporté sans bruit et sans émotion, si le peuple en avoit eu le vent. Digitized by VjOOQ IC TABLE ANALYTIQUE DES MEMOIRES DE PIERRE DE L'ESTOILE Depuis le mois de septembre iSog jusqu'au mois de septembre 1611. 1609 Septembrb. — Chronographie du P. Gaultier. — Amphitheatrum ho- noris, — Le Roi revenant à Paris reçoit, aux Tuileries, la visite des marchands de soie qui réclament contre PÉdit sur la réformation des habits. — Ils vont, le lendemain, trouver M. de Sully, qui se gausse d'eux. — Un officier des voleurs et coupe-bourses pendu au Port-au-Foin. — Le fils de Tavocat Mauguin meurt de la petite vérole. — L*Ëdit des Mon noies rejeté par la Cour, Messieurs des Monnoies y ayant été mandés. — Mort de M. de Sully. — Passage de Dante sur Philippe le Bel. — L'Édit des Nantissemens rejeté aussi. — Droit de séance accordé à MM. des Monnoies. — Le lieutenant civil rabroué par le Roi. — Le Maréchal d'Ornano fait entendre au Roi la vérité sur les souffrances et les plaintes du peuple. — Le Roi, d^abord irrité, se calme et rend justice au maréchal. — • Lettres de M. Justel, écrites de Rouen. — Un discours et un portrait du comte Maurice, envoyés de Hollande. — Arrêt du Conseil. — Bagatelle contre les Jésuites. — M. de Sully indispose les présidens de la Cour réunis au logis du Chancelier pour conférer sur l'Édit des Monnoies. — Pasquin sanglant contre M. de Sully. » Inflexibilité du Premier Pré- sident. — Voleurs et coupe-bourses pendus au Port-au-Foin. — Assas- sinat du greffier Voisin Jwr son cousin. — Envoi d'argent à Tonnai- Charente. — Lettre de M. le Grand à M"« de Guise. — L'Apologie du Roi d'Angleterre traduite en françois. — Articles partisans nou- veaux. — Cassiodorus in Psalmos et le P. Du Breuil. — Mort du président Richardot. — L'Ambassadeur de PEmpereur reçu en au- dience par le Roi. — ^ M. de Heslin, médecin, taillé de la pierre pour la troisième fois. — Le Parlement reçoit injonction de vérifier les Édita. — Conversion d'un cordelier. — Les Devises des Rois de France. — i- L'Estoile montre son Cabinet à trois curieux. — M. de Champvalon, abbé de S.-Victor, et le ministre Du Moulin, ont une Digitized by VjOOQIC 41 6 TABLE ANALYTIQUE conférence au Pré-aux-CIercs ; tout s'y passe au] mieux. — Distique pour le tombeau du cardinal Borromée. — L'assassin de Voisin, con- damné à être pendu, en appelle. — Propos du Palais à ce sujet. — Jussion au Parlement de ne désemparer que les Édits ne 'soient véri- fiés, sauf ceux des Monnoies et des Habits. — La Cour échappe à cette intimation. — Quatorze procureurs nouveaux, quatorze nou- veaux larrons. — Portraits des Grands Maîtres de S. Jean de Jérusa- lem. — Nostra Signora des Angeles, — Sidcre, pastorelle du sieur Dambillou. — Le Roi va à Fontainebleau. — Sommaire de rÉdit des Monnoies. — Mort de M. de Bussy-Versoris. — Deux Re- monstrances au Roi. — Autre pastorelle, pure fadèze. — Absolution finale de l'assassin Voisin. — Ordonnance défendant le port de petits pistolets. — Histoire de Fier-à-Bras. Le Pruritanus, petit libelle contre le Roi d'Angleterre. — Extraits dudit. — Quolibet anti-jésui- tique. — L'imprimeur Bérion poursuivi pour/e Secret des Jésuites, — Un ouvrage du président Fauchet. — Le Prince de Condé mal- mené du Roi, que la passion emporte. — Pelletier, huguenot con- verti, écrit contre V Apologie du Roi d'Angleterre. — Un Génovéfain et un Fratri ignoranti, qui allaient passer à Charenton, sont attrapés et châtiés. — Maladies à Paris. — Bajaumont, favori de la Reine Marguerite, est à toute extrémité. — Le médecin Le Moyne en revient. — Petit, premier médecin du Roi, se démet et se retire à Gien. — M. de Lesdiguières fait le serment, comme maréchal de France, i à 34 Octobre. — Dix pièces à la main, assez curieuses. — Thèses de M. de Champvalon en Sorbonne, et conflit de préséances entre le Recteur et l'Évéque. — Patentes du Roi pour les Francs-fiefs. — Le Dauphin, par de La Fons. — Critiques des Thèses de Champvalon. — Bibliotheca Senensis, — Petit bréviaire et Oflfice ordinaire des An- glais. — Portraits des Cardinaux; Épigramme à leur adresse. — Une Sainte françoise, canonisée à Rome. — Ducat de Louis XII. — Un troc de médailles avec M. de Montaut. — Un arrêt du Conseil privé et un Édit royal. — Un factum apologétique de TÉdit des Monnoies. — Départ de l'Ambassadeur d'Angleterre. Cadeaux du Roi, de la Reine, delà Reine Marguerite. — Tortura torti, Bellarmin. — Extraits dudit libelle. — Mort de M"« de La Gilquimère, de la R. P. R. — Bérion l'imprimeur mis hors de prison. — M™« de Til, tante de L'Estoile, se fait représenter au baptême de Tenfant d'une cousine. — Le Petit Olympe d'issy^ fadèze en vers. — Mot du Roi sur le couvreur de la Reine Marguerite. — Généalogie de Portugal, — Panégyrique de La- tinus Pacaïus Drepanus. — Tertullien, édit. de Véchel. — Excellent presche du jeune ministre Le Faucheur à Charenton. — La Défense des P. P. Jésuites, nouvelle bagatelle. — Duranti, gendre de L'Es- toile, gagne la cause de Poussemothe, son autre gendre, contre l'avo- cat Mauguin. — Vers de Navières sur la mort du conseiller Berger. — Stances sur les amours du Roy et de M«°« la P. D. C. — Le Che~ min à VA théisme, etc., nouveau livre, par le prieur Vialar. — Tom- beau, par un mari sur la mort de sa femme. — Lettre faite par une dame bien disante. — Tombeau, de feu M, de Buzanval. — Amphi~ theatrum anatomicum, Lugduni Batavorum, — Pyramide de la Paix, à Leyde. — Grande querelle de la Prédestination, à Leyde. — Mitte arcana Dei, — Visite et charité de L'Kstoile à une pauvre damoiselle. — Non vidijustum, etc. — Un prêtre pendu en Grève, pour viol, et, une servante, complice, fouettée au pied de la potence. ; — Sonnet Digitized by VjOOQ IC TABLE ANALYTIQUE 4,7 sur TAbrégé de la Vie du Roi, par Sully. — Mot sur Sully — Les Questions du P. Cotton au Diable. ^ Extrait d'une lettre latine — Le marquis de Rosni marié, à Charenton, avec la fille du comte de Crequi. — Toilette des mariés et dîner à eux donné par le général Duret. -- Querelle entre Termes et Benac, laquelle amène Balacni et Benac à s'entr attaquer. — Tous deux sont blessés; une femme et un enfant tues. — M. de Bouillon les fait mettre en arrêt, et informe le Roi, qui veut que justice soit faite. — Livres de la Foire de Franc- fort. — Portrait de Héléna Antonia. — Un Jeûne publié à Charen- ton. — Chronique des Frères Mineurs. — Six bagatelles pour vinct- sept sols. — VExceîlence de la Vinllesse. — Mot du Roi sur la justice de Messieurs du Parlement. — Mort de Goguier, secrétaire »)Ji^?*' . ^°^"» grand-audiencier; de Boscheron, substitut: de M»o Versons ; de M. Le Couvreux, dit t l'Ame damnée 1. — Petites vé- roles, dont meurent les deux frères de Massignac. — Mort du comte de Sommenve, décédé à Naples. — Bruit de la disgrâce du Chance- h er, dont les prévarications sont notoires. — L'Estoile en rapporte deux exemples. — Entreprise du prince de JoinviUe sur la comtesse de Moret. — Jeu que joue le Roi en cette circonstance. ^ Les Con- seillenes de la Cour à 49,000 francs. — Sancti Zenonis, Veronensis Eptscopt, Sermones. — Extraits desdits Sermons 34.69 Novembre. — Mort de M. de Païenne, qui à quatre-vingts ans imjit épouse M- de Nemoux, âgée de vingt cinq\ns. - Morts'de TnLu)fZ"' ""^u "^^ ^ '^r^ ^" ^"^' '' ^" P^o^"^^"^ Lambert! son beau-frère. - Harangue du président Janin aux États de Hol- lande. — L'inscription de la ville de Henrimont, de M. de Sullv — Lettres de Venise. -- L'Ambassade du Persan à Rome. - Grand jeûne à Charenton. - Litanentici, du jésuite Serarius. — Le Trompette françois, fadeze nouvelle. - Mort de la baronne de Saini-Luc -- Lettre de 1 Empereur au Pape. - Institution charitable des avocats f,l,P;^"/«"" ^^ ^*î^'"' ^" ^""^^^' orphelins, etc. - Traité de l^lt^tr^^r^^'T -1 ^""'r^' '' ^^™^"^« ^« '* Saint-Martin.-! wlrvL Tm 3" q'*''?/^ ""^^^P ^^ L'Estoile. - Comolation, de Nerveze, à M. de Sain -Luc. - VApparatus de M. de Serres: Lettre Senrl rf """.î " ^ix Oraisons de Cicéron traduites par Jou^r'! sieur de Chastillon. - Mort de m^ Brion. - Un livret du ministre Clemanceau-. Nouvelle fadèze sur les Monnoies : Suite desrZ lerYeTo tt^ ^«"//^«me, etc. - ^ 1. ;,.u;,/e de France, sixain. 1 D^. leriedu temps. - Autres extraits des Sermons de Zenon. - Recette contre les hémorroïdes. - Trois nouvelles plaquettes. - La Reine accouche d une princesse. - Mort du conseiller et doyen de fS Tni^n n^"! '"/!f^^'- - ^^ "^"'- ^ Tour opéré de^la pierre p"; CoUo. - Quatre fadezes nouvelles. - Escapade du Roi courant après Le Prince de Condé emmène sa femme à Bruxelles. ^ Prédiction d almanach à ce sujet. - Fuzy, curé de S. Barthélémy, est^^uS pour son Mastigophoros. - Il est accusé d'hérésie, d^e ^rcffie I de^paillardise.- L'avocat Lescarbot est recherché pour 1. tiéme 69-88 DECEMBRE. — Lettre consolatoire à M™' de Molac. — Thèses du curé Fuzy. - Lettre du Prince de Condé au marquis de Cœuvre. - P. DE L'EstoILE. — X. 27 Digitized by VjOOQ IC 4i8 TABLE ANALYTIQUE Nouvelle bagatelle du P. Gontier contre les ministres de la R. P R. — Alraanach de Morgard, Parisien. — Mort de M. Anjorrant, sieur de Clayée. — Préjudice causé à L'Estoile par feu l'huissier Conat. — Nouveau-Testament annoté par le ministre Marlorat. — Un impri- meur et son compagnon pendus au carrefour des Mathurins. — Un gentilhomme assassiné, près de S°-Opportune, par un autre gentil- homme. — Inventaire des livres de L*Estoile. — Remerciement au Roy par les Avocats, bagatelle. — Avis venu de Rome au Roi sur Venise. — Lettre de Sully au Prince de Condé. «^ Bréviaire anglais. — L^£stoîle est malade et on le saigne. — Avis de Rome, que THis- toire du président de Thou est censurée. — Mort du procureur Le Royer. — Nouvelle bagatelle sur les Monnoies. — Bonne (ou sotte) coutume des étrennes. — Lecture de fin d'année : le Tliéophile. — Extraits de ce livre. — Réponse de Coeffeteau à TApologie du Roy d'Angleterre. — Q}ueris quare? dur? — Boutade de A/« Guillaume, — Discours nouveau sur les Monnoies. — Contrepoison et préserva- tif, etc., du P. Baile. — L'estat du doyen de Fleuri vendu 5o,ooo fr. — Les prédicateurs de TAvent se répandent en invectives contre ceux de Charenton, TÉtat et le Roi lui-même. — Le P. Gontier déclame contre les Huguenots, en présence du Roi, le jour de Noël. — Sully se plaint de ce langage séditieux, que tolère le Roi, disant que ceux de Charenton font autant et pis encore. — Le Prince de Condé refuse de recevoir les lettres de Sully. — Éloge des tetins de la Reine Marguerite, bien payé au prédicateur. — Lamentation de L'Estoile sur les infirmités de sa vieillesse. — Votum, — Don du Roi aux Jé- suites pour acheter leur chapelle de La Flèche. — Sully rabroue le P. Cotton venant réclamer le payement de ce « petit don ». — Mort du ministre Marraet, à Nérac . 88-106 1610 Janvier. — Étrennes. — Bibliothèque, de Vigniers, trois pièces en taille-douce. — Édit sur les salaires des greffiers, etc. — Mauvais état de santé de L'Estoile, — Le Mastigophore, d'Antoine Fuzy. — Bellarmin contre TApologie du Roy d'Angleterre. — Abjuration, à Charenton, d'Enguerrant, curé de Lorgerie, près Gisors. — Dix-sept médailles cédées par L'Estoile. — Suicide du nommé Saule : détails et réflexions. — Mort du président de Silly; de l'auditeur des Comptes Cochon; des médecins Lemoyne et Paumier. — Lettre de Genève, de Chausson. — Réponse de Pelletier à PApologie du Roy d'Angleterre. — Psautier de Puyherbaut. — Acte d'appel de l'Élec- teur de Brandebourg, etc. — Édit en faveur des Référendaires. — L'Estoile obtient gain de cause contre une nièce et le Chapitre de Saint-Lô. — Mort du maréchal d'Ornano. — Vers contre les Jésuites. — Mort d'Abel Langelier, Tim primeur. — V Anti-Guillaume, — Vers latins contre le P. Cotton et contre Badouère. — Lettre à Monseigneur le Prince de Condé. — Tombeau de M™« de Saint-Luc, par Chevalier. — Extraits d'un registre à la main prêté à L'Estoile. — Propos sérieux sur le fait du mariage. — Fadèzes diverses. —Titres de M. de Sully. — Livre de Recettes de TEstoile. — Heures desrobées, de Camerarius. — — Rei non fictœ narratio. — Le jésuite Badouère. — Lettre du Prince de Condé à Madame sa mère. — Lettre de Du Perron. — Serment Digitized by VjOOQ IC TABLE ANALYTIQUE 419 de M. de Lesdiguières, comme maréchal de France, en séance du Parle- njent. — Ballet de Hiboux et de Chahuans, fadèze. — Factum pour le Curé de S.-Barthéleray. — Entretien avec Bacheco, prêtre anglais. — Distique contre le Pape. — Discours consolatoire à la France sur la mort du maréchal d'Ornano. — Mort de Dorsi, président du Grand Conseil ; du Cordelier Feuardent. — Le jeune Fouet recommandé à L'Estoile. — De Bérule, cousin de L'Estoile, vient le visiter. — Le Roi rend la chaire et la liberté au P. Gontier, ce dont on est fort étonné. — Maladies étranges en cette saison. — Prière latine. — ^Vcrs sur la Chambre de TÉdit. — Du Roi et du P. Cotton 107-135 Fbbvrier. — Phlogis et Terpsinoe, du président de Thou. — Le Roi et la Reine à la Foire. — U Introduction à la Vie dévote, par rÉvéque de Genève. — Baptême d'un fils du Comte de Trême, à S.-Germain-PAuxerrois. — M de Vendôme se bat à coups de pelotte de neige sur le Pont-Neuf. — Le Jeu du Totum, sonnet. — Vie du bienheureux S. Jean de Sahagonne. — Défense du ministre de Vassy contre le Minime de Bradacourt, pour mettre au paquet des 3/mi5- tromachies, — Un petit régiment ambulant de Capucins espagnols. — Sornette d'un Moine blanc sur les Huguenots. — Le Bon, neveu de L'Estoile, fait sa profession de moine à S.-Victor. — Lettre de Rouen : cause singulière entre deux Huguenots; progrès des Jésuites de la province, etc. — Le jeune Fouet est pris par L'Estoile pour l'instruction de ses deux jeunes enfants. — Le Traité de la Chancel- lerie, de Miraumont, pure fadèze. — Remonstrances du Procureur Général Gassion. — Avis de Rome et de Venise : mort du chevalier Borghèse, le plus jeune frère du Pape, et du Cardinal St-George; Ligue de Bavière, Cologne et Mayence, pour la défense de la Religion Catholique; le Cardinal Delphini à Florence, etc. — Editto del Maestro del Sac, Pala^^o, etc. Censure Romaine. — Ballet de M. de Vendôme, fadèze.— Denrées légères apportées de Rome, pour mettre au paquet des fadèzes supertitieuses. — Mariage du conseiller Guilbon avec M"* de Lespine : commérages à ce sujet. — Besoins pécuniaires de L'Es- toile. — Mort de l'avocat Chauvot ; sa succession. — La Bourgeoise des- bauchée, baguenaude nouvelle. — Anatomie du livre de Coeffeteau, par Du Moulin. — La Blanque rétablie à Paris, au bout du Pont-Neuf. — L'Estoile éteint une de ses dettes. — Discours contre les citations du grec et du latin es plaidoiries de ce temps. — Rigueur du froid, au Qua- resme prenant. — Les Trophées du Roy Jacques /, etc., ou « Jacob triumphant », sot livret de fariboles. — Le Mistère et miracle de Mgr S. Jacques en la ville de Compostelle, etc. — Mort de M"« du meur-libraire Guillemot. — Le Dauphii — Mort de Guérin, le Fol de la Reine Marguerite. — Dégels froids, avec neige, grésils et verglas, etc. Nonobstant, les brelans et la Foire vont leur train. — Le président Chevalier achète l'état de Premier Président des Aides 60,000 livres, plus 10,000 écus d'épingles. — Tripotages et propos sur cette « Première Présidenterie ». — Le Roi s'oppose à la Censure que la Cour veut prononcer contre celle qui a été faite à Rome de l'Arrêt de condamnation de Châtel. — Les « Avant- coureurs de liberté », au carnaval de Rouen. — Grands bruits de guerre, que le Roi favorise, etc. — Ce que Ton dit des mouvomênti Digitized by VjOOQIC 420 TABLE ANALYTIQUE du Prince de Condé. — Les Bibles huguenotes de Deodati répandues à Venise. — On y brave la Censure romaine contre l'Histoire du pré- sident de Thou. — Amsterdam et ses environs ravagés par les inon- dations. — Une fille de maison, ayant fait un enfant, s^en va déchar- ger aux champs, et Ton en jase. — Privilège des prêtres aux Filles Repenties. — Couvents de femmes comparables au plus célèbre bordeau de la ville de Paris i35-i58 Mars. — Histoire pitoyable de parricides commis à Blaye, bagatelle. — Mort de M"* Odeau, belle -mère de feu M. du Coudray, frère de PEstoile; de M. de Chezelles, ancien avocat au Parle- ment. — Avis de Genève : Découverte d'une conjuration contre la ville; exécution, au Molard, du médecin Canut, condamné pour so- domie et empoisonnement. — Avis de Lanagerie au Roi sur les blas- phèmes. — Enterrements du président Ranchin et du conseiller du Fresne-Canaye : l'un pompeux, l'autre simple. — Un paquet : Écrits divers. — Mort de Charles Poussemothe, frère du gendre de L'Es- toile; de l'avocat Boissière; du procureur Barbier, — Mortalité à Paris, principalement de pleurésies. — L'Estoile fait un mauvais accommodement pour terminer enfin un bon procès. — Ce qu'il faut penser des procès. — La Rescousse du Temps prisonnier , fadèze. — La Magnifique Doxologie du Festu, — Les Matinées du sieur de ChoUères, — Mort de M*^* de Loans, veuve d'un beau-frère de L'Es- toile. — Plaisant tableau d*Adam et Eve, représentant au naturel M, et M"** de Sully. — Le « royaume de fouterie » et les tetins de la Reine Marguerite : mauvaise recouverte du Jésuite Sufrin, prê- chant à Notre-Dame. — Arrêt contre la Chasse de la Beste Anti- christianisme, — Mort de Victor Cayet. — Ses dernières paroles sont d'un impie. — Grande mortalité à Paris : les Cordeliers sont sur les dents. — Les plaidoyers de Corbin : robineries. — Procès-verbal de la sommation faite de la part du Roi au prince de Condé, avec la pro- testaion dudit prince. — Discours prodigieux et espouvantable de trois Espagnols et une Espagnole^ etc.. Ensemble VArrest du Parlement de Bordeaux. — Le Lumbifrage, de Rouillard; plaisant matagot. — La fuitte de la Beste hors de la ville de Rome, — Les Caractères des Vertus et des Vices, du sieur de Tourval, et le Sénèque chrestien, du même. — Sacre, Couronnement et Entrée de la Roint de France Elisabeth d'Autriche, etc., avec V Entrée du Roy Charles IX, — Le Roi revient de Fontainebleau, mal content de n'avoir pu s'accommo- der d'une belle ûUe, de celles de la Reine, nommée Foulebon. — Ouragan de vent à Paris, et accidents qu'il cause. — Factum de M. Le Seingneur, sieur de Vicquemare, Conseiller au Parlement de Rouen : il est plaisant. — L'Estoile vend un lot de ses livrets et li- belles. — Discours funèbre sur la mort de Cayet, et autre sur la mort d'une Damoiselle courtisane. » Le Satyricon, de Barclay, !'• et 2* parties. — Un coup de tonnerre. « Quand il tonne en mars » — Mort de M"»« de Bellièvre, et grand enterrement. — Un Registre de la Ligue, pour la plupart, de la Suitte du Manant, libelle supprimé et introuvable. — Extraits dudit Registre, et Extrait d'un plaisant Discours d'un Seize catéchisé par les Politiques (xSgB). — Épigramme sur la mort de M» Cayet : Epitaphium Victoris Caie- tant, etc. —Trois voleurs : l'un roué, les deux autres pendus, au Pont S.-Michel. —Mort du Correcteur des Comptes Nicolas; du receveur Brigueran. — Désintéressement du médecin de L'Estoile. — Mort de Digitized by VjOOQ IC TABLE ANALYTIQUE 4af M™« Claude de Bénévent, nièce de L*Estoile. — Mort de M. Leclerc, sieur du Tremblay. — M. de Hélin, médecin de L'Estoile. — Le Sommaire des Secrets de l'Apocalypse, lequel n'en découvre guères. -^Mort de M. Melian, trésorier en la généralité de Bourges. — Bruits d'une guerre générale. — Le Prince d^Anhalt à Paris est bien accueilli par le Roi. — Le jeu, Pamour et la piafife, vices de ce temps. — Pa- négyrique de la Vierge Marie, par un avocat, qui visoit la bourse de la Reine^ mais ne rattrape pas. Le Roi se gausse de lui. . iSS-igS Avril. — Le Panthéon huguenot, du P. Richeomme : citrouille vide. — Mort de la femme de La Tour, Italien banqueroutier et pri- sonnier à la Conciergerie. — Chasse-vérole des petits enfants. — Cruauté commise à Metz. — Instructions pour faire les éperviers et s* en servir, — Tumbeau et résurrection de l'Amour, etc. — GénéaIo« gie de Navarre. — Le Siège des Muses. — Les Dévots Élancemens du Poète chrestien, — Cours de Godefroi. — Le Palais est transféré aux Augustins, à cause des préparatifs pour l'Entrée de la Reine. — Quatre Discours dévots," par Regnaut Cordier : bon livret. — Nouvel Avis pour l'institution charitable d'avocats et procureurs en faveur des veuves, orphelins, etc., avec l'Arrêt du Conseil portant ladite institution. — L'Estoile se sent extraordinairement travaillé de son mal. — Visite à son neveu Tronson, qui a eu la jambe cassée d'un coup de pied de cheval. — Réflexions sur M™« Tronson, sa nièce. — Prêt de livres à M. Justdl. — Vers latins contre la Censure de Rome sur l'Histoire de de Thou. — Oraison funèbre de M. de Nancé, par Cujas. — Contre-factum du sieur de Vicquemare. — Le Monde renversé sens dessus dessous. — Livret relié à la turque. — Deux tableaux du Cabinet de L'Estoile, et des plus rares, abîmés par la pluie (crayon de Poltrot et image d'un homme mort). — Deux bagatelles de dévotion. — Mort de M"« de Gohorri, hôtesse de L'Es- toile. — Sidereus Nuncius, etc., imprimé à Venise, avec une lettre de Fra Paolo à M. de Lescale. — Les Saints des sablons mouvans d'Etampes. — Mathieu de L'Estoile fait à Notre-Dame l'exhortation au Synode des Curés. — Conversion à la R. P. R. de Georges Bris- set, sieur d'Esgrustières. — De sacris unctionibus libri très, méchant livre ligueur. -— Extraits dudit. — Harangue de M. de Boissise aux Electeurs du Saint -Empire. — Mort du Secrétaire d'État Forget, sieur de Fresne. — Audience donnée par le Roi aux députés de Hol- lande et de Zélande. — Arrêt de la Chambre de l'Édit contre M. de Vicquemare, le condamnant à épouser la fille qu'il avait fiancée, ou à avoir la tête tranchée. — Il se déclare résolu à la mort plutôt qu'au mariage; puis, se laissant persuader par le ministre Du Mou- lin, il exécute l'arrêt, comme contraint et forcé; mais il demeure sourd à toutes les protestations et supplications de l'épousée. — Cri de l'Entrée de la Reine. — Mort du garde-meubles Maumier. — La Cour tient son parlement aux Augustins. -^ Le Seigneur maudissant ses juges. — Un paquet de Curiosités. — L'entrée de la Reine diflférée. — Entrevue du Nonce avec le Roi, qui ne peut se maîtriser. -~ Manifeste du Prince de Condé 193-214 May. — L'Estoile, saigné derechef, ne s'en trouve pas mieux. — Mort du notaire Saint-Fuscien. — Deux gentilshommes passés par les armes pour s'être battus en duel. — Opinion de Calvin sur la Cène. Digitized by VjOOQ IC 422 TABLE ANALYTIQUE — Mort de la fille du trésorier Siberct. — Accident sur le Pont-Neuf. — Parade des Enfants de Paris. — Mort du receveur Martin. — Le sacre et couronnement de la Reine décidément fixé au lendemain i3 mai. — Propos divers sur le Prince çt la Princesse de Condé. — L'Entrée de la Reine annoncée pour le dimanche i6 mai. — Sacre et couronnement à Saint-Denis. — Particularités. — 14 mai, jour de la mort du Roi. Remarques sur cette triste journée. — Songes et pré- sages. — Le Roi défunt et Tastrologue Thomassin. — Destinée des hommes sous la main de Dieu. — Les Jésuites accourent des pre- miers au Louvre. — Paroles du P. Cotton. — Gémissements de la Reine. — Sully la vient trouver. — M. de Mayenne et M. de Guise. — Tout le monde fait son devoir. — Le jeune Roi confié aux Gardes. — Fin de ce Registre des Mémoires-Journaux de TEstoile. — Réflexions mélancoliques 214-232 May (5M/f^). Avènement du nouveau petit roi Louis XIII, âge de 8 ans 7mois iSjours. — Il se rend, avec la Reine Régente, au Parlement, et prend séance en son lit de justice. — Arrêt déclaratif de la Régence. — Réconciliation du duc de Mayenne et du maréchal de Brissac, des ducs d'Espernon et de Sully; protestations de fidélité du duc de Guise. — Le sieur de Concini rembarré par le Premier Président. — Le Roi est conduit à Notre-Dame. — Propos d'un manant, et qui le fait appréhender. — Autre arrestation pour mauvaises paroles. — Les Jésuites font reprendre leur b^^iment de la rue Saint-Antoine. — Ravaillac transfère à la Conciergerie. — Autopsie du corps du feu Roi. — M. Justel et ses livres, que PEstoile ajoute à ses paquets. — Mot d'un passant sur le petit Roi : il est aussitôt incarcéré. — Le presche à Charenton. — Tout se passe bien et sans tumulte. — Le comte de Soissons arrive à Paris et la Régente lui fait bon accueil. — Sully va le trouver et fait sa paix avec lui. — Singulier propos d'un gentilhomme, sur-le-champ arrêté. — Arrestation d'un soldat paraissant avoir des nouvelles de l'attentat de Ravaillac. — Bagatelles du jour. Rêve du jeune Roi, qu'on le veut assassiner aussi. — La Cour délibère sur la procédure à suivre contre Ravaillac. — Sonnet au Roi. — Parole de M. le Grand au comte du Lude, et répartie de celui-ci. — Interrogatoire de Ravaillac. — Il tient tête au Premier Président. — Confrontation avec le P. d'Aubigni, qui s'en tire dextrement. — Confrontation avec un valet d'apoticaire. — On va voir Ravaillac en sa prison, même le P. Cotton. — Le jour de l'As- cension, tous les prédicateurs exhortent le peuple à la concorde, tant à Paris qu'à Charenton. — Bonnes nouvelles des provinces. — Le Parlement retourne des Augustins au Palais. — Les portes de Paris fermées, le samedi 22 au matin, pour la recherche d'un homme qui devait tuer la Régente et le Roi. — Plusieurs curés et un Cordelier Portugais dénoncent les Jésuites, en chaire, comme fauteurs et complices de l'assassinat du feu Roi. — Mort du procureur Vorsc. — Altercation entre M. de Loménie et le P. Cotton en plein Conseil. — Arrêt du Parlement contre Ravaillac. — Il est mis à la question, puis en chapelle et conduit au supplice. — On a peine à le préserver de la furie du peuple. — Au moment d'être écartelé, il reconnaît com- bien il a été abusé ; il demande un Salve Regina, qui lui est refusé. — L'absolution ne lui est donnée que sous peine de damnation, en cas qu'il ait eu des fauteurs et complices, ce qu'il persiste à nier jusqu'au bout.— II expire à la deuxième tirade, et, le peuple s'étant Digitizèd by VjOOQ IC TABLE ANALYTIQUE 4^3 mé sur le corps, il est mis en pièces et Ton s'en dispute avec rage les derniers lambeaux qui sont emportés et brûlés au loin. — Mais, si le peuple est acharné contre l'assassin, les magistrats sont bien froids dans la recherche des fauteurs et complices. — Le maréchal de Bouillon, arrivant à Paris, est bien reçu de la Reine. — Un maçon fait prisonnier pour mauves propos sur le feu Roi et menaces contre la Reine. — Autre garnement arrêté à Auxerre, la veille, pour avoir loué Ravaillac et le coup fait par lui. — L^arrét de Ravaillac crié dans Paris. — Oraison funèbre prononcée à Cambrai. — Le jeune Roi fouetté par M. de Souvrai, son gouverneur, d'ordre exprès de la Reine sa mère. — Trait digne du Béarnais. — Les prédicateurs de la Pentecôte recommandent Punion et la fidélité au Roi. — Le ministre Durant, à Charenton ; un Capucin, à Saint-André-des-Arts. — L'Évêque de Paris ordonne une Oraison de Quarante heure, et PÉglise de Charenton un Jeûne de pénitence. — Les Jésuites, emportant à La Flèche le cœur du feu Roi, partent de bon matin et bien accompagnés. — Force maladies frénétiques en ce mois, même avant la mort du Roi. — Mort de MM. de Hacqueville. Lagrange Le Roy, La Hayée, Boucherard, de La Barde, et de prou d'autres. — • L'Estoile sent venir sa propre fin 233-268 Juin. — Lettres patentesde Henri 11 qui ordonnaient la démolition de boutiques et échoppes gênant la circulation dans la rue de la Ferron- nerie. — Déclaration du Roi pour les Édits de pacification. — Lettres de Londres sur Témotion produite en Angleterre par la nouvelle de l'assassinat de Henri IV. — Les Jésuites malmenés à St-Gervais et à St-Eustache — Déclaration prohibant le port d'armes. — Le livre de Mariana condamné par arrêt de la Cour à être brûlé. — Le Premier Président défend cet arrêt que l'Évêque de Paris et le Nonce du Pape ont attaqué auprès de la Reine. — D'Espernon se pose en défenseur déclaré des Jésuites. — Les Jésuites, revenant de La Flèche, rentrent dans Paris sous la protection de La Varenne, qui leur donne à dîner et prononce une harangue. — Les chevaux sont échappés, fermez l'écurie ! — Démêlé entre le président Vergne, l'abbé du Bois et le P. Commolet. — Sermon du P. Gontierau Petit St-Antoine, pour le livre de Mariana et contre les adversaires de la Société. — Accord entre le maréchal de Bouillon et M. de Sully. — Leur querelle datait du siège de Sedan. — Terrible tempête à Pans. — Ordre et Céré- monies de l'enterrement du roi Henri II. — Lettre du Prince de Condé à la Princesse sa mère. — Un garçon dequatorze ans condamné à être pendu pour propos criminel à l'endroit de la Régente et du Roi. -^ La Cour, réformant la sentence, le condamne au fouet et aux galères. — Nouvel écrit de l'abbé du Bois contre les Jésuites. — Ce que font les Jésuites pour justifier le livre de Mariana. — Une lavandière arrêtée pour s'être vantée de tuer le Roi et la Reine. — Le Prévôt des maréchaux de Pluviers s'étrangle en prison, où on l'avait jeté comme complice de l'assassinat du feu Roi. — Son corps, traîné sur la claie, est ensuite pendu et brûlé en Grève. — Aphorismi Con^ fessoriorum, du P. Emmanuel Sa. — D'Espernon va à Compiègne pour y prendre le corps du feu roi Henri III et le faire enterrer à St-Denis. — Comment est expliquée la négligence de son successeur à cet égard. — Lettre de Zélande témoignant des regrets qu'y a excités la mort de Henri IV. — Enterrement du roi Henri III à Digitized by VjOOQIC /^ 424 TABLE ANALYTIQUE St-Denis, sans pompe aucune et même sans décence : peu d'assistants et pas d'oraison funèbre. — Le feu de St-Jean en Grève a lieu sans cérémonie, à cause des circonstances. — Un fripier, pour avoir forcé trois de ses filles, est condamné à être brûlé vif, et son procès avec lui. — Le jeune Roi va donner l'eau bénite au feu Roi son père. — Lettres de Londres. — L'enterrement du Roi niis au mardi 3o. — Regrets funèbres sur la mort du Roy^ etc. — État des forces que le maréchal de La Chastre conduit à Clèves, au grand déplaisir des Jésuites. — Ce qu'il dit là-dessus au président de Thou. — La Reine donne l'eau bénite au feu Roi son mari. — Le corps du feu Roi est porté à Notre-Dame. — Débat entre les Compagnies sur les préséan- ces. — Les saluts et bonnetades de Messieurs de Guise — Le corps du feu Roi est porté de Notre-Dame à St-Denis, où Tenterrement est célébré en grande pompe. — Bon vouloir du Premier Président, qui n'est point secondé. — Services solennels dans toutes les églises de Paris pour l'âme du feu Roi. — Panégyriques et oraisons funèbres. — Declaratio apologetica, . Seb, Heissii, a Soc, Jesu, — Le Prince^ de Ribadeneira, et Catalogue latin, du même. — Vers latins contre les Jésuites. — Dirce in parricidam. — Démarche du P. Cotton auprès du Procureur-Général. — Orbis ténor, seu Concionum, etc. — Mort de l'Archevêque de Rouen, frère bâtard du feu Roi. — Deux de ses abbayes données par la Reine à M. de Souvrai et au frère de la Concine, qu'on appelait « le Magot de la Cour i. — Observations. — Sur le bruit de la mort de M. de Boëce, gouverneur de Bourg, son gouvernement est tout aussitôt donné à Concine. — Revenu à la santé, il accourt et fait infirmer la décision. — Les principaux seigneurs commandant des places en Poitou, Saintonge, Angoumois et Languedoc, viennent à Paris prêter serment. — D'Aubigné se fait remarquer parmi eux, ainsi qu'un ministre du Dauphiné. —Tiédeur des poursuites sur l'assassinat du feu Roi. — Querelle entre le Prince de Conti et le comte de Soissons. — Le duc d'Espernon s'em- pare de l'esprit de la Régente. — MM. de Bouillon et de Sully marchent unis. — La Conchierie des grands hommes d'État du royaume. — Divers avis sur la mort du feu Roi. — Les Français déniaisés, — Un gentilhomme décapité à Étampes pour outrage à la personne du feu Roi et de la Reine. — Un garnement d'Auxerre envoyé prisonnier à Paris pour même cause. — Le jeune Saupitre remplace son père comme valet de chambre de S. M. — La Sainte- Beuve donne aux Jésuites l'hôtel de Mézières. — Ordonnance du Consistoire de Charenton pour le cimetière Saint-Père. — Attitude suspecte de du Ferrier, ministre de Nîmes. — Son collègue Comille, logé à la même enseigne. — Le petit Roi peint avec une pique sur l'épaule. — Petites observations du temps, curieuses, mais véritables, extraites du mémoire d'un ami de L'Estoile — Ce qui se passa au Louvre lors de la mort du Roi. — M. de Souvrai et le Chancelier. — La chemise sanglante ôtée par le chirurgien Bérard. — M. de Vicq. — Le petit duc d'Orléans. — Le P. Cotton. — Le petit Roi et M. le Grand. — Le chevalier de Vendôme, le marquis d'Ancre, et Pierrot, le petit pied-plat de St-Germain. — Les Jésuites. — Le médecin du Roi Duret a son congé, quoiqu'étant du Conseil de la Petite Écriloire. *— Ce qu'on dit de Ravaillac : a-t-il parlé? — Écri- teaux satiriques â l'hôtel de Sully et à la maison de Maupeau. -* Exécution fiscale d'une pauvre femme, pour la taille, dont le feu Roi n'avait pas été touché, la veille de sa mort, et imprécation du Digitized by VjOOQ IC TABLE ANALYTIQUE 42$ frère de cette malheureuse. — Propos impudent du P. Gontier, répondant au feu Roi 268-320 Juillet. — Première sortie de la Reine Régente depuis la mort du Roi, pour aller à Notre-Dame. — Elle est bien gardée et accompa- gnée. — Insolence de M. d'Espernon. — La Reine va à St-Victor. — Portrait du feu Roi sur son lit de deuil. — Lettre déclaratoire (ou descrotoire) du P. Cotton. — Oraison funèbre, par Pierre d'Amour. — Le fripier condamné pour inceste est étranglé et brûlé aux Halles. — Magnifique collation donnée par la reine Marguerite à la Régente, en sa maison d'Issy. — Coronatio et consecratio regum Francice. — M. de Bouillon quitte Paris pour aller au-devant du Prince de Condé. — Oraison funèbre, par le Père Portugais, laquelle est fort mauvaise. — Discours funèbre, par La Fons, un peu meil- leur. — Gilles Robinot, imprimeur des Triomphes du Roy, fait prisonnier. — Le président de Thou va au-devant de M. le Prince. — Élégie latine de Gourdon, Écossais. — Henrici Quarti Justa, — Vers .latins de M. de Chantecler, de J. Morel, de Marsilius. — Réponse de Tabbé du Bois à la Lettre déclaratoire. — L'Apologie latine, de Bellarmin. — Violences d'un Frère ignorantin contre un horloger du Palais. — Bruits répandus à dessein d'une St-Barthélemy prochaine. — Le peuple, devenu plus sage, ne se laisse plus persua- der par les brouillons d'État. — Un garnement qui colportait ces bruits arrêté au Louvre même. — Esclandre de deux soi-disant prêtres livrés au Lieutenant-civil. — M. d'Espernon va au-devant du Prince de Condé, ainsi que M. de Sully. — Entrée du Prince dans Paris. — Il va au Louvre saluer le Roi et la Régente. — Le comte de Soissons le vient voir. — Le soir, le Prince retourne au Louvre pourêtre au coucher du Roi et le mettre au lit, et donner le bonsoir à la Reine. — Poli- tique du Prince dans ses sentiments et sa conduite. — Paroles de la Régente, à son dîner. — Le comte de Soissons se déclare pour les Jésuites et menace quiconque les accuserait. — Alerte nocturne aux alentours du Palais. — La Varenne présente le P. Gontier à M. le Prince. — Le président Séguier lui rend visite. — Deux nouvelles bagatelles. — Discours de M. de La Gourmand ière sur l'autorité des rois. — La lettre du P. Cotton est appelée « le Purgatoire des Jé- suites 1. — Sanglantes prédications du P. Gontier, en présence de d'Espernon. — Antoine Fuzil, curé de St-Barthélemy, prêche, au contraire, la concorde. — Fadèzes nouvelles : Funèbres Cyprès; Les larmes de la France; Stances sur la mort du Roy; Portrait de Henri le Grand; l'Arrest du Livre de Mariana; Oraison funèbre, — Meurtre d'un prêtre, à Téglise St-Paul, par un serrurier. — Nuit tumultueuse dans Paris, — Alarmes respectives de M. de Bouillon, de d'Espernon, de MM. de Guise et de Sully. — Les Huguenots font bon guet. — Mot de la marquise de Verneuil sur la licence dç la jeune noblesse. — Impudence de quatre soldats jouant dans la Grande Salle dorée du Palais. — Nouveaux tumultes nocturnes. — Concini va, de la part de la Reine, offrir au Prince de Condé de venir coucher au Louvre. — Quel jeu se joue au théâtre de la Cour? — Le P. Cotton et l'abbé du Bois aux prises chez le Lieutenant-civil. — Les députés des Églises P. R., MM. de Villarnou et Mirande, vont porter leurs plaintes à la Régente. — Sa réponse pour les tranquilliser. — Mesures de police criées dans la ville. — Nouvelles fadèzes jésuitiques : Le Convoy du Cœur de Henry IV ex V Enseigne Digitized by VjOOQ IC 426 TABLE ANALYTIQUE du Prévoyant, — Mort, à Sedan, de Tingénieur du Roi Erard. — Nouvelles prédication mitigée du P. Gontier. — On attribue ce demi- changement à M. de Mayenne. — Le Prince de Conti rentre à Paris avec le Prince de Condé. — Sommes d'argent promises aux Princes par la Reine. — L'Arsenal se vide petit à petit. — Ces prodigalités donnent à penser. — Les Princes de Condé et de Conti vont au Parlement et prennent séance. — Question des préséances. — Un livre de recettes. — Mot du petit Roi. — Drôleries sur les Jésuites et le feu Roi. — Nouvelles bagatelles. — Sonnet sur la mort du Roi. — Oraison funèbre, par le petit Carme Petrini. — Un soldat des Gardes arrêté et condamné pour menaces contre la vie du Roi et de la Régente. — Le seigneur Concini, Italien, reçu Conseiller d*État. — Le «Conseil de la Petite Écritoirei. — Vers qui courent sous main. — Oraison funèbre du feu Roi prononcée à Rome. — Parti- cularité sur le crime de Ravaillac. — Lettre trouvée sur Tautel, le i5 oct. 1607, dénonçant le projet de Tassassin. — Envoi au Chance- lier, qui n'en tint compte. — Quatrain des Centuries de Nostra- damus. — L'épicycle de Mercure. — Grâce accordée par le Roi à un soldat des Gardes qui allait être passé par les armes. — La vérité sur l'affaire de l'autre soldat des Gardes. — Capture d'un homme qui voulait attenter à la personne du Roi. — Artifices et feintes. — La Récréation mondaine, etc., fadèze. — Mort des avocats du Lac et Dauger; du président Gaïant; du conseiller Brissonnet ; duchaufecire La Planche. — Nouvelles de la mort du comte de Fuentès ; de l'exécution du P. Fulgence à Rome. — Un état de Conseiller vendu 5o,ooo francs. — L'injustice couverte aujourd'hui du manteau de la justice. — La paix faite entre les jeunes Princes. — Le P. Baldouin arrêté à Hcidelberg et conduit à la Tour de Londres. — Le Prince de Condé imbu des maximes jésuitiques. — Largesses de la Régente et insolence de Concini. — L'Estoile gêné dans ses affaires privées. — a Selon qu'on peult. » — Tristesses de la vie plus cruelles que la mort. — Les moines de Marmoustier reçoivent Concini comme leur abbé 320-363. AouBT. — ■ Nuit inquiète. — Mort du maître des requêtes des Garannes. — Ode à M. le Prince, fadèze. — La reine Marguerite fait le pain bénit à St-Etienne-du-Mont. — Le général RoUant, marguil- lier, et le P. Gontier. — Mot du P. Fronton à Casaubon. — Danger de supporter les factieux dans un État. — Dirœ in parricidam. — Le Prince de Condé à l'hôtel de Gondi, — Fadèzes nouvelles : Orai- sons funèbres du feu Roi ; Funus reginm» — Paraphrase du Beatus vir par l'avocat du Roi Servin, — Mort de Madame de Chevri : ses trois mariages. — « Ainsi va le monde et son trie trac. » — Trois excès de M. le Prince de Conti. — Difficultés de Villeroy et de Sully avec la Régente, au sujet d'un don d'argent qu'elle veut faire à Concini. — Le Mausolée royal, du P. Jacques George. — Le Cosmo^ graphie, de Belleforcst. — Le Prince de Condé et la Princesse. — Un ermite sur le Pont-Neuf : ses folies et singeries. — Oraison funèbre, par le P. Coeffeteau, et Remontrance de Pasquier, maître des requêtes, à la Reine. — Anagramme du nom de Pierre Cotton» -* Trois Sixains sur le P. Cotton. — Harangue funèbre du docteur Valladier à Metz. — Déploration, en vers et en prose, par Fiefbrun. — Histoire latine de ce temps, par Bouteraie, avocat au Grand Con- seil. — Imprimés nouveaux : trois bons et une fadèze. — Mort du Digitized by VjOOQ IC TABLE ANALYTIQUE 427 procureur Damont. — Nouveautés : fadèzes et bagatelles. — Le Théâtre de V Antéchrist, par Viguier, et les Triomphes du Roy, — Mort de M, de Vicq, gouverneur de Calais. — M. d'Arquien lui succède, malgré la brigue de Concini et son insatiable avidité. — Propos du comte de Quairlus au gendre de L'Estoile. — Recherche curieuse sur le nombre XIV. — Baguenaudes nouvelles. — Trois placards de Monsieur de Paris pour les Jésuites. — Discours funè- bre de Bertaut, évêque de Seez ; Traité de PÉpée, et contre les duels, par Savaron. — Le Deuil de la France, fadèze nouvelle. — Arrivée, en grande compagnie, de M. de Verdun, Premier Président de Tou- louse. — Le P. Cotton présente son Instruction catholique à M. de Bouillon. — Un sonnet de M. d*Aubigné, antérieur à la mort du Roi et la présageant. — Bruits, à Rouen, sur la mort prétendue de M. de Bouillon. — Ledit M. de Bouillon fait de M. Justel son secrétaire. — MoUerus, In Psalmos, — Guicciardin, commenté par M. de La Noue. — Un soldat pendu au Pont-Neuf pour assassinat. — Le Roi pose la première pierre du collège de Cambrai. — Il visite les Cordeliers et prend plaisir à les voir dîner. — Le P. Cotton et Casaubon le conduisent à la Bibliothèque et y entrent en dispute. — Vers latins sur Tan présent, où le fils du Pape a été pendu, et le Fils aîné de PÉglise assassiné. — Prières latines d'Avenarius. — Vieilles médailles vendues parL'Estoile à un curieux, id est un fol comme lui. — Un miracle fait à Bourbourg par les reliques du P. Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus : le « Miracle pisseux t de Bourbourg. — Licence soldatesque de la compagnie du comte de Soissons à Dreux. — Mot du jeune Roi au P. Cotton, qui s'en plaint à la Reine. — Il se cache, par espièglerie, dans les Tuileries, et peu s'en faut qu'il ne soit fouetté par M. de Souvrai ou par la Reine. — Mort de M. Daphis, Premier Président du Parlement de Bordeaux. — M. de Nesmond le remplace, par la faveur de M. d'Espernon. — « Pierrot », petit paysan de Saint-Germain, vient voir le Roi, qui le reconnaît, lui saute au cou, de plaisir, devant tout son entourage, et veut le retenir à la Cour. — Duels : le chevalier Desmarais avec M, de Dunes, fils d'Antraguet, lequel est tué; et Desmarais est tué par un de ses frères. — Sept millions de livres tirés de TArsenal, du 14 mai au i5 août. — L'Université de Paris s'oppose à l'ouverture du Collège des Jésuites, et la cause est remise à la Saint-Martin. — On n'a que faire des Jésuites 363-385. APPENDICE Supplément au Journal du Règnb de Henri iv, tiré d'un manuscrit du temps, et imprimé pour la première fois en 1736. . . . 387-414 Digitized by VjOOQ IC A PARIS DES PRESSES DE D. JOUAUST RUE SAINT-HONORi, 338 M DCCC LXXZI Digitized by VjOOQ IC Digitized by VjOOQ IC Digitized by VjOOQ IC Digitized by VjOOQ IC Digitized by VjOOQ IC